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à intérêt, va qu’un mont-de-piété venait d’ètre créé à Ravenne, et il fit fermer leur synagogue, qui occupait une position éminente, où elle choquait probablement trop les regards de la multitude *. À Vérone, à Castelfranco et à Montefelice le sénat protégea les juifs coutre les prédications de ce missionnaire ardent *.
11 y avait des juifs d’Espagne, qui, tout en feignant de professer le christianisme, avaient à cœur de ne point imposer à leurs fils cette contrainte , et leur conseillaient , tout en restant soumis au joug qu’ils avaient consenti à recevoir , de fuir loin de l’Espagne pour chercher un asile où ils pussent adorer Dieu selon le rite de leurs pères. Tels furent les parents de Jacob Flave, né à Évora en 1517, qui prit dans la suite le nom latin de Didacus Pirrus. Ne pouvant ou ne voulant pas feindre une religion qu’il n'avait pas , ii devint suspect aux Espagnols, s’enfuit de ce pays, et alla chercher un refuge dans la petite république de Raguse , où il se livra aux lettres, et devint bon poète latin. Il a peint ses malheurs dans une ode sur son exil s .
A Trieste les Israélites avaient trouvé un refuge, et y jouissaient de la protection des souverains depuis le x" siècle au moins, à cause de la facilité qu’ils procuraient au peuple d’obtenir du numéraire. En 949 l’évêque n’avait pas dédaigné de s’adresser à un teinturier Israélite, Daniel David, pour emprunter cinq cent dix-sept marcs. La maison de banque Lévi dans cette ville date du xm* siècle. Du moins on a trouvé deux pierres tumulaires de ce siècle , sur lesquelles sont incrits les noms de deux cousins de cette maison , qui, ayant été tendrement attachés l’un à l’autre durant leur vie , n’ont pas voulu être séparés après leur mort. Au reste le silence que garde l’histoire sur les juifs de Trieste prouve qu’on ne lesy persécutai t pas comme ailleurs; mais on sait qu’au xiv° siècle les banquiers israélites se chargeaient de la plupart des affaires pécuniaires tant à Trieste que dans les villes de Gorice , Gradisca , Laybach. Loin d’être enveloppés dans les persécutions du xv' et du xvi“ siècle, ils obtinrent des lettres patentes qui leur assurèrent la continuation de la jouissance de leurs auciens droits *.
' Rubœi Biitoria rum Ravennatum libri X, lib. YII.
1 Wadding, Annales minorum.
* Tommaso Chersa, Commentons délia vita e dejli serilli di Didaco Pirro. Florence, 1826, in-8“.
* J os. Mainati, Croniche ossia memorie storiche sacro-profane di Trieste. Venise, 1819, vol. IV.
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A Udine ils avaient également des établissements. A la Giudecca ou Zugiata on a déterré dans notre siècle des inscriptions hébraïques et chaldéennes qui attestent l’ancien séjour des juifs dans celte ville
En 1511 on les accusa d’avoir occasionné la peste ; quarante-cinq ans après la peste éclata de nouveau dans une maison juive, qui venait de recevoir des marchandises de Capo-d'Istria. Le fléau se répandit dans la ville, et il fallut transporter beaucoup de malades au lazaret hors des murs. Quelques malveillants profitèrent du désordre qui naissait de ce transport pour piller les maisons des malades. Le gouvernement fit promptement justice de ce forfait, en faisant étrangler un des coupables et en bannissant les autres; mais peu de temps après il força également les juifs de sortir de la ville *.
A Gènes ils obtinrent , vers le milieu du xvi e siècle, la permission de demeurer dans des lieux qui leur furent assignés , d'y tenir des banques, et de prêter sur gages. On permit à des médecins d’exercer la médecine 3 . 11 faut croirequ’ils donnèrent lieu à de graves plaintes, puisqu’en 1598 une ordonnance les bannit de la république. Ils rentrèrent dans la suite, mais ils y vécurent dans une grande contrainte, et peu protégés contre les insultes publiques.
