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LES JUIFS D’ESPAÜNE «5
judaïsme, au contraire, parle de faits avérés, reconnus par tous, et qu’aucune subtilité ne saurait détruire; il peut donc s’accorder avec la raison : il lui pose cependant des limites, et n’en admet pas toutes les conséquences extrêmes, si voisines du sophisme, quand il reste d’autres voies pour arriver à la certitude.
En posant ce principe, qui exprime si bien la valeur de la spéculation dans le domaine de la métaphysique dogmatique, Yehouda Halévi devançait, par la pensée, l’expérience de plusieurs siècles. Pendant que les chefs spirituels de toutes les religions, esclaves des règles d’Aristote, s’évertuaient à placer dans la Bible, et quelquefois au-dessus, les axiomes philosophiques relatifs à Dieu et au monde, Yehouda Halévi eut le courage d’indiquer des limites à l’esprit humain et de lui dire : Jusqu’ici et pas plus loin !
La philosophie ne peut rien, selon lui, contre les faits, elle doit leur conserver leur véritable
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aspect et leur valeur réelle, C’est là sa vraie misBion. de même que dans les sciences naturelles la tâche de l’observation est d’expliquer les phénomènes, quelque illogiques qu’ils paraissent, et non de les contester *,
Cette pensée excellente et sûre, qui reparaît de nos jours après da longues aberrations de la philosophie, fut émise dès lors par Yehouda Halévi. Il se méfiait de la philosophie grecque, arbre plein de belles fleurs, disait-ilj mais sans fimits Au reste, suivant Yehouda, dans les questions religieuses, la philosophie ne peut avoir de voix décisive, par cela même qu’elle est trop variable et que ses adeptes sont souvent d’opinions complètement opposées. Si elle s’évertue à rechercher Dieu, c’est ' dans des vues purement théoriques et pour satisfaire au besoin de savoir, non pour s’élever au but suprême.
Dans ce système, la religion juive reste