I. Lettre du P. Jean-Paul Gozani, miss, de la Compagnie
Depuis lors, de nouveaux documents furent envoyés en Europe, particulièrement par le jésuite Ignace Kœgler, président du tribunal des mathématiques à Peking, et ils furent l'objet à la tin du xviii" siècle et au commencement du xu°, d'intéressantes publications faites par le célèbre érudit Christophe-Théophile de Murr'. D'ailleurs, les Français n'étaient pas restés indifférents à ces
de Jésus, au Père Joseph Suarez, de la même Compagnie. Traduite du portugais. (A Cai-fum-fou, capitale de la province de Ho-nan à la Chine, le 5 de novembre 1704.) (Lettres édifiantes, anc. éd. VII, p. i; Mérigot, XVIII, pp. 31-48; Pant. litt., III, p. 149.)
I. Notitiae quaedam circa SS. Bihlia ludaeorum in Caifung, metropoli Provinciae Honân in Imperio Sinensi. (D'après Kœgler, Murr, Journ. pir Kunstu. Litt., VII, 1779, pp. 240-252.) — Zusastze zu den Nachrichten P. Ignaz Kœglers, S. I., von der heil. Schrift A. T., welche die Juden in Cai-fung-fu, der Hauptstadt der Provinz Honang im Kaiserthume Tai-tsing, oder Sina, in ihrer Synagoge aufbewahren. VII Theil, S. 240 u. f. [Ibid., IX, 1780, pp. 81 et seq.) — Ignatii Koegleri, S. J. Pekini Mathematici tribvnalis Praesidis, Mandarini secvndi ordinis, adsessoris svpremi tribvnalis Ritvvm, et antistitis missionvm sinensivm et japonicarvm, Notiliae S. S. Bibliorvm Jvdaeorvm in Imperio Sinensis. Editio altéra, avctior. Seriem chronologicam atqve Diatriben de Sinicis S. S. Bibliorvm Versionibvs addidit Christophor. Theophil. de Mvrr. Cvm Tabvla aenea. Halae ad Salam, formis et svmtv I.C. Hendelii, i8o5, in-8, p. 83. — Versuch einer Geschichte der Juden in Sina. Nebst P. Ignaz Kœglers Beschreibung ihrer heiligen Bûcher in der Synagoge zu Kaifong-fu, und einem Anhange ûber die Entstehung des Pentatevchs. herausgegeben von C. G. von Murr, Halle, J. G. Hendcls Verlag, 1806, in-8, p. i36.
études et l'abbé Brotier avait donné dans son édition de Tacite, publiée en 1771, une dissertation sur les Juifs établis en Chine ' ; De Guignes avait repris le sujet en 1808', et nous retrouvons, plus tard, notre immortel Silvestre àe. Sacy, s'occupant de la même question dans des mémoires insérés dans les Notices et Extraits des Manuscrits de la bibliothèque du Roi '.
L^imporiance attachée à la revision de la Bible par les Sociétés protestantes devait forcément attirer leur attention sur les livres conservés à Kaï-foung fou ^ ; aussi, une mission d^enquête futelle envoyée dans cette ville en i85o, par la Lon-
1. De Judaeis Sinensibus. (C. Cornelii Taciti Opéra recognovit. . . Gabriel Brotier. III, Parisiis, 1771, pp. Sôy-SSo.)
2. Observations sur plusieurs familles juives établies anciennement à la Chine. Par J. De Guignes. [Mém. de litt. tirés des registres de l'Acad. des Inscr. et Belles- Lettres. XLVIII, 1808, pp. 763-770.)
3. Notice d'un manuscrit du Pentateuque, conservé dans la synagogue des Juifs de Cai-fong-fou. Par A. I. Silvestre de Sacy. [Not. et Ext. des Ms. de la Bit. du Roi, IV, an 7, pp. 592-625.) — Notice d'un manuscrit syriaque écrit à la Chine, contenant une portion de la version syriaque de l'Ancien Testament, des Cantiques, et diverses prières. Par S. de Sacy. [Ibid., XII, i83i, pp. 277-286.)
4. Jews in China; notices of those in the East by Joséphus, Peritsol, Benjamin of Tudela, Manasseh, and the Jesuits. By E. C. Bridgman. [Chinese Repository, III, 1834, pp. 172 et seq.) — The Jews in China : their Synagogue, their Scriptures, their History, etc. By James Finn. London, 1843, in-i2, p. 85.
don Society for prumoting Christianity among the Jews ; les résultats de cette enquête furent publiés à Chang-hai en i85i, par Georges Smith, lord-évêque de Victoria (Hong-Kong)'. A la suite de cette enquête, deux Juifs de Kaï-foung fou vinrent à Chang-hai, et Ton donna — je les possède — des fac-similés des manuscrits de la synagogue, dont les plus importants sont des portions de TExode'.