Jusqu’à l’invasion des Turcs dans l’empire grec, les Génois avaient possédé la colonie florissante de Caffa, qui fut l’entrepôt de leur commerce dans la mer Noire. Beaucoup d’étrangers vinrent s’y établir pour profiter du commerce avantageux de cette colonie italienne. Les juifs ne pouvaient y manquer. Nous n’avons pas de renseignements sur le commerce légitime qu’ils y faisaient; mais nous savons que plusieurs d’entre eux , ne pratiquant aucun culte en public, ne faisant connaître par aucun signe extérieur leur religion, se livraient à la traite des esclaves. Ils achetaient des jeunes filles et des garçons chez les Tatares, chez les Russes et dans le Caucase, et les vendaient avec grand bénéfice aux Sarrasins; il y en avait qui vendaient ces malheureux enfants dix fois le prix d’achat. Les jeunes esclaves passaient dans les harems , servaient aux voluptés des riches Sarrasins , et étaient perdus pour la religion chrétienne et pour la société.
1 Giamale arcadico. Rouie, 1823.
s Fr. Palladio degli Olivi, Storia délia prov. del Friait, tome II, page 176.
' Silv. de Sacy, Rapport sur les recherches faites dans les archives de Gènes, dans le tome III des Nouveaux mémoires de l’Académie des inscriptions,
Les dominicains à Caffa avertirent probablement l’église romaine de ce trafic abominable. Le pape en fut indigné , et lança une bulle qui respire cette aversion pour les grands crimes qui sied si bien aux chefs d’une église. Martin V ordonna d’abord que les juifs portassent toujours sur leurs habits une marque distinctive, puis il autorisa l’é- »ôque de Caffa et des autres comptoirs génois à faire saisir les biens des juifs qui auraient vendu des esclaves , pour employer l’argent qui proviendrait de cette saisie à racheter les jeunes gens vendus. Les récalcitrants devaient être expulsés de la colonie *. Cette fois la sévérité était d’un très-bon exemple ; mois la voix tonnante de Rome dut perdre beaucoup de sa force en arrivant dans la Tauride. Au reste les juifs ne furent pas les seuls qui vendissent des Circassiens aux musulmans : les Vénitiens et les Génois se rendirent fréquemment coupables du même crime , ainsi que l’attestent encore les bulles des » papes lancées à ce sujet 2 .
Dans les États romains la situation des juifs changeait à chaque élection d’un nouveau pape. Paul III annula tous les décrets des rois et empereurs accordant aux juifs des concessions contraires aux brefs des papes ; il ordonna de surveiller les convertis , de les séparer entièrement des juifs, de les marier avec des chrétiennes , de les laisser jouir de leurs biens, de traduire devant l’inquisition ceux qui pratiqueraient des usages hébraïques s .
Paul IV , quoique presque nonagénaire, fut à peine revêtu de la tiare, qu'il lança une bulle fulminante contre la nation hébraïque des États de l’Église * ; renouvelant les dispositions les plus sévères des conciles, il ordonna aux juifs de se séparer des chrétiens , de n'avoir point de commerce de familiarité ou d'association avec eux, d'habiter des lieux isolés munis d’une seule entrée et d’une seule sortie, de n’avoir dans chaque ville ou bourg qu’une seule synagogue, de porter une barrette jaune , de vendre leurs biens immeubles aux chrétiens, avec défense d’en acquérir jamais, de tenir leurs livres de comptes en
1 Bulle de Martin V, de l'an 1425, dans le tome III de Bullarum amplitt. eolleclio, part. 2.
1 Voyez mon Histoire du commerce entre l'Europe et le Levant. Paris, 1830.
' Bulle de l'an 1512, insérée doDs celle du pape Clément XI, de l'an 1703. — Trevisani, Conferenxe pauorali. Rome, 1728, in-4°.
* Lésés et ordinaliones à Judæis in statu ccclesiastico degentibusobservandx; de l'an 1555; dans le Bullarium magnum roman um, tome IV, part. 1.
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langue italienne et en caractères latins, de ne vendre les gages des emprunteurs qu'au bout de dix-huit mois, et de leur restituer le surplus de l’argent. Il leur interdit le commerce des grains et autres approvisionnements et tout autre trafic, les réduisant aux seuls prêts et aux affaires de banque; il défendit pareillement aux médecins juifs de soigner les malades chrétiens , même lorsqu’ils seraient appelés par eux. Il leur interdit d’avoir des domestiques ou ouvriers chrétiens et de travailler les dimanches ; enfin il leur enjoignit de ne pas souffrir que les pauvres les appelassent domini, seigneurs *.
