LE DRAME INTIME
lo. Cas de violence à F égard des juifs. Exactions de la police. Pillages.
La censure, — Le réseau des restrictions. — Traitement des colons, — Ordonnances vexatoires, — Délit du * Tuanquedt respect ». ^ Emprisomiements arbitraires. — Menottes. — Cruautés à Regard des femmes enceintes, — Le chantage de la polke. — Pillages à Kliaraïevo, Elisabethgrad, Starodoub^ Jousovka, etc. — Les responsabilités.
Apres cette revue des mesures officielles de refoulement et de persécution, il faudrait raconter le drame intime des humiliations et des violences. Pour les fonctionnaires subalternes, pour la police russe, Israël est le grand souffre-douleur* Contre lui, toutes les haines peuvent s exercer, toutes les menaces sont permises, toutes les extorsions restent impunies- C'est une victime qui n'ose même plus crier*
Aussi, parmi les faits locaux de violence, n'en est-il certainement pas un sur dix mille qui arrive jusqu'à nous, A quoi servirait-il au juif de se plaindre? 11 risque d'ajouter chez ses persécuteurs la rancune qui est tenace aux brutalités qui passent. Qu'il achète plutôt le repos, s'il est riche; et, s'il est pauvre, qu'il courbe lechine et qu'il se taise.
Le martyre individuel et quotidien des Juifs russes échappe donc à Thistoire, Il n'est écrit ni dans les ukases, ni dans les ordonnances de police : il tient à la façon de les appliquer. Il dépend de Thumcur d'un fonctionnaire ou de la rapacité d\in policier. Ce que
JUCEMEÏft DE U. LEROY-BEÀULÏEO ggf
nous en apprenons se borne à quelque fait plus révoltant que les autres, dont Técho affaibli nous parvient de tenaps en temps, ou à une allusion timide dans quelque journal.
iMals la censure veille. Une revue israélitc russe, le Voskkûdj malgré Textrème modération de son langage, a été suspendue pour six mois, immédiatement avant les terribles expulsions de Moscou- et le Novosii, qui a le coura^^e de prendre parfois la défense des juifs, s'est vu infliger, à la même époque, un deuxième avertissement (^) : un troisième équivaudrait en fait à sa suppression.
Les prétextes ne manquent pas aux fonctionnaires lorsqu'il leur plaît de menacer ou de sévir. Car « les lois restrictives forment un réseau inextricable, aux mailles si serrées que le juif, qui en est enveloppé, ne peut guère se mouvoir sans en déchirer une. Le plus habile n'est jamais sûr d'être en règle avec la loi : la police a toujours barres sur lui. Cela est si vrai qu'un des obstacles a rémancipation des israélites est Tintéret des tchinovnihs et de toute T administration à les tenir ainsi dans le filet de la loi. » M. Anatole Leroy-Beaulieu s'exprimait de la sorte dés 1889 [^), c'est-à-dire avant la série des nouvelles mesures d'oppression de ces dernières années. Depuis lors, suivant sa propre parole (^} , les mailles du réseau ont encore été resserrées et renforcées.
I*) Times, 3 avrïl iRqi.
ï) L'Empire des Tsars et les Russes^ t. TIT^ p. 624.
fl Anat. Luroy-BeaulïEV, Journal dtis DêùatSf 15 août 1S9O,
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