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Pendant les troubles des Pays-Bas beaucoup de juifs s'enfuirent des Provinces-Unies dans le Brabant, où le clergé , appuyé par unpeuple fanatique, invoqua contre eux les anciens ordres de bannissement *. Cependant, devenue libre et républicaine, la Hollande ouvrit un asile aux Hébreux portugais et espagnols.
Amsterdam devint le siège des communautés de ces nations. Des rabbins savants, des imprimeries, des conversions, des apostasies, des disputes très-vives et très-érudites, rien ne manqua pour donner de l'éclat à ces synagogues, transplantées des bords du Tage sur les rivages de la mer du Nord. Elles ont jusqu'à ce jour maintenu une séparation entre les juifs du Midi et ceux du Nord ; les premiers, quoique réfugiés, se souviennent encore de leur origine et de leurs illustres ancêtres. C'est leur noblesse ; ib en sont Gers, et cette fierté s'appuie quelquefois sur des richesses dues à leur industrie et à leur goût pour les spéculations maritimes et les affaires de banque.
Pendant longtemps les grandes maisons juives d'Amsterdam ont off ert aux étrangers des plaisirs et un luxe que la parcimonie hollandaise avait éloignés des maisons des indigènes. Les descendante des bannis d'Espagne et de Portugal représentaient, presque mieux que les Hollandais eux-mêmes, l'opulence de celte nation enrichie par le commerce et la navigation.
Les juifs portugais professent d'ailleurs les doctrines de l'école de Schamaï, qui n'a jamais été amie de l'école d'Hillel à laquelle appartiennent les juifs du nord de l'Europe. Ils sont restés longtemps soumis à l'autorité presque despotique de leurs Pamassim ou syndics, que le gouvernement avait investis d'un pouvoir excessif sur leurs coreligionnaires, et ce n'est que dans notre siècle que ce joug a été allégé. Les Parnassim ne pourraient plus, comme au xvit* siècle, bannir un Spinosa d'Amsterdam. De la Hollande beaucoup de juifs passèrent dans les colonies appartenant à cette république, et y fondèrent de nouvelles synagogues.
L'époque qui avait été si fatale aux juifs du midi de l'Europe ne le fut guère moins à ceux qui habitaient l'Allemagne et les États autrichiens. En Moravie, en Bohême et en Autriche, les villes, jalouses de la prospérité des capitalistes Israélites, demandèrent à grands cris leur renvoi, qui était d'ailleurs pour les bourgeois endettés un moyen
1 Voyez le mémoire de l'evéque d'Anvers, de l'ao 14J72, daos les Nouvelles Archives historiques des Pujs lias, juillet 1830.
de se libérer facilement. Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême, et duc d'Autriche, permit en 1454 et 1455 aux bourgeois de Znaym, de Brunn et de Vienne, de renvoyer les Israélites de leurs villes, de s'attribuer les maisons, synagogues et terrains de ce peuple, moyennant le cens qu'il avait coutume de payer, et d'éteindre les créances que les juifs avaient encore sur les bourgeois *.
A. Viltach en Garinthie les familles israélites vivaient sous la protection de l'évêque de Barnberg, qu'elles tiraient souvent de ses embarras financiers , et qui à son tour les aidait quelquefois par ses excommunications à se faire payer de leurs créanciers ; mais le fanatisme populaire finit par l'emporter sur l'indulgence épiscopale. En 1421 le bruit public accusa les rabbins d'avoir profané les hosties. L'autorité le crut, s'empara de ces chefs, les mit à la torture, et les condamna à mort. Sous l'empereur Maximilien d'autres accusations furent proférées contre ces étrangers. Ils avaient, disait-on, immolé des enfants chrétiens, contrefait la monnaie, imité les sceaux des chartes, et fait d'énormes usures. L'empereur, cédant au cri ■public, résolut de bannir les juifs de ses États ; l'évêque de Barnberg n'osa plus les protéger à Villach ; ils se dispersèrent a Gorice, Udine, Venise; leur synagogue fut vendue à un habitant de la ville *. Un village près de Villach porte encore le nom de Judendorf ou village des juifs; on y a trouvé des pierres tumulaires avec des inscriptions hébraïques s .
Ils furent bannis en même temps de la Styrie, où ils avaient de riches maisons, surtout à Gratz, Marburg et Judenburg. On y trouve encore des traces de leur ancien séjour ; ce sont des pierres sépulcrales, des noms de rues ou de quartiers, etc. L'empereur en tirait un bon revenu ; aussi quand il fut question de les bannir, les États de Styrie crurent devoir indemniser Maximilien de ce qu'il perdait par leur départ, moyennant une somme de trente-huit mille florins. Ils s'imaginaient gagner par ce sacrifice, tant la haine qu'on portait aux juifs était aveugle alors. Les habitants du pays inscrivirent même l'expulsion des Israélites au nombre de leurs droits, dont ils firent jurer le maintien à l'avènement des archiducs d'Autriche. Aujourd'hui encore
• Chartes de Ladislas à Prague, des 25 et » juillet 1«4, età Vienne, du 22 mars
J 135, dans VArchiv fur Gesckichto, «le., année 1820. 2 Arehiv fur Ge$chicktt. Vienne, 1827, arril.
• Ibid., 1826, d. 125-126.