On évaluait leurs possessions dans les États du pape à plus de cinq cent mille écus ; forcés de s’en défaire dans l'espace de six mois, les malheureux juifs n’en retirèrent pas le cinquième de la valeur *. Ce ne fut pas encore assez pour le clergé romain. L’inquisition voulait anéantir les livres lhalmudiques, s’imaginant follement que, si elle y parvenait, les juifs se convertiraient plus facilement, quoique l'imprimerie fût là pour en multiplier les exemplaires.
Les juifs étaient parvenus à former à Crémone une bibliothèque très-considérable : c'est la destruction de ce vaste dépôt que résolut l’inquisition de Rome. Un fougueux dominicain, Sixte de Sienne, fut envoyé en 1559 à Crémone pour cette œuvre barbare. Le moiue raconte froidement dans ses écrits qu’il livra douze mille volumes aux flammes, et il regrette que la faiblesse et l’avidité des princes permettent aux juifs d’avoir encore des livres lhalmudiques 1 2 3 . Ce nouvel Omar aurait voulu ne laisser aucun ouvrage hébraïque dans le monde.
Tant de sévérité ne pouvait durer ; aussi peu de temps après la mort du pape Paul les juifs obtinrent de son successeur, Pie IV, ancien chef de l’inquisition, l’annulation de la plus grande partie de la bulle rigoureuse de 1559. Pour remédier aux vexations auxquelles les Hébreux étaient en butte, le nouveau pape leur permit d’acquérir et de posséder des biens-fonds de ville et de campagne jusqu’à la valeur de mille cinq cents ducats d’or, de les louer ou affermer à des chrétiens, d'avoir des boutiques et des banques hors de la juiverie, pourvu qu’ils
1 Nec se à pauperibus dominas vocari patiantur. Art. il , dans le Bullarium magnum romanum, tome YI, part. 1.
2 Salseleih, ha Khab., page 116.
• Sixt» Sœnensis, ord. Proedic., Bibliolheea sanela, 3» édit. Cologne, 1686, ia-fot., page 125 et 313.
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rentrassent le soir dans leur quartier, de faire le commerce des grains, des huiles et des vins, de s’associer avec les chrétiens pour les spéculations commerciales, de pratiquer tout art ou métier quelconque, de quitter en voyage la barrette jaune. Il les acquitta de tous les délits qu’ils pouvaient avoir commis contre la constitution de Paul IV, ordonna de leur restituer leurs livres de comptes , qui probablement leur avaient été enlevés sous le pape précédent, et statua qu'à l’avenir les plaintes des débiteurs contre les créanciers seraient reçues pendant un an ; que passé ce délai les plaignants ne seraient plus admis pour faire punir la partie adverse, mais que l’action civile aurait toujours son effet, suivant le (froit commun, ainsi que celle qu’intenteraient les créanciers '.
Par la fln de ces concessions on voit que les juifs ne les avaient pas obtenues sans de grands sacrifices. Le pape y rappelle aux Hébreux qu’ils sont tenus de payer la tompotilion , dont ils sont récemment convenus avec la chambre apostolique, ainsi que d’acquitter les charges usuelles *. Ils les auraient volontiers acquittées, si le successeur de Pie IV eût voulu ratifier leurs privilèges; mais, loin de là. Pie V les accusa de grands crimes, d’usure, de brigandage, du recèlement de vases d’église, de magie, de prostitution ; ce pape renouvela les décrets rigoureux de Benott XIII, et ordonna en 1569 leur bannissement. Il paraît que cet ordre fut réellement exécuté, excepté à Ancône. Mais comme à chaque nouvelle élection les juifs avaient une chance de succès, ils obtinrent leur rappel sous Grégoire XIII, du moins dans quelques villes des États de l’Église , entre autres à Ravenne®, cependant Grégoire les soumitau tribunal de l’inquisition. Cette disposition fut encore détruite par le pape suivant, Shte- Quint *, qui fit en outre de la rentrée des juifs un objet de finance, ayant pour principe, suivant un historien italien, qu’il fallait leur donner l’exemple de la justice, mais qu’ou pouvait saigner leur bourse 5 . 11 permit à un grand nombre d’entre eux de revenir à
1 Declaratio et limitatio constitution^ Pauli IV, de l’au 1562, dans le Bullariun » vmgnum romanum, tome IV, part. 2 e .
- Vos et casteri extra urbem obligati sint iu solutione compositionis per vos nuper euro camerA apostoiiià facta?, aliisque omnibus oneribus per vos sustinendis. Ibid.
