NOVGOROD
En général, le public d'Occident a vécu sous l'impression que le chef de l'État, en Russie, ignorait les horreurs qui se commettaienten son nomet par son ordre; on avait présenté à sa signature un ensemble de mesures barbares sans l'éclairer sur les conséquences terribles que leur application devait entraîner. Les journaux officieux russes ont parfois qualifié de « tactique » la tendance unanime des publicistes de l'Europe à en appeler du tsar mal informé au tsar mieux informé ; mais il n'a pas encore été démontré que les publicistes européens aient eu tort, et Ton aime à croire qu'ils ne se sont pas trompés tout à fait.
C'est par la ville et le district de Novgorod que commença la série lamentable des expulsions qui, depuis T891, ont désolé les communautés juives de la Russie. Au mois de février, tous les habitants juifs de Novgorod, au nombre de 617, et 94 familles établies depuis plusieurs années dans leè campagnes environnantes, reçurent l'ordre de réintégrer le Territoire.
Mais le souvenir de cette catastrophe s'efface, pour ainsi dire, devant les scènes affreuses qui, peu après, se déroulèrent à Moscou.
Il y avait, dans la « Ville Sainte », sur environ 600,000 habitants, une trentaine de milliers d'israélltes, dont 2,000 au plus étaient des privilégiés, soustraits à l'arbitraire de la police. Le projet d'expulser les autres fut conçu dans les premiers mois de 1891. Comme le gouverneur de Moscou, prince Dolgorouki, passait pour un fonctionnaire bienveillant, on le remplaça par le