Conf. Profiat Dnran (Efodi), Maatté Efod, c
m LES JUIFS D’ESPAGNE
pas très -avancés en culture intellectuelle.
Ibn-Ezra no' paraît pas y avoir été l’objet de grandes attentions; les habitants avaient en médiocre estime les matières qu’enseignait le maître espagnol, telles que la grammaire, l’exégèse et la poésie hébraïque. Ibn-Ezra s’eu aperçut bien vite : « Dans le pays chrétien, dit-il lui-même, on méprise le sage venu des provinces arabes. » On le considérait, de même que tous les émigrés juifs d’Espagne, comme un demi-hérétique ; les hommages de la communauté étaient réservés à un autre étranger , un talmudiste grec , R. Isaac b. Malki-Zédek de Siponte (Manfredonia), en Apulie.
Cette préférence fit naître une assez vive animosité entre les deux savants. Ibn- Ezra écrivit contre R. Isaac de Siponte un petit poème satirique plein de l’esprit le plus mordant et des personnalités les plus violentes. Il y appelle son ennemi « une sauterelle grecque , » s’égaye sur ses manières, sa voix
enrouée, et l’accuse d’ignorer complètement la langue sacrée.
Ibn-Ezra ne parait pas être resté longtemps â Salerne ; en tout cas, on peut affirmer qu’il n’y'a rien écrit.
Nous le trouvons pendant l’été de 1145 à Mantoue, où il publia une nouvelle œuvre grammaticale, Tsachot, sur les délicatesses du stylo hébreu. Nulle part mieux qu’ici on ne sent le défaut d’ordre, l’absence de toute méthode ; le lecteur y est complètement dérouté. Dans ce livre, Ibn-Ezra tourna, pour la première fois, sa manie de trouver des hérétiques, contre ceux qui récusaient l’autorité des Massorètes, chose qui paraît d’autant plus étrange qu’il prend lui-même bien d’autres libertés, — dissimulées toutefois par maintes précautions oratoires, — quand il s’agit de l’intégrité de la Bible. Ainsi, il voue au feu les œuvres grammaticales d’Ibn-Djanach, parce que l’auteur affirme d’une centaine de mots bibliques qu’il faut les lire ou les entendre
autrement qu’ils ne sont écrits i. Ce jugement sévère contribua beaucoup à discréditer les excellentes productions d’Ibn-Djanach qui resta trop longtemps inconnu. Il attaqua aussi Saadia, parce que celui-ci ne reconnaissait pas la division reçue de certains versets.
C’est une nouvelle contradiction à ajouter à tant d’autres. Ibn-Ezra ouvrit la voie à ' l’exégèse grammaticale, et arrêta en même temps la critique par son respect outré pour la Massora.
Après un court séjour à Mantoue, Ibn- Ezra se rendit à Lucques, où il resta plusieurs années, entouré d’un nombreux cercle d’élèves. 11 s’y occupa beaucoup d’astronomie, rédigea des tables pour les calculs cosmographiques et écrivit sur l’emploi de l’astrolabe ; mais, à l’exemple des savants de son temps, il s’adonna à l’astrologie et consacra plusieurs traités à cette matière (1148).