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c'est par une faveur exceptionnelle qu'ils permettent de temps en temps à quelques juifs de séjourner en Styrie
A Nuremberg ils furent expulsés en 1499. On voyait encore, au xvn* siècle, dans la rue qu'ils avaient habitée, l'entrée de leur synagogue surmontée d'une couronne en forme de tour, avec deux mots hébraïques signiGant couronné <U Ut loi * .
Au commencement du xyi* siècle, les sectateurs de Moïse perdirent aussi leurs établissements dans le Brandebourg : on ne s'y contenta pas de les bannir ; on les obligea de jurer qu'ils ne reviendraient jamais, et qu'ils empêcheraient leurs coreligionnaires de venir *. Ce serment n'était obligatoire apparemment que pour les individus bannis, car leurs successeurs sont bien revenus, et Berlin est une^des villes où les Israélites ont le plus joui, depuis ce temps, de la considération publique.
Tous ces bannissements au moins ne forent pas accompagnés d'autre violence ; mais à Ratisbonne le peuple, méconnaissant les lois divines et humaines, fondit sur les malheureux étrangers, les massacra sans pitié, et le bannissement fut une sorte de bonheur pour ceux qui purent échapper au fanatisme atroce des chrétiens 4 .
Un juif converti, nommé Pfefferkorn, devenu chrétien fanatique comme tant d'autres convertis, aurait voulu brûler les livres de théologie, d'histoire, de médecine de ses anciens coreligionnaires, faute de pouvoir brûler les auteurs et les lecteurs. Il en sollicita la permission auprès de l'empereur Maximitien. Heureusement il y avait des hommes influents, tels que Reuchltn, qui empêchèrent que le projet incendiaire ne fût exécuté. L'imprimerie était inventée, à quoi auraient servi ces auto-da-fé , quand la presse pouvait à tout instant réparer les destructions ordonnées par le fanatisme?
La réforme religieuse détourna l'attention des chrétiens des affaires des Israélites en Allemagne. Ils restèrent opprimés, maison leur fit éprouver moins de violences arbitraires et capricieuses. Les réformés d'ailleurs ne regardèrent plus comme un péché de placer de l'argent à intérêt. Ils avaient donc un grief de moins contre les juifs.
A la fin du xv* siècle on vit en Russie le supplice d'un médecin juif
1 Steyermœrkiichi Zêitachrift. Gratt, 1827, cah. 8, page 149. * Wagenseil, Sota, page 1229.
» Gerken, Codex diplomatie. Brandmburg. 8 tend al, «78, tome V. « 2schokke, BayerUch* Geschichtm, vol. III, page 36.
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de Venise, nommé mettre Léon, qui avait promis de guérir le fils du cfcar Jean, et qui rayait laissé mourir ; on prétendait que c'était sa faute, et puisqu'il avait répondu de la guérrson on trouvait tout naturel qull payât de sa tête la mort dumalade qui lui avait été confié.
Dans ce pays éneore barbare où un médecin juif encourait la peine de mort lorsqu'il ne guérissait pas son prince, un rabbin et astrologue nommé Zacharie eut pourtant assez d'influence pour se faire une secte parmi des prêtres et des laïques russes, qui cherchaient les secrets de la nature dans les livres cabalistiques que le juif leur présentait comme des doctrines transmises depuis Moïse et Salomon. Cette secte pénétra jusqu'à la cour du prince. Cependant le haut clergé russe déploya bientôt son autorité pour l'étouffer, et la condamna dans un concile. On se contenta de livrer les chefs à la risée du peuple, et Jean fut plus indulgent pour les sectaires du rabbin Zacharie qu'en - \ers maître Léon *. Selon d'autres témoignages », le gouvernement commença en 1505 à sévir contre les sectaires de Zacharie, et employa les tourments pour les effrayer ; cependant il ne put extirper la secte ; on croit qu'il existe encore dans une branche de la secte des Raskolniks 5 .
Les malheureux vivent d'illusions ; celle des juifs était que le Messie viendrait les ramener dans la terre de leurs aïeux. Au xvn* siècle encore on l'attendait, et lorsqu'un juif de Smyrne, homme éloquent et rusé, Sabbataï Tievi , parcourut la Turquie , la Palestine et l'Egypte, et fit entendre des paroles d'espérance, les juifs reprirent courage. Une jeune fille inspirée le proclama son précurseur : on suspendit les lamentations dans les synagogues, on se livra à la joie. Les Turcs mirent Sabbataï en prison ; il leur dit qu'il ne pouvait empêcher l'enthousiasme des Hébreux, et qu'il ne faisait rien pour le provoquer. On le crut, et on l'envoya à* Abidos. Cependant les juifs continuèrent d'affluer auprès de lui. Mahomet IV voulut le voir et le fit venir à Andrinople. Sabbataï répéta qu'il ne pouvait réprimer l'enthousiasme de la nation. On le força de se faire mahométan *, et à la
1 Karamsin, Histoire de Russie, tome VI, chap. 4.
3 Strahl, Beytrage sur wssischen Kirchmgeschichte. Halle, 1827, tome I.
« Ibid.
* Chardin, Voyage en Perse. Paris, 1811, vol. VI, pages 13» et suivantes. — Lent, Schediasma histor.-philolog. de Judaorum Pseudo.-messiis. Herborn, 1697, in-4«.