‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 122 sur 125 · ÉMANCIPATION I7S · texte numérisé non relu

ÉMANCIPATION I7S

trouver un peu plus d'air et de lumière que dans les cloaques affreux où ils étouffent, et aussi leur attachement au pays natal qui leur fera toujours préférer, pourvu qu'on les laisse vivre en paix, le séjour en Russie à Texpatriation lointaine. La décongestion du Territoire et de la Pologne se fera presque immédiatement : dès que les digues administratives auront été rompues, le torrent fertilisateur de la migration se répandra vers l'Est, déposant des germes de richesse et de prospérité futures depuis la Vistule jusqu'aux rives de l'Amour.

Un homme politique éminent, le prince Demidoff, disait en i883 : « Ce n'est pas dans les lois d'exception contre les juifs qu'on trouvera le remède. Voilà plus d'un siècle qu'on les voit à l'œuvre ; quels en sont les effets, et à quoi ont-elles servi? Pas même à donner satisfaction à cette partie du peuple qui redoute là prédominance économique des juifs. On veut la contenter en persécutant les juifs, et on obtient un résultat tout opposé. La situation humiliante où sont les juifs, les lois d'exception qui les signalent à l'animadversion publique, ont pour conséquence d'augmenter la haine et l'animosité qu'on nourrit contre eux, et ces lois, au lieu d'être des mesures de conciliation et de paix sociales sont des instruments de discorde et de désorganisation. Il n'y a qu'un seul remède à la situation, c'est le régime d'égalité pour les juifs, l'abolition des lois d'exception, la bienveillance inscrite dans la loi et qui de la loi passera dans les mœurs » {}). On ne

(') Demidoff, Op. cif., trad. fr., p. 91-100; la citation ci-dessus est extraite du résumé publié dans le recueil : Les Juifs de Russie, p. 3oo.

saurait parler mieux, et avec une plus haute impartialité.

Ceux qui pensent, en Russie, comme le prince DemidofF sont nombreux. Mais ils ont à lutter contre la coalition puissante de l'intérêt égoïste et du fanatisme.

Dans ce pays, où Tœuvre de la civilisation a été si rapide, deux courants d'idées, nettement opposés, se discernent encore : le courant asiatique, si Ton peut dire, et le courant européen. L'une et l'autre de ces tendances ont été représentées par des hommes supérieurs : la politique intérieure de l'Empire des tsars a sans cesse oscillé entre elles. On souhaite, on souhaite passionnément, dan§ l'intérêt de l'humanité, de la justice, de la Russie elle-même, que le courant européen l'emporte dans le règlement de la question juive ; et en soumettant à nouveau à l'opinion publique de l'Europe cette question si douloureuse, c'est en même temps à la Russie, à ce qu'il y a de meilleur en Russie, que l'on fait appel.

Étrange contradiction I Depuis trente ans, le gouvernement de Saint-Pétersbourg a aboli le servage, conduit une guerre difficile en faveur de la cause bulgare, apporté une civilisation qu'elles n'avaient pas connue depuis les jours d'Alexandre-le-Grand, dans les régions redevenues barbares de l'Asie centrale ; à l'intérieur, il a multiplié les écoles supérieures, encouragé la science, commencé à répandre l'instruction dans les campagnes, supprimé dans la discipline militaire les rigueurs inhumaines. Et ce gouvernement resterait l'auteur d'une

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persécution religieuse en plein xix® siècle! Nous ne voulons pas le croire. Alors que la Russie porte la civilisation au centre de TAsie, elle ne voudra pas laisser, sous le nom d'antisémitisme, dominer la barbarie chez elle.

Alexandre II a eu l'impérissable gloire d'émanciper les serfs de Russie. Il serait beau qu'Alexandre III achevât l'œuvre paternelle en devenant le libérateur des juifs russes.

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