* Rubæi Uislor. Ravennat. libri X.
* Amelot de la Houssaie, Bitl. du Gouvern. de Veniie, 1095, tome I.
* Leti, Vit a di Sixto V, tome III, •
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Rome; vers 1599 il s’en trouva environ deux cents familles dans cette métropole ' .
Ce que dit un auteur du milieu du xvn' siècle au sujet de l’état des juifs d’Italie doit s’appliquer aussi, à peu de chose près, à leur état vers la fin du xvi° siècle. « A Rome, dit Sprenger *, les juifs habitent un lieu séparé non loin du Tibre, et ont leur champ de sépulture particulier ; avant le temps de Paul IV ils demeuraient confusément au milieu des chrétiens. Ils ne possèdent point de biensfonds ; pour marque distinctive ils portent un chapeau jaune. Lorsqu’on lève des troupes dans les États romains, ils fournissent des lits aux soldats ; ils ne peuvent trafiquer qu’avec des effets de peu de valeur, vieux et déjà usés, qu’ils offrent aux amateurs en parcourant les rues aux cris de hep, hep ! Tous les samedis un juif de chaque ménage est tenu d’assister au sermon dans l’église hospitalière des pèlerins au Pont-de-Sixte, pour être fidèlement instruit dans l’interprétation de l'Écriture sainte ; celui qui y manque paye une amende de cinq jules. Les femmes portent à la coiffure un cordon jaune, les docteurs mêmes de la loi ne sont pas dispensés de porter la marque. La nation hébraïque est répandue dans toute l'Italie, excepté le royaume de Naples et le duché de Milan, où l’on n’en trouve point, parce que dans ces États, ainsi que dans le royaume d’Espagne, on n’admet qu’une seule religion. A Venise ils vivent en grand nombre et avec une sorte de splendeur ; ils y occupent la meilleure partie de la ville ; c’est un vaste quartier entouré de murs. A la différence d’autres juifs, ils y portent des chapeaux d’écarlate, presque comme ceux des cardinaux , si ce n’est que les chapeaux des juifs sont doublés en noir. »
Quelques débris des synagogues espagnoles et portugaises furent recueillis dans les Provinces-H nies de Hollande; ce ne fut pas sans peine qu’ils purent s’y établir. Tant que la Hollande fut sous la domination espagnole , l'intolérance y fut de droit. Sous le règne de Charles-Quint il parut dans ce pays plusieurs ordonnances qui défendaient aux juifs portugais d’y demeurer, à moins qu’ils n’y eussent séjourné depuis six ans. On ne faisait même pas grâce à ceux que le Portugal avait convertis, et que l’on soupçonnait sans doute d'être meilleurs juifs que chrétieus s .
' Leti, Vita di Sixto T, tome III.
* Roma nova. Francfort, 1667, page 231.
* Ordonnances de 1332, 1349 et 1530. — Van Wyn, Supplément à l'histoire ia Hollande, de Wagenaer,
Pendant les troubles des Pays-Bas beaucoup de juifs s’enfuirent des Provinces-Unies dans le Brabant, où le clergé , appuyé par un peuple fanatique, invoqua contre eux les anciens ordres de bannissement Cependant, devenue libre et républicaine, la Hollande ouvrit un asile aux Hébreux portugais et espagnols.
Amsterdam devint le siège des communautés de ces nations. Des rabbins savants, des imprimeries, des conversions, des apostasies, des disputes très-vives et très-érudites, rien ne manqua pour donner de l’éclat à ces synagogues, transplantées des bords du Tage sur les rivages de la mer du Nord. Elles ont jusqu’à ce jour maintenu une séparation entre les juifs du Midi et ceux du Nord ; les premiers, quoique réfugiés, se souviennent encore de leur origine et de leurs illustres ancêtres. C’est leur noblesse ; ils en sont tiers, et cette fierté s’appuie quelquefois sur des richesses dues à leur industrie et à leur goût pour les spéculations maritimes et les affaires de banque.
