‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 39 sur 125 · ENFANTS MORTS DE FROID · texte numérisé non relu

ENFANTS MORTS DE FROID

Quelques semaines après ces expulsions dignes du moyen âge, la flotte de la République française était reçue avec enthousiasme à Cronstadt et le tsar écoutait, debout et tête nue, Thymne de Rouget de Lisle à la liberté.

Une épreuve terrible était réservée à 2,000 juifs qui devaient quitter Moscou au mois de janvier 1892. La date fixée était le 14/26 de ce mois. A ce moment, l'hiver était tellement rigoureux — le thermomètre descendait à 32^* sous zéro — que le gaz ne brûlait pas; Ton avait dû allumer de grands feux au coin des rues, fermer les écoles, interdire les exercices de la troupe, suspendre même, dés le 10/22, le transport des criminels. L'ordre n'en reçut pas moins son exécution. Des enfants moururent de froid, d'autres curent les pieds et les mains gelés. Une femme accouchée depuis quatre jours, entourée de six enfants, dut être laissée à moitié morte dans un wagon. Les Russes eux-mêmes étaient saisis de pitié. Le 16/28 seulement, le gouverneur donna Tordre de surseoir aux expulsions jusqu'à ce que la température fût devenue plus clémente. Mais il était trop tard : l'œuvre barbare était achevée.

En même temps que s'accomplissait à Moscou la battue d'avril 1891, un faubourg de la ville, Marina Rostcha (Bois de Marie), était témoin de scènes tout aussi affligeantes. Ce faubourg contenait une agglomération de misérables cabanes construites vers 1884 et qui donnaient asile à des juifs trop pauvres pour habiter rintcrieur de Moscou. Il y avait là environ 4.io familles,

MARJNA ROSTCHA gj

comptant au moîns 2,400 personnes. Une troupe du cûsaques et de policiers entoura nuitamment cette partie du faubourg et en mit tous les habitants dehors avec des radinements de brutalité inouïs. Les juifs fuyaient, pieds nus, à travers les bois, poursuivis, sur la terre ^eiée, par les cosaques. Quelques-uns parvinrent à allumer des feux, que les soldats éteignirent aussitôt. D'autres se réfugièrent dans les cimetières suburbains et y passèrent la nuit. Une malheureuse femme. M™" Epsteio, fut trouvée le matin cachée au milieu des tombes, ayant à côté d'elle un enfant mort dont elle avait accouché pendant la nuit {^}, f^ar ordre de la censure, aucun journal russe n osa publier une ligne sur ces catastrophes. Mais quand la presse étrangère en eut fait le récît, l'opinion des Russes s émut et 31, Pobêdonostscv, parlant à M, Arnold White en juillet

1591, déclara que tout le munde regrettait la brutalité du chef de police de -Moscou dans Fa 11 aire de .Marina Rostcha, Ces regrets du procurateur du Saint-Synode furent bien peu efficaces, puisquils n'empêchèrent pas, à Moscou même, les horreurs du mois de janvier 1892,

A côté des tortures endurées par les expulsés de Moscou, i! faut parler aussi de leur ruine matcneUc. Obligés de quitter la ville dans des délais minimes, le plus souvent en quelques jours^ ils devaient à tout prix et en toute hâte liquider leurs affaires et vendre leurs meubles. Leurs débiteurs ne les payaient pas (^), et, par une sorte d'accord tacite, leurs objets mobiliers ne

(ï) WkHER et KeAIFSTER, p. 59, 60; —FREDERIC, Tke tietu ExûdîiS^

i*) Thïiesj s ^^ îSçr ; — Webee et Ke^mpstek, p. 46,

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