‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 71 sur 125 · AVEU DU GRAJDANINE III · texte numérisé non relu

AVEU DU GRAJDANINE III

s'attaque à la foule des travailleurs et des pauvres; celui-là, suivant une définition pittoresque, est le socialisme des imbéciles, celui-ci un véritable système d'extermination lente; celui-là est un snobisme, celui-ci un crime.

Sans contester qu'il y ait en Russie, comme ailleurs, certains préjugés vulgaires contre les juifs et que 'ceux qui échouent en quelque entreprise, moujiks ivrognes, commerçants inhabiles, accusent volontiers les juifs d'être les auteurs de leurs maux, il faut se garder de croire que le peuple nourrisse en général une réelle antipathie contre eux : l'animosité vient d'en haut et non d'en bas. Il arrive constamment que les paysans russes protègent les juifs contre la police et leur donnent asile : le Novoté Vrémia s'en plaint assez (') . Le Grajdanine, l'organe fanatique du prince Mejtcherski, reconnaît lui-même qu'il n'y a, chez le paysan russe, aucune aversion innée à l'égard des juifs, et que Ton entend, au contraire, dire très souvent : « Les juifs nous sont nécessaires dans les communes rurales; laissez-les donc tranquilles ! (^) » A Biélostok, où il y a 36,000 juifs sur 60,000 habitants, les relations entre chrétiens et juifs sont bienveillantes et fraternelles (^). Ailleurs, on a vu d'honnêtes Russes qui venaient, la veille des troubles, supplier les juifs de mettre leurs objets en sûreté, et le grand-rabbin d'Odessa, feu le D' Schwabacher, a raconté l'histoire significative d'ouvriers chrétiens, très satisfaits

0) Novoîé Vrémia, 4 avril 1890.

(2) Grajdanine. cité dans VOdesski Listok, II/23 juillet 1893.

(3) Weber et KEMPSTER, p. III ; éd. angl., 84.

lia FAITS SIGNIFICATIFS

de leur patron juîf, maïs persuadés qu'ils sont forcés par un ukase d'aller le lendemain tout briser chez lui, et lui promettant de n'en rien. faire s'il veut bien prendre sur lui toute la responsabilité uie cette désobéissance ('). En maints endroits, les popes, les propriétaires fonciers, les paysans, les bourgeois sont venus au secours des malheureux israélites (*). La commission PopofiF, la commission Pahlen, le prince Demidoff, le comte Strogonoff, l'élite intellectuelle de la nation russe avec le comte Léon Tolstoï en tête, se sont prononcés sans détours contre les persécutions et, sûrement, la Russie entière n'est pas solidaire des tendances fanatiques que le Saint-Synode inculque au gouvernement.

Mais comment, peu à peu, la grande majorité des gens qui ne se donnent la peine ni de penser, ni de juger par eux-mêmes, ne se laisserait-elle pas, hiérarchiquement, gagner par la contagion? On finit par charger de tous les péchés ceux qu'on voit sans cesse traiter en suspects et en coupables.

Les causes de l'antisémitisme de la Russie officielle sont multiples : religieuses, politiques, économiques. Dans les cercles dirigeants, surtout durant ces dernières années, il est évident que les considérations religieuses ont été prédominantes. Une vue théocratique et surannée fait encore confondre les domaines « de César et de Dieu », à ce point que la nationalité n'est pas conçue

(ï) Cité dans le Bîackwood^s Edinhurgh Ma^azine^ oct. 1890. — Ces bruits absurdes, relatifs à des ukases qui orcfonnaient de dévaster les biens des israélites, étaient répandus dans toute la Russie par des gens malintentionnés (Dkmidoff, Op. cit,, p. 94).

(2J .Si&i'crtioï Viestnik, loc. cit.

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