Pendant longtemps les grandes maisons juives d’Amsterdam ont offert aux étrangers des plaisirs et un luxe que la parcimonie hollandaise avait éloignés des maisons des indigènes. Les descendants des bannis d’Espagne et de Portugal représentaient, presque mieux que les Hollandais eux-mèmes, l’opulence de cette nation enrichie par le commerce et la navigation.
Les juifs portugais professent d’ailleurs les doctrines de l’école de Schamaï, qui n'a jamais été amie de l’école d’Hillel à laquelle appartiennent les juifs du nord de l’Europe, lis sont restés longtemps soumis à l’autorité presque despotique de leurs Parnassim ou syndics, que le gouvernement avait investis d’un pouvoir excessif sur leurs coreligionnaires, et ce n’est que dans notre siècle que ce joug a été allégé. Les Parnassim ne pourraient plus, comme au xvn' siècle, bannir un Spinosa d’Amsterdam. De la Hollande beaucoup de juifs passèrent dans les colonies appartenant à cette république, et y fondèrent de nouvelles synagogues.
L’époque qui avait été si fatale aux juifs du midi de l’Europe ne le fut guère moins à ceux qui habitaient l’Allemagne et les États autrichiens. En Moravie, en Bohême et en Autriche, les villes, jalouses de la prospérité des capitalistes Israélites, demandèrent à grands cris leur renvoi, qui était d'ailleurs pour les bourgeois endettés un moyen
1 Voyez le mémoire de l’èvéque d’Anvers, de l'an 1672, dans les Nouvelles Archives historiques des Pays-Bas, juillet 1830.
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de se libérer facilement. Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême, et duc d'Autriche, permit en 1454 et 1455 aux bourgeois de Znaym, de Bruno et de Vienne, de renvoyer les Israélites de leurs villes, de s'attribuer les maisons, synagogues et terrains de ce peuple, moyennant le cens qu’il avait coutume de payer, et d’éteindre les créances que les juifs avaient encore sur les bourgeois *.
A Villach en Garinthie les familles israélites vivaient sous la pro-* tection de l’évêque de Bamberg, qu’elles tiraient souvent de ses embarras Onanciers , et qui à son tour les aidait quelquefois par ses excommunications à se faire payer de leurs créanciers ; mais le fanatisme populaire Unit par l’emporter sur l'indulgence épiscopale. En 1421 le bruit public accusa les rabbins d’avoir profané les hosties. L’autorité le crut, s’empara de ces chefs, les mit à la torture, et les condamna à mort. Sous l’empereur Maximilien d’autres accusations furent proférées contre ces étrangers. Ils avaient, disait-on, immolé des enfants chrétiens, contrefait la monnaie, imité les sceaux des chartes, et fait d’énormes usures. L’empereur, cédant au cri public, résolut de bannir les juifs de ses États ; l’évêque de Uamberg n’osa plus les protéger à Villach ; ils se dispersèrent à Gorice, Udine, Venise; leur synagogue fut vendue à un habitant de la ville *. Un village près de Villach porte encore le nom de Judendorf ou village des juifs; ou y a trouvé des pierres tumulaires avec des inscriptions hébraïques 5 .
Ils furent bannis en même temps de la Styrie , où ils avaient de riches maisons, surtout à Gralz, Marburg et Judenburg. On y trouve encore des traces de leur ancien séjour ; ce sont des pierres sépulcrales, des noms de rues ou de quartiers, etc. L’empereur en tirait un bon revenu ; aussi quand il fut question de les bannir, les États de Styrie crurent devoir indemniser Maximilien de ce qu’il perdait par leur départ, moyennant une somme de trente-huit mille florins. Ils s’imaginaient gagner par ce sacrifice, tant la haine qu’on portait aux juifs était aveugle alors. Les habitants du pays inscrivirent même l’expulsion des Israélites au nombre de leurs droits , dont ils firent jurer le maintien à l’avénement des archiducs d’Autriche. Aujourd’hui encore
' Charles de Ladislas à Prague, des 25 et 27 juillet 1454, et à Vienne, du 22 mars 1458, dans VArchiv fur Gcschichte, etc., année 1820.
! Arc A if fur Geschichte. Vienne, 1827, avril.
» Ibid., 1820, n. 125-120.