Émancipai ion. Migration à l'intérieur
Si les trois solutions indiquées plus haut sont impraticables, s'il est même impossible de les discuter sérieusement, il n'en reste plus qu'une, déjà maintes fois préconisée, non seulement par des écrivains et des économistes de l'Occident, mais par des Russes. Les termes mêmes dans lesquels se pose le problème y conduisent par une impérieuse logique. Les juifs sont trop agglomérés? Ordonnez-leur de se répandre à travers un empire où la population est quarante fois moins dense qu'en Belgique et dont la surface totale est cinq ou six fois plus grande que celle du reste de l'Europe. Ils forment, dites-vous, une caste isolée, un État dans l'Etat? Mêlez les à la population ambiante, encouragez-les à se
confondre avec elle, de manière que cette minorité, qui n'atteint pas 4 1/2 p. c. dans toute la Russie, n'y subsiste plus qu'à l'état de ferment, non point de discorde, mais de travail et de progrès. Ils se confinent trop, à votre gré, dans des métiers sordides? Ouvrez-leur toutes les carrières honorables que vous leur avez fermées. Ce sont des concurrents meurtriers qui vendent à vil prix? Ne les obligez plus, en les entassant, à se contenter de bénéfices et de salaires dérisoires. Vous prétendez que trop peu de juifs s'adonnent à l'agriculture ? Ne les empêchez pas, alors qu'ils vous ont fourni déjà la preuve de leurs capacités agricoles, de louer ou d'acquérir la terre dans un empire où, faute de bras, les trois quarts du sol cultivable demeurent sans culture. Jusqu'à présent, les remèdes invoqués et appliqués ont eu cela de particulier qu'ils aggravaient le mal en prétendant l'éteindre : à la menace d'une agglomération excessive, on répondait par un cantonnement administratif dans des limites de plus en plus resserrées. Faites un essai loyal de la méthode contraire, la seule rationnelle, la seule qui soit conforme à la fois aux intérêts de l'Empire et aux exigences de la morale universelle, de l'esprit chrétien. Liberté de circulation, liberté dans le choix de leurs carrières, voilà les deux solutions de la question juive, et ces solutions tiennent dans un seul mot : Einancipation ! Vous n'avez pas besoin d'édicter des règlements nouveaux et opposés aux précédents pour favoriser la migration des juifs à l'intérieur : tout les y porte, la misère indescriptible dont ils souffrent dans le Territoire, le manque de travail, l'espoir de