‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 62 sur 125 · ORDONNANCES VEXATOIRES · texte numérisé non relu

ORDONNANCES VEXATOIRES

\Jn organe russe, le Joumoil du Nord, publiant cette année un aperçu de ia situation des juifs en 1892^ montre clairement que les autorités provinciales édictent souvent contre eux des ordonnances aussi ridicules que vexatoires. Ainsi, dans une province du Territoire, le gouverneur enjoignit aux juifs de saluer les représentants de Tautorité, de la commune et des corporations, partout où ils les rencontreraient, sous peine de poursuites administratives. Le maréchal de la noblesse d'un arrondissement du Midi rassembla les chefs de la communauté juive et leur déclara que si leurs coreligionnaires ne le saluent pas dans la rue, il les fera fouetter sur la place publique; dans un autre arrondissement, ie maréchal avait menacé les juifs de la relégation en Sibérie pour le même crime (*) !

Ces exigences despotiques se rattachent à un délit nouveau qui a été inventé en 1890. Les juifs, et les juifs seuls, sont maintenant tenus de lever leur chapeau devant le moindre employé, sous peine d'être punis sévèrement pour ce manque de respect », On comprend tout le parti que la police et Tadministration peuvent tirer d un terme si élastique et si vague.

On assure qu'un fonctionnaire, voulant un jour monter dans un tramway complet, s était mis en tète qu'un juif qui était dans la voiture devait lui céder sa place. C'est à la suite de ce grave événement que le nouveau délit aurait été imaginé. Quoi qu'il en soit^ il est certain que des circulaires ont été lancées dans ce sens par les gou-

(0 Siêverno'f Vtesfnik (Jourtial dtt i^ord), cité dans le J^oskhod du 17/29 janvier 1&95*

g6 EMPRISONNEMENTS ARBITRAIRES

verneurs de Mohilev, d'Odessa, de Vîlna, dans le courant de 1890. A Odessa, la police est autorisée à battre les juifs, non seulement pour les offenses sérieuses, maïs pour tout manque de politesse ou de déférence envers les chrétiens. Au mois d'août 1890, dans un faubourg de la ville de Slobadka, un fonctionnaire subalterne, trouvant qu'un juif ne lui avait pas témoigné assez de respect, le fît lier et fouetter sous ses yeux : sans l'intervention de la femme du fonctionnaire, qui fut prise de pitié, le malheureux serait probablement mort sous le fouet n.

Dans nos pays occidentaux, nous ne pouvons pas même concevoir les raisons qui suffisent en Russie à faire incarcérer les plus honnêtes gens du monde, du moment où ils sont juifs. Tout dernièrement, l'assemblée des juges de paix de l'arrondissement d'Ouchitsa a condamné un employé juif à deux semaines de prison, pour être resté jusqu'à une heure de l'aprés-midi à surveiller des coupes dans une forêt appartenant à son patron : la police prétendait qu'il devait avoir achevé sa besogne à onze heures du matin et, qu'en restant plus longtemps dans la forêt, il sétabltssaùhors de la ville!... Une femme de Mohilev, veuve depuis huit ans, cuisinière, remet son passeport à la police de Moscou pour qu'on fasse venir de son lieu de naissance les certificats nécessaires au renouvellement. On garde son passeport et on l'arrête comme n'en ayant pas! L'un des commissaires du gouvernement américain, M. Weber, a vu cette femme en prison et a publié une pièce officielle qui Q) Times, 9 et 13 octobre 1890.

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