Voici d'ailleurs la liste des manuscrits reproduits à l'époque avec le titre général de :
Fac-similés ofthe Hebreip Manuscripts, obtaîned at the Jewish Synagogue in K'ae-fung-foo — Shanghae : Printed at the London Missionary Society's Press. i85i. in-4.
1. The Jews at K'ae-fung-foo : heing a narrative of a mission of inquiry to the Jewish Synagogue at K'ae-fungfoo, on behalf of the London Society for pronvoting christianity among the Jews : with an introduction, by the Right Revd. George Smith D.D. Lord Bishop of Victoria. Shang-hae, London Miss. Society's Press, i85i, br. in-8, pp. 82. — On Jews in China. [N. C. Herald, n" 25, 18 janv. i85i.)
2. The K'ae-Fung-Foo manuscripts [Xorth China Herald, n» 55, 16 août i85i) — On the Jews at Khai-fung-fu (Art. signé J. W. G. dans le Journ. of the Am. Oriental Society, vol. III, ïï° I, pp. 235 et seq.^ — On a Hebrew Ms. of the Pentateuch, from the Jewish Congrégation at Kai-fungfu in China, by Mr. John W. Barrow of New-York ; presented by Dr. Martin. (Communication to the Am, Or, Soc, may, 1869, Journal, IX, n» 2, p. liii.)
Contient :
a) i3th Section of the Law. mn^ nbNi Exodus, ciiapter I. v. \. to chapter 6. v. i. inclusive. — The last page contains the following note. Holiness to Jehovah. The Rabbi Akiba, the Son of Aaron, the son of Ezra heard it. Shadiavor, the son of Bethuel, the son of Moses read it. Mordecai, the son of Moses witnessed it. And he believed in Jehovah; and he counted it to him for righteousness.
b) 23rd Section of the Law. impD nbN Exodus, chapter 38. v. 21. to chapter 40. v. 38. inclusive. — The following note is appended to the last page. Holiness to Jehovah. The learned Rabbi Phinehas, the son of Israël, the son of Joshua, the son of Benjamin, heard the reading. I hâve waited for thy salvation, oh Jehovah. Amen.
c) 3oth Section of the Law. diU5n73 Leviticus, chapters 19 and 20.
d) 47th Section of the Law. "^mï* tMil Deute- RONOMY, chapter 11, v. 26, to chapter 16, v. 17 inclusive.
e) -ib nb'û.
g) ^■'Wn H'i'^'D.
Il est très intéressant de noter le peu d'attention que les Juifs d'Europe, malgré les renseignements
fournis par catholiques et protestants, ont accordée à leurs coreligionnaires de Chine ; cependant, en 1760, dans une lettre écrite en hébreu et en anglais, que j'ai publiée ailleurs', les marchands juifs de Londres essayèrent de se mettre en rapport avec les Israélites du Ho-nan. Le seul juif qui se soit rendu à Kaï-foung fou est un négociant de Vienne, J. L. Liebermann, qui y est allé en 1S67, mais n'a pas rapporté grand'chose d'intéressant'. L'évêque protestant Scherechewsky, juif converti, qui a voulu les visiter depuis, n'a pas obtenu des Chinois Tautorisation de résider parmi ses anciens frères.
Après cet historique des efforts tentés pour connaître quelque chose des Juifs en Chine, en voici le résultat :
Les Juifs arrivèrent en Chine par la Perse, après la prise de Jérusalem par Titus, au premier siècle de notre ère, sous la dynastie des Han et sous l'empereur Ming-ti. On les a confondus, quelquefois, avec ceux qui pratiquaient les religions de rinde, Tian-tchou-kiao ; mais surtout et depuis des siècles, d'une façon presque absolue, avec les mahométans, Hoiœi-hoiiei ou Hoiiei-tseu ;
1, Revue de V Extrême-Orient.
2. Notes on the Jews in China. [Tlie Jewisli CJirotiicle, july II, 1879, p. 12.)
entre eux, ils s^appellent Tiao-kin-kiao, « la religion qui extirpe les nerfs ». Comme nous Tavons vu, ces Juifs possédaient des livres ; mais ils ne savaient pas plus Thébreu que les musulmans chinois Tarabe du Coran, dont ils récitent les versets sans en comprendre le sens, comme, d ailleurs, beaucoup de gens chez nous disent leurs prières en latin, dont ils n^entendent pas un mot.
