‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 72 sur 115 · I. Joseph Eiobi, cité par A boudarAam, sur laHagadab · texte numérisé non relu

I. Joseph Eiobi, cité par A boudarAam, sur laHagadab

ni LES JUIFS D’ESPAGXE

espagnol, avec son goût épuré, son bon sens et sa science philosophique !

Le moment de son arrivée à Romè était d’ailleurs des plus opportuns pour le réveil des esprits et la restauration des études. Arnaud de Brescia venait de s’élever avec éclat contre les abus de la papauté ; il déclarait sans détour que les pontifes romains ne gouvernaient point selon l’esprit de l’Évangile, que le pouvoir temporel ne devait point appartenir à celui qui s’intitulait l’humble serviteur des serviteurs de Dieu. L’esprit de critique et les aspirations vers la liberté venaient de surgir jusque dans la ville éternelle. Le peuple était attentif aux paroles inspirées du jeune réformateur.

Arnaud, excommunié par le concile œcuménique de Latran, dut chercher son salut dans la fuite, mais il revint bientôt triomphant à Rome. Le peuple s’insurgea et proclama la république (1139-1143). C’est vers cette époqu’Ibn-Ezra vint séjourner dans la capitale du monde catholique. On peut affirmer sans

crainte que de nombreux disciples de tout âge entourèrent le sage Espagnol, célèbre par ses talents et ses pérégrinations, et qu’il sut les captiver par sa parole facile, énergique et spirituelle.

A Rome parurent les premières œuvreS' d’Ibn-Ezra, qui avait alors atteint la cinquantaine. Il commenta d’abord les cinq meguilloth. 11 posa dès ces premiers travaux ses principes d’exégèse rationnelle; partout où pénètre son regard clairvoyant, l’obscurité disparaît, à moins toutefois que, de parti pris, il ne veuille pas voir où est la vérité. Était-ce le doute qui régnait dans son âme, ou la crainte de heurter trop directement les erreurs de la foule? Quoi qu’il en soit, un point reste acquis ; c’est qu’lbn-Ezra s’éloigne fréquemment de la vérité , ou du moins il la voile si bien qu’elle n’est plus reconnaissable que pour des esprits de sa trempe.

Malgré son talent d’exégète, Ibn-Ezra ne sut pas saisir les passages difficiles des écrits

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bibliques de façon à faire de son commentaire un tout bien ordonné. Son esprit, d’ailleurs, comme nous l’avons déjà fait remarquer, était plutôt amoureux des détails, des questions considérées isolément, et ne pouvait s’appliquer longtemps au même sujet. Le livre de Kohéleth, notamment, dont le contenu et l’époque sont encore matière à controverses, resta une énigme pour lui. La philosophie de l’école néo-platonicienne, qu’il suivait, était insuffisante pour lui donner l’intelligence de cette œuvre, reflet d’un mode d’existence si différent de ce qu’il voyait. Il ne fut pas plus heureux dans son commentaire sur le livre de Job, travail qui date également de son séjour dans la ville éternelle.

Ibn-Ezra donna aux Juifs de Rome les premières notions grammaticales de l’hébreu, qui leur étaient complètement étrangères.

A cet eflet, il traduisit de l’arabe en hébreu les travaux de Chayoudj ; il composa, dans le même but, un livre intitulé : la Balance (Moz-

naïm), dont le morceau capital et véritablement intéressant est l’introduction historique, fort bien écrite, sur les travaux grammaticaux depuis Saadia jusqu’à Ibn-Altabben. Quant à l’œuvre elle-même, elle a peu de mérite : Ibn- Ezra a médiocrement contribué à l’élucidation des formes et des constructions de la langue sainte; il n’a pas donné une seule règle importante, et s’est borné à utiliser les recherches des critiques et des maîtres ses prédécesseurs, pour se décider tantôt dans un sens, tantôt dans un autre *.

Après avoir passé quelques années au moins à Rome, Ibn-Ezra se mit de nouveau en voyage, on ne sait à quelle occasion. Il paraît s’être dirigé vers Salerne, communauté considérable, centre important de commerce et d’un grand mouvement d’étrangers, et qui possédait alors déjà sa célèbre école de médecine. Les Juifs, cependant , n’y étaient

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