Obstacles au culte et impôts spéciaux
Le culte, prétexte à vexations et à redevances exceptionnelles. Exploitation des juifs par le fisc.
Pas plus qu'on ne leur accorde la liberté de s'instruire, les juifs n'ont en Russie la vraie liberté religieuse. La nomination des rabbins, la construction des synagogues sont soumises à des formalités innombrables et vexatoires. Les deux écoles rabbiniques qui existaient en Russie ont été fermées en 1873. '-^^^ synagogue ne peut être établie dans les localités où il y a moins de 80 maisons juives; un simple oratoire ne peut être installé dans celles où il y en a moins de 30; et, contrairement à ce qui a lieu pour les autres cultes, le vol d'objets servant au culte juif n'est pas considéré comme sacrilège.
Les juifs qui se réunissent pour prier dans d'autres édifices que les synagogues ou les oratoires sont passibles de peines sévères. Récemment, vingt malheureux ont été condamnés par un juge communal, parce qu'ils avaient récité ensemble des prières dans la forêt; il a
(«) DE Martens, Op. cit., trad. fr., t. HI, p. 241.
go IMPÔTS SPÉCIAUX
fallu un ukase du Sénat pour expliquer à ce juge qu'une foret n'est pas un édifice ('),
Le culte est aussi k prétexte d'une série de rede^ vances spéciales mises â charge des israélites.
En échange de l'impôt que l'État perçoit des individus, il doit évidemment leur assurer le respect de leurs droits, la sécurité, la justice. Aussi semble-t-il paradoxal que, protégés moins que tous tes autres sujets du tsar, les juifs soient frappés en Russie de taxes plus élevées.
Un ukase du Sénat, sous le règne de Catherine II, avait soumis les juifs à des impôts doubles. Cette mesure, renouvelée sous Paul I"' en 1797, fut abolie sous Nicolas r' a la suite du règlement de 1855 (^), Mais ridée de les accabler de taxes n'est pas abandonnée. Il y a un impôt sur chaque bête tuée suivant le rite Israélite {caschèr). Puis, chaque livre de cette même viande, au moment où elle est vendue au consommateur, est grevée d'un nouveau droit, de sorte que la viande coûte aux juifs un tiers de plus qu'aux autres habitants. Les juifs payent des impôts spéciaux sur le loyer de leurs maisons, boutiques et magasins; sur les bénéfices des fabriques, des établissements mdustnels ou commerciaux qui leur appartiennent (^). Les împrimenes des juifs {^), les capitaux légués par des juifs p) sont frappés de droits exorbitants. La femme
m Vosh^ïtùd, T5/27 août 1893.
(a) N. DE GrADOVSKI, Où. cit., trad* fr., pp. lOg, 141-
(1) Loi sur les i m pots, vol. V^ 1S57,
(A) F^i sur la Ci'tisurej 1KS6.
(5) Loi sur les impùtSi 1857^
" exploitation! t, 91
juive doit payer une taxe au gouvernement pour avoir le droit, suivant une vieille coutume israélite, d'allumer chez elle deux bougies le vendredi soir; cet « impôt des bougies » est affermé chaque année pour 230,000 roubles. Et pour le privilège de porter une calotte pendant qu'il récite ses prières, chaque juif doit au gouvernement une taxe annuelle de 5 roubles argent (') ! Le fisc ne laisse échapper aucune occasion d'abattre sa lourde main sur les juifs. Ainsi, au mois de mai 1893, un impôt général a été établi sur les logements ; les membres des clergés chrétiens et du culte musulman en sont exemptés, mais il est dit formellement que ceux de confession israélite sont astreints à l'impôt (^). On a vu avec quelle cruauté les juifs sont refoulés sur les villes. Beaucoup d'entre eux, venant des provinces de l'intérieur, se sont réfugiés à Varsovie : les autorités municipales se sont empressées de les frapper d'un impôt spécial par chaque journée de résidence, et cela indépendamment du droit de séjour imposé à Varsovie à tous les nouveaux arrivants (^).
Les panslavistes résument tout leur réquisitoire contre les juifs en s'écriant : exploitation! Un publiciste américain, qui a parcouru la Russie il y a deux ans et qui l'a observée avec sagacité, assure qu'en fait d'exploités, il n'a vu en Russie que les juifs (**). La législation fiscale n'est pas pour lui donner tort; et ce qui nous reste à dire ne fera que confirmer ce jugoment.
!i) Loi sur tes impôts^ 1857.
2) Novoïé Vrémia, 12/24 juin 1893.
(3| Kr(i/\ 25 juin/7 juillet 1893.
(4) Harold FREDERIC, Thcftew Exodiis, iS92,p.66 67.