‹ Les Juifs dans le moyen âge Elektronische DatenChapitre 30 sur 34 · LES J LIES · texte numérisé non relu

LES J LIES

c’est par une faveur exceptionnelle qu’ils permettent de temps en temps à quelques juifs de séjourner en Styrie *.

A Nuremberg ils furent expulsés en 1499. On voyait encore, au xvii' siècle, dans la rue qu’ils avaient habitée, l’entrée de leur synagogue surmontée d’une couronne en forme de tour, avec deux mots hébraïques signifiant couronne de la loi*.

Au commencement du xvi' siècle, les sectateurs de Moïse perdirent aussi leurs établissements dans le Brandebourg : on ne s’y contenta pas de les bannir ; on les obligea de jurer qu’ils ne reviendraient jamais, et qu’ils empêcheraient leurs coreligionnaires de venir 3 . Ce serment n’était obligatoire apparemmentque pour les individus bannis, car leurs successeurs sont bien revenus, et Berlin est une des villes où les Israélites ont le plus joui, depuis ce temps, de la considération publique.

Tous ces bannissements au moins ne furent pas accompagnés d’autre violence ; mais à Ratisbonne le peuple, méconnaissant les lois divines et humaines, fondit sur les malheureux étrangers, les massacra sans pitié, et le bannissement fut une sorte de bonheur pour ceux qui purent échapper au fanatisme atroce des chrétiens *.

Un juif converti , nommé Pfefferkom, devenu chrétien fanatique comme tant d’autres convertis, aurait voulu brûler les livres de théologie, d’histoire, de médecine de ses anciens coreligionnaires, faute de pouvoir brûler les auteurs et les lecteurs. Il en sollicita la permission auprès de l’empereur Maximilien. Heureusement il y avait des hommes influents, tels que Reuchlin, qui empêchèrent que le projet incendiaire ne fût exécuté. L’imprimerie était inventée, à quoi auraient servi ces auto-da-fé , quand la presse pouvait à tout instant réparer les destructions ordonnées par le fanatisme?

La réforme religieuse détourna l’attention des chrétiens des affaires des Israélites en Allemagne. Ils restèrent opprimés, mais on leur fit éprouver moins de violences arbitraires et capricieuses. Les réformés d’ailleurs ne regardèrent plus comme un péché de placer de l’argent à intérêt. Ils avaient donc un grief de moins contre les juifs.

A la fin du xv* siècle on vit en Russie le supplice d’un médecin juif

■ Steyermœrkische Zeitschrift. Gratz, 1827, cah. 8, page 149.

* Wagenseil, Sola, page 1229.

1 Gerken, Codex diplomatie. Brandenburg. Siendal, 1TJ8, tome V.

4 Zschokke, Bayerische Geschichten, vol. III, page 30.

AC MOYEN ACE

de Venise, nommé maître Léon, qui avait promis de guérir le fils du czar Jean, et qui l'avait laissé mourir; on prétendait que c’était sa faute, et puisqu’il avait répondu de la guérison on trouvait tout naturel qu’il payât de sa tâte la mort du malade qui lui avait été confié.

Dans ce pays encore barbare où un médecin juif encourait la peine de mort lorsqu’il ne guérissait pas son prince, un rabbin et astrologue nommé Zacharie eut pourtant assez d’influence pour se faire une secte parmi des prètreset des laïques russes, qui cherchaient les secrets de la nature dans les livres cabalistiques que le juif leur présentait comme des doctrines transmises depuis Moïse et Salomon. Cette secte pénétra jusqu’à la cour du prince. Cependant le haut clergé russe déploya bientôt son autorité pour l’étouffer, et la condamna dans un concile. On se contenta de livrer les chefs à la risée du peuple, et Jean fut plus indulgent pour les sectaires du rabbin Zacharie qu’envers maître Léon Selon d’autres témoignages *, le gouvernement commença en 1 505 à sévir contre les sectaires de Zacharie, et employa les tourments pour les effrayer ; cependant il ne put extirper la secte ; on croit qu’il existe encore dans une branche de la secte des Baskolniks *.

Les malheureux vivent d’illusions ; celle des juifs était que le Messie viendrait les ramener dans la terre de leurs aïeux. Au xvn e siècle encore on l’attendait, et lorsqu’un juif de Smyrne, homme éloquent et rusé, Sabbataï Tievi , parcourut la Turquie , la Palestine et l’Égypte, et fit entendre des paroles d’espérance, les juifs reprirent courage. Une jeune fille inspirée le proclama son précurseur : on suspendit les lamentations dans les synagogues, on se livra à la joie. Les Turcs mirent Sabbataï en prison ; il leur dit qu’il ne pouvait empêcher l’enthousiasme des Hébreux, et qu’il ne faisait rien pour le provoquer. On le crut, et on l’envoya à Abidos. Cependant les juifs continuèrent d’affluer auprès de lui. Mahomet IV voulut le voir et le fit venir à Andrinople. Sabbataï répéta qu’il ne pouvait réprimer l’enthousiasme de la nation. On le força de se faire mahométan 4 , et à la

1 Karamsin, Histoire de Russie, tome VI, cbap. 4.

1 Strahl, Beytrœge zur russischen Kirchengeschichle. Halle, 1827, tome I.

■ Ibid.

4 Chardin, Voyage en Perse. Paris, 1811, vol. VI, pages 138 et suivantes.— Lent, Schediasma histor.-philolog. de Judœorum Pseudo.-messiis. Herborn, 1697, in-4«.

vue de son turban ses compatriotes détournèrent tristement leurs regards ; encore une fois l’espoir de rentrer dans la terre promise fut ajourné. Cependant les plus crédules conservèrent leur illusion , et persistèrent à reconnaître un caractère divin dans cet homme , qui eut même des partisans longtemps après sa mort. Peut-être en ex iste-t-il encore '.

’ Grégoire, Histoire des sectes religieuses, tome III, liv. V, ebap. 7.

Pages.

Préface K

Introduction • . 7

PREMIÈRE ÉPOQUB.

DU VI e AU X e SIÈCLE.

CHAPITRE PREMIER. — De l’entrée des juifs en Europe. — Premiers témoi gnages de leur apparition en France. — Premières communautés juives i Rome. — Politique des divers empereurs à leur égard. — Sévérité de Constantin, — Pri viléges et faveurs dont ils jouirent sous Théodose et ses successeurs. — Leur con dition sous les Goths.— Dureté avec laquelle les traita Justinien ; ses lois à leur égard. — Dispositions du pape Grégoire I er , à l’égard des juifs de Sicile. — Us sont exclus de 1> navigation des Vénitiens. — Législation barbare des Visigoths

relative aui juifs. — Leur bannissement de l’Espagne ; leur rentrée. — Effet île la révolution qui introduisit les Mores en Espagne 17

CHAPITRE IL — Condition des juifs sous les rois francs. — Lois bourguignonnes.

— Canons des conciles contre les juifs ; — diverses persécutions qu'ils eurent à essuyer. — Politique tolérante de Charlemagne. — Bonheur des Hébreux sous le règne de Louis le Débonnaire ; — lettres que cet empereur leur eipédie ; — leur lutte contre l'évèque Agobard. — Leur trafic d'esclaves au dehors de la France. — Leurs succès à la cour impériale. — Etat des juifs sous Charles le Chauve. — Leurs conférences à Toulouse avec les envoyés de l’empereur. — Outrages qu’on leur prodiguait dans la semaine sainte ; — détails sur une coutume barbare de la ville de Bétiers, — Pe l'état des juifs sous les derniers Carlovingiens. ■ . . :i~

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