‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 86 sur 115 · I. Munkf /I re/itres 1. c., p · texte numérisé non relu

I. Munkf /I re/itres 1. c., p

plutôt que de confesser, môme extérieurement, l’islamisme. Cette religion, ajoutait-il, était une véritable idolâtrie, puisque, dans la grande mosquée de la Mecque, on adorait une idole.

Or, d’après le Talmud, il faut plutôt mourir que de se laisser contraindre à l’adoration des images.

Cet écrit causa une vive émotion parmi les Juifs d’Afrique ; un grand nombre d’entre eux se demandaient s’il ne valait pas mieux se convertir complètement que de continuer une dissimulation pénible et inutile.

Maimonide, comprenant le danger, entreprit aussitôt de réfuter les assertions de ce maladroit rigoriste ; sa réponse ferme, persuasive et habile, fut écrite en arabe, de façon à pouvoir être lue par le grand nombre *.

Maimonide y établit (^u’on ne cesse pas d’être Juif pour négliger tels ou tels préceptes, que

1. Il l'intitala Iggérel ha-sehemad (lettre sur l'apostasie) ou Maamar Kiddousch ha-Schem. Cette lettre se trouve dans le Molle 6, Malmon de Goi|;er et dans Chemia gtienouza d’Ede) • mann.

.-Ui L.KS JUIFS D’ESPAGNE

la récitatioij d’une vaine formule ne constitue pas l’idolâtrie. Le Ta^mud, U est vrai, prescrit de mourir plutôt que de couimettfe les trois péchés d’idolâtrie , d’adultère et de meurtre ; mais qujçpnque cédait à la violence popr ne pojn| (Revenir martyr, n’en restait pas moioG Juif: l’homme qui pèche par contrainte ne saurait être indigne et poupable comme celui qui fajllit de sa propre volonté. Maïmonidp ajoutait que, dans le cq^ présent, tout se bornait pour tes Juifs à procjamer publiquement la vérité de la mission deMahopipt; les Musulmans ne s’inquiétaient guère, du reste, dp ço qui concernait la vip religieuse des faux convertis. Sans doute il était méritoire de nfiourir plutôt que de se résigner â cette confession ; mais, au nom du judaïsme mêpie, on ne pouvait ni exiger ni conseiller un pareil sacrifice. Tout au plus était-il permis d® demander aux croyants de se soustraire par le fait à cette violation verbale de la loi, et « c’est ce que je conseille en effet, continuait Maïmo-

LKS JUIFS D'ESPAGNE m

nide, à mes amis ; quant à ceux qui sont obligés de rester, ils se considéreront comme des exilés, ils s’efforceront de remplir autant de devoirs religieux qu’ü leur sera possible, se garderont bien de repousser ceux qui, par nécessité, transgresseraient publiquement la Loi, mais les consoleront et les encourageront à persévérer dans leur attachement secret au judaïsme. »

Ce remarquable écrit fut composé entre 1 160 et 1 164. On y pressent déjà la façon dont Maimonide envisagera plus tard sa religion.

Maimonide paraît avoir activement stimulé la tiédeur des faux convertis; il cherchait à la fois, par ses écrits et par sa parole, à les maintenir dans leur première croyance. Ce zèle l’exposa aux plus grands dangers, et il n’échappa à la mort que grâce à la protection d’Aboui Arab Ibn-*Moïscha, théologien et poète arabe ‘ .

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