REVIREMENT 5I
et c'est un fait de la plus haute importance, là où il n'y avait que tolérance policière avant 1880, les juifs, postérieurement à cette date, purent invoquer une tolérance gouvernementale, placée sous la sauvegarde de deux ordonnances ministérielles. Il a fallu le revirement funeste de 1890, dû à Finfluence toute puissante d'un esprit fanatique, pour que les droits des uns et les devoirs des autres fussent brutalement méconnus et foulés aux pieds.
Depuis 1890, la police a peu à peu expulsé des grandes villes, dans des conditions de rigueur vraiment révoltantes, ceux des juifs qui n'avaient pas le droit d'y résider, en vertu de règlements antérieurs à 186$. Tout ce qui avait été fait après cette date, dans le sens de l'émancipation progressive, a été considéré comme nul et non avenu. Suivant les circonstances, les procédés adoptés ont été plus ou moins expéditifs. Tantôt on a obligé les juifs à signer l'engagement « volontaire » de qt tter une ville dans le délai de quelques mois, faute de quoi ils seraient renvoyés par étapes, c'est-à-dire à la façon des criminels ; tantôt on a expulsé, sans avertissement préalable, des colonies entières de ces malheureux, jetés d'un jour à l'autre sur les grands chemins, à la merci de la charité publique. Il en est résulté des souffrances et des misères atroces, dont le récit a profondément ému l'Europe; à diverses reprises, elles paraissent avoir touché les fonctionnaires russes euxmêmes, éveillant un écho de sympathie douloureuse jusque dans la presse sévèrement contrôlée de leur pays.