‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 88 sur 125 · A LA CASERNE · texte numérisé non relu

A LA CASERNE

lîtaîre, mais non les instituteurs juifs. En outre, une loi du 31 Janvier 1889 décide que les juifs ne peuvent pas, comme les autres Russes, se faire remplacer par un frère ou un parent.

Ainsi, avant même d'entrer à la caserne, le jeune homme îsraélke est Tobjet d'une série de mesures exceptionnelles et vexatoires. Et s'il ne se présente pas, une amende de 300 roubles frappe toute sa famille : rien de semblable n'existe dans la loi pour les soldats des autres confessions. Les chrétiens convaincus d'avoir donné asile à un déserteur s'exposent à être mis aux arrêts ou à un emprisonnement de quatre mois au maximum; le juif, coupable du môme forfait, est passible des travaux forcés, pour une durée de douze à dix-huit mois (')!

Une fois au service, le conscrit juif peut être Impunément bousculé et malmené par ses compagnons chrétiens, et les chefs, au lieu de le protéger, se montrent à son égard d'une excessive rigueur. Il n'y a pour lui, nous le savons, aucune chance d'atteindre aux grades supérieurs; même s'il est devenu sous-officier, il ne peut suivre les cours de l'École des cadets, et, au cas où il arriverait à passer avec succès l'examen d'entrée à une Ecole militaire, son brevet ne déclarera pas qu'il y est admissible (^); depuis 1887, il ne peut d'ailleurs plus s'y présenter; enfin, depuis 1889, un juif est même exclu du grade de chef de musique!

Un ukase du 25 juin 1867 autorisait les anciens soldats juifs à s'établir hors du Territoire ; à peine eût-on

(I) Loi criminelle, 1885, §§ 528 et 530.

(a) Recueil des règlements, 17 sept. 1882, no 84, §642.

13P VIEUX MIUTAIRES

imposé aux juifs le service obligatoire que ce privilège leur fut enlevé. On est allé jusqu'à donner à cette abrogation un effet rétroactif, et on a refoulé ignominieusement dans le Territoire d'anciens soldats décorés pour leurs campagnes, blessés sur le champ de bataille au service de leur pays. C'est ainsi que le gouvernement russe encourage le patriotisme parmi ses sujets juifs,

MiM. Weber et Kempster ont relaté plusieurs exemples navrants des traitements infligés à de vieux militaires : un soldat grièvement blessé à Plevna en 1877 et libéré après neuf mois d'hôpital, retourne à Mitau où il devient chiffonnier, ses infirmités lui interdisant d'autres métiers. On l'expulse, sous prétexte qu'il était inscrit dans le gouvernement de Kovno ; si le rabbin n'avait réuni une somme pour lui prendre un billet de chemin de fer, il allait être renvoyé par étapes avec des criminels. Un autre, âgé de 68 ans, soldat de Nicolas, libéré en 1864, a obtenu une médaille pour sa conduite pendant la guerre de Crimée et un chevron pour 1 5 ans de loyaux services. II n'en fut pas moins chassé de Moscou dans les 24 heures. La rnème douloureuse histoire se répète pour toute une série d'expulsions analogues. Un vétéran de Nicolas, qui avait servi pendant 25 ans, dit aux deux commissaires américains, avec des larmes dans les yeux, qu'il était chassé de son foyer, éloigné de ses enfants à la fin de sa vie, lui qui n'avait jamais commis de crime, n'avait jamais mendié et n'avait rien fait pour mériter l'exil, sauf d'être juif; et pourtant, il a défendu son pays et les puissants qui, maintenant, le repoussent et font de lui un vagabond. Nos auteurs ajoutent avec

Page 1