‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 53 sur 115 · I. Chozari V, n · texte numérisé non relu

I. Chozari V, n

S. Orient, partie littéraire, 18S6, col. 348. Divan, 135, 137, 138 et 141.

maltrequi, en quelquescoupsdecrayon, dessine un tableau parfait. Ses descriptions de la nature peuvent soutenir la comparaison avec les chefsd’œuvre du genre dans les autres langues.

Ce sont des peintures pleines de mouvement, de vérité et d’énergie * .

Aussi fertile que Moïse Ibn-Ezra, il composa près de trois cents morceaux religieux d’une facture excellente et où respire une ardente ferveur ; mais ses chefs-d’œuvre immortels, dans lesquels il mit toute son ftme, ce sont ses poèmes nationaux religieux. Dans ces vers saisissants, débordant de sentiment et d’inspiration, il chante tour à tour l’esclavage de Sion et les splendeurs que lui réserve l’avenir ; ces accents pénétrants, magiques, n’ont rien qui rappelle l’art ni l’effort ; tout y coule de source et avec une richesse éblouissante.

De toutes les poésies néo-hébraïques, les Sio-

1. Gtùnzi Oxford, 41, poésits mariltfiMt dans BetouM, 86 et dans l’Orient, 18SI, 461

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nides sont celles qui rappellent le mieux les psaumes du chantre royal. Quand le poète exhale ses plaintes sur le veuvage de Sion, lorsqu’il rêve de ses grandeurs futures dans sa réunion avec le Seigneur et avec tous ses enfants, on croit entendre un Korachide. Ibn- Gebirol déplorant son abandon, nous émeut ; Ibn-Ezra pleurant ses amours déçus, nous touche ; mais Yehouda Halévi portant le deuil de Sion, lai bien-aimée, nous pénètre profondément et remue les plus intimes de nos fibres.

ul cœur ne reste insensible à l’éloquence mâle et sublime du poète national chantant Israèl, son Dieu, son sanctuaire, son abaissement dans le passé et sa gloire dans l’avenir.

Les poèmes patriotiques ne sont pas dus à l’inspiration du moment; ils sont le fruit d’une conviction sincère. Penseur profond autant que poète inspiré, les idées et les sentiments se confondaient chez Yehouda Halévi et s’exhalaient dâns cet ensemble de chants sublimes.

Après avoir rendu, dans les Sionides, le sentiment national d’Israël avec la plus haute énergie, il songea à présenter la pensée de son peuple sous une forme saisis*; santé et ingénieuse. La poésie et la philosophie, on le voit, devaient toutes deux lui servir à spiritualiser, à transfigurer l’héritage du peuple saint.

Yehouda Halévi exposa donc de profondes idées sur les relations entre Dieu, le monde et les hommes, sur la valeur des spéculations métaphysiques , les rapports et la valeur du judaïsme comparé au christianisme et a l’islamisme; mais il se garda bien d’adopter pour cette œuvre les formes sèches et froides do la scolastique. Ses démonstrations, au contraire, sont entraînantes et pleines de chaleur.

Poète, nous l’avons dit, il rappelle les Korachides; penseur, sa manière approche de celle de l’auteur de Job ; seulement il est lui-même plus riche, plus complet. A l’i-

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mitation de Job et de Platon, non-seulement * il développe son système philosophique sous forme de dialogue, mais il rattache cet exposé à un fait historique, pour lui donner une force et un intérêt nouveaux.

Le but du livre était de prouver la vérité du judaïsme et de venger cette religion des insultes qu’on lui prodiguait ; le titre l’indique : Kitab al Choudjahiv'Addalil finousrahDin addsalil.

Un païen instruit, connaissant l’existence des trois grandes religions issues de la Bible, et qui sent le besoin d’une foi plus élevée que la science, est enfin convaincu de la vérité du judaïsme. C’est Boulan, le roi desChazars, qui se convertit en effet à la foi juive. C’est là le point de départ historique choisi par Yehouda Halévi ; de là aussi le nom de Ckozari et non Kousari, comme on dit par erreur.

Voici sous quelle forme l’auteur présente les faits autour desquels il groupe ses arguments :

• Le roi des Chazars, averti par plusieurs songes, cherche à savoir la vraie manière dont Dieu veut être adoré. Il s’adresse à un philosophe ; celui-ci, flottant entre les systèmes d’Aristote et des Néoplatoniciens, an lieu de la foi, enseigne au prince que Dieu est trop élevé pour être en rapport avec l’homme et lui demander des prières. Un Dieu personnel est d’autant plus inutile que sa nature immuable ne peut exercer aucune influence sur le monde. L’homme peut arriver à la perfection en dehors de toute religion, participer au mouvement de l’esprit universel, et, arrivé à une essence supérieure, se ranger parmi les penseurs tels que Hermès, Asklépios, Socrate, Platon et Aristote.

Ce système si froid, cette logique sans entrailles ne satisfait pas le roi. 11 sent qu’il doit y avoir un culte d’une vertu absolue, et sans lequel les sentiments pieux et honnêtes n’ont pas de réelle valeur.

Le christianisme et l’islamisme se fondent tous deux sur une révélation divine, et comptent des prophètes qui ont fait des miracles par l’intervention d’un dieu. Ces miracles ont une certaine relation avec l’homme, et il existe quelque chose de mystérieux que ne soupçonnent point les philosophes. Le roi païen résolut donc de consulter des représentants de ces deux croyances pour se faire enseigner la vraie foi ; quant aux Juifs, le mépris général dont Us étaient l’objet témoignait suflSsamment de l’infériorité de leurs croyances religieuses.

Un prêtre expliqua donc au roi les vérités et les dogmes du christianisme ; mais l’esprit du prince n’en fut pas satisfait, parce que les naystères de cette foi étaient en contradiction trop flagrante avec la raison. 11 crut donc devoir continuer ses recherches.

Un théologien musulman lui exposa ensuite la loi du Coran, le livre sacré, divin, incomparable ; la mission du prophète et son paradis

IH LES JÜIFS D'ESPAüXE

aux jouissances toutes terrestres; mais sa démonstration ne convainquit pas le prince de la divinité du Coran.

Tous deux, chrétien et musulman, s’étaient appuyés sur la Bible; en désespoir de cause, le roi se décida à exposer ses doutes à un docteur juif.

Celui-ci lui enseigne les vérités du ju daïsme ; le point essentiel de sa démonstration , c’est l'existence de Dieu prouvée par les miracles faits en faveur d’israèl, miracles dont l’authenticité repose sur les aflSrmations de témoins oculaires ‘ .

La philosophie, ne sachant que faire de Dieu et de la religion, les chasse du monde. Le christianisme et l’islamisme s’éloignent de la raison, ils se trouvent en contradiction avec les principaux enseignements de leur foi, ou, tout au moins, ils n’apportent pas de preuves convaincantes à l’appui de leurs croyances. Le

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