LA NUIT DE PAQUE
femmes et enfants, et les conduisirent au poste de police. Plus de 500 personnes, parmi lesquelles de tout jeunes enfants, y furent entassées et y restèrent 36 heures, presque sans vêtements et sans nourriture. Si le nombre des victimes ne fut pas plus considérable encore, c'est que le secret de la mesure projetée n'avait pas été exactement gardé : beaucoup de juifs, avertis à temps, passèrent la nuit dans les rues, dans les voitures publiques, jusque dans les cimetières, et ne revinrent chez eux que le lendemain. Les commissaires américains, MM. Weber et Kempster, ont vu des israélites échappés à cette razzia, qui avaient conduit leurs familles dans des maisons de prostitution où ils avaient loué des chambres pour la nuit; c'étaient les seuls endroits où ils pussent momentanément s'abriter contre le froid.
Le système des descentes nocturnes continua pendant plusieurs semaines, ayant toujours pour objectif les rues et les quartiers les plus| pauvres. Comme beaucoup de juifs avaient pris l'habitude, après la terrible nuit du 9 au 10, de sortir vers minuit, les expéditions de la police eurent lieu le plus souvent vers cinq heures du matin. Au début, ceux qui voulaient obtenir un sursis de quelques jours ne purent que solliciter des faveurs individuelles: le 28 juillet seulement, un nouvel arrêté détermina les délais d'expulsion pour ce qui restait des différentes catégories d'artisans et d'employés. Ces délais variaient de trois mois à un an et, à l'expiration de chacun d'eux, les mêmes scènes de désolation se produisirent à la gare de Mos-