SCÈNE DE DÉSESPOIR
COU. On expulsa des vétérans blessés sur le champ de bataille et décorés pour leur conduite ; nous en citeror s des exemples en parlant du service militaire. On expulsa des paralytiques, des femmes en couches, des malades. Beaucoup d'infortunés ne sortirent de prison que pour être conduits par étapes, les menottes aux mains, jusqu'au Territoire.
L'emploi des menottes, contesté par la presse russe officieuse, est désormais mis hors de doute par des témoignages qui méritent toute créance (^). Les enfants et les femmes n'étaient pas enchaînés, mais leur situation fut quelquefois plus cruelle encore. L'un des cas sur lesquels nous possédons des documents précis peut être cité comme exemple (^). Une couturière âgée de i8 ans, Malka Halphin, habitait Moscou depuis deux ou trois ans et subvenait en partie aux besoins de sa famille restée dans le Territoire. En présence des rigueurs de ia police, les amies qui lui offraient ^hospitalité n'o* saient plus la recevoir : elle se trouva placée dans l'alternative de retourner dans le Territoire ou de se faire inscrire comme fille publique. Elle erra pendant plusieurs nuits à travers les rues et enfin, désespérée, elle se jeta dans la Moscova, d'où elle fut retirée malgré sa résistance. Des dames charitables la prirent alors sou^ leur protection. MM. Weber et Kempster ont public^, dans leur rapport officiel (3), la lettre de remerciements que la mère de Malka Halphin a adressée à l'une de ses bienfaitrices.
(1) Weber et Kempster, p. 33, 36, 38, 40, 64.
(2) Idid., p. 20.
(3) Edition anglaise, p. 42.