‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 85 sur 115 · I. Collection épistoiairc de Maimonide, III · texte numérisé non relu

I. Collection épistoiairc de Maimonide, III

écrivit un petit traité en hébreu sur le calon- (Irierjuif, conçu d’après les lois astronomiques ‘ {Cheschbon ha-Ibbour, 1158). Dans cette môme année, il commença une œuvre monumentale, sans précédent, et qui témoigne de la hauteur et de l’audace de son esprit : l’explication originale de la Mischnah, puisée dans les textes et en dehors de toute tradition reçue. 11 continua courageusement cet immense travail au mUieu de voyages et de vicissitudes de toutes sortes * , même quand il était privé de livres ; car telle était sa science de talmudiste, qu’il pouvait facilement se passer de leur secours.

Vers 1159 ou 1160, Maïnjonide, accompagné de son père, de son frère David et de sa sœur, émigra d’Espagne à Fez ; on ne sait pas pour quel motif la famille alla s’établir dans une ville soumise au chef des Almohades,

1. Imprinié dans le Dibré Chaehamim d’Elidicr, de Tanis. i. Fin du commentaire sur la Hischnali.

qui ne toléraient ni chrétiens ni Juifs. Ces derniers y pratiquaient eu apparence l’islàmisme, tout en demeurant fidèles à letir foi ; Maimonide et sa famUle durent assister aux offices dans les mosquées et Confesser la vérité de la mission du Prophète *. Cette résolution cependant a dû être inspirée par unmotif puissant. La persécution des Almohades durait depuis dix ans; le constant exercice extérieur d’un culte étranger avait fini pac affaiblir la foi des communautés d’Afnque ; la masse s’habituait à une croyance qu’elle n’avait acceptée d’abord qu’en apparence et sous la pression de la nécessité ; les ignorants surtout, voyant les Juifs sans cesse opprimés, toujours déclinant, jjenchaient volontiers à croire qu’en réalité Dieu était apparu une seconde fois sur le Sinaïj et avait donné h Mahomet une autre ré-

1. Ca<'inoly, dans les Annales, 1839» p. 3S5 et suiv.»et Mank dans sa Notice sur Joseph b. Yehonda, et dans les Archives Israélites, 1851» p. 319» ont établi le fait, confirmé aussi par le Iggérei ha~Sehetnad, lettre .nur V Apostasie, et par les sources mahomélanes.

Les JtllFS I)’ESPAf.NE Ml

vélatioil, qui devait roiiq)racer celle tle Moïse *.

Ce doüte, cette renonciation, remplissaient de douleur le père de Maimonide ; il voulut combattre cette tendance funeste, et essaya de raffermir la foi chancelante de ses frères. Il adressa donc, eh 1160 , aux communautés d’Afrique, une lettw d’admonestation * touchante et pleine de febveur. Après leur avoir expliqué que l’exil et la persécution n’étaient que la punition des fautes d’Israël, il rappelle les promesses faites à Moïse sur la future restauration du peuple élu, et là nécessité de s’attacher de plus en plus à la foi transmise par les pères au prix de tant de sacrifices. Il leur

1. Epîtrctiu ])(>reile M:ii.noiiiilc aux communaulés il’Afrifjue.

2. Etlelmann, dans Chemda guetwuza, inirod. LXXXlV, en a publié un extrait hébreu sous le titre de Iggéret ha-tehemad (lettre sur l'apostasie). L'auteur est nommé Maimoun b. Joseph, la date porte 1471 Seleucid. (Il ne faut point attribuer cette épllre à Maimonide ; il n'y a point trace de son esjjrit. Geiger se trompe lorsqu'il identiOe la lettre du père avec le Iggéret ha- Khemad du fils : Etudes sur Mo'ise b. Maïmoun, l" livraison, p. 49.) Le père a dA écrire cette lettre après son arrivée en Afrique, dès qu’il eut constaté l'état des communautés du pays. 11 a donc dû immigrer vers 1160.

LES JUIFS D'ESPAÜNE

recommande d’être Juifs quand et où ils le pourraient, et, dans les circonstances les plus défavorables, do réciter au moins en secret, trois fois par jour, une courte prière en hébreu.

A Fez, Maimonide noua de nombreuses relations avec des médecins et des philosophes arabes, qui voyaient en lui un coreligionnaire * ; mais en ce moment même il travaillait avec ardeur à son commentaire sur la Mischnah. Bientôt il eut l’occasion de se prononcer publiquement et d’exposer sa pensée sur le judaïsme, ainsi que sur la grave question dont son père venait de s’occuper

Un écrivain d’une piété outrée avait soutenu que les Juifs qui pratiquaient en ai^paronce le mahométisme devaient être considérés comme des apostats et des idolâtres. Tout homme pénétré de sa foi devait, selon ce zélateur, sacrifier sa vie et celle de ses enfants

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