Lorsque les rebelles Taï-ping, quittant le Kiang, remontèrent vers le Nord en 1867, la colonie juive de Kaï-foung fou fut, avec le reste de la population, dispersée, et ses membres se réfugièrent, dans plusieurs villes, jusque sur le littoral. J'en ai connu deux ou trois, dont l'un était mon tailleur ; ils avaient, comme les deux qui étaient venus à Chang-hai en i85i, les traits caractéristiques de leur race, quoiqu'ils fussent vêtus comme les autres Chinois et portassent la natte.
La plupart sont retournés à Kaï-foung fou, et le docteur W.-A.-P. Martin, qui les a visités en t866, dit qu'ils n'étaient plus que trois ou quatre cents, tous pauvres. Quelques-uns d'entre eux étaient venus à Peking vers 1870, pour chercher des secours d'argent ; mais, n'obtenant pas grand' aide, ils durent repartir.
D'ailleurs, ils finiront, comme toutes les autres
. LES JUIFS EN CHINE l3
races, par être absorbés par les Chinois : deux d'entre eux sont des mandarins, partant confucianistes, au moins pour la forme ; un autre est prêtre bouddhiste !
Comme on le voit, il n'y avait pas lieu de persécuter les Juifs, en Chine. Le Chinois est, à la vérité, extrêmement tolérant en matière de culte ; mais il est exagéré de dire qu'il n'y a jamais eu de guerre religieuse, en Chine. Il y a eu souvent persécution, mais non pas guerre religieuse contre les chrétiens, pour cette très bonne raison qu'il n'y a pas possibilité de guerre entre une nation dont le chiffre de la population est évalué, par les statisticiens, entre trois cent et quatre cent millions d'habitants, et les disciples d'une religion, qui, tous compris, comptent à peine cinq cent mille adhérents. Mais il y a eu lutte acharnée, et cela remonte à toutes les époques, entre les autres groupes religieux de la Chine.
Je ne rappellerai que la lutte de Chi Houang-ti contre les confucianistes, les innombrables querelles contre et pour les taoïstes et les bouddhistes, et enfin les deux terribles guerres faites naguère contre les musulmans, particulièrement contre ceux du Yun-nan. Les guerres soi-disant religieuses se doublent toujours d'une question
sociale ou politique, et c'est pour cela qu'en Chine, les chrétiens ont été persécutés, et les musulmans combattus. Or, dans l'Empire du Milieu, aucun problème social ni politique n'étant en jeu quand il s'agissait des Juifs, il n'y avait place ni pour la persécution ni pour la guerre. Il n'y a ni tolérance ni libéralisme dans l'espèce, il y a inditférence et ignorance '.
1. Mémoire sur les Juifs établis en Chine [Lettres édifiantes, XXIV, pp. 56-100.) — Époque de l'entrée" des Juifs en Chine; preuves qu'ils y portent le Pentateuque au vi« siècle avant notre ère, par M. l'abbé Sionnel. [Annales de philos, chrét.^ 2° série, XIV.) — Israélites in China. By Alexander Wylie. [Cliinese and Japanese Repository, i863, July, August, N"" I, pp. i3-22, II, pp. 43-02.) — Recherches sur l'existence des Juifs en Chine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, par Mr. A. Wylie. Mémoire traduit de l'anglais par M. l'abbé Th. Blanc, et annoté par M. G. Pauthier. (Extrait des Annales de Philosophie chrétienne, n"' 5o et 5i, février et mars 1864.) Paris, bureau des Annales de Philosophie, 1864, br. in-8, p. 33. — Account of an Overland Journey from Peking to Shang-hai, made in february and march 1866. By Rev. W. A. P. Martin, D. D. [Journal North China Brandi Royal Asiatic Society, new séries, n» III, déc. 1866, pp. 26-39.) ~ "^he Jews in China. By « Old Mortality » [Henri Cordier] [Shanghai Budget, i3 sept. i8y3.] Les Juifs en Chine. (Mémoire inédit du P. Cibot, publié par le P. Sommervogel dans les Etudes religieuses, 2 1» année, 5' sér., XII, 1877, pp. 748-758. — Voir également dans les Mém. conc. les Chinois, XV, pp. 52-58 : « Digression sur le tems où les Juifs ont passé en Chine. » (Par le P. Cibot.) — Henri Cordier, Bibliotheca Sinica, col. 635-638.
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