CONDUITE DES SOLDATS JUIFS I3I
tristesse : ce Sa situation ne peut s'oublier, car elle présente un contraste frappant avec celle des anciens militaires dans notre pays » (^).
En 1891 , à Moscou, un sous-oflicîer juif de la réserve, Israël Deyel, présenta au tsar une humble et touchante pétition, le suppliant d'en revenir, en faveur des vieux soldats, à Tukase de 1 867, On y lisait entre autres choses : « Unsoldatnon juif, lorsqu'ilvacombattreetmourirpour son pays, est soutenu par la certitude que ses proches seront protégés par l'État et recevront l'appui paternel du gouvernement ainsi que la faveur généreuse du monarque. Mais le soldat juif doit braver la mort pour sa patrie avec l'amère conviction qu'elle Ta séparé comme un paria de tous ses autres enfants, qu'elle Ta privé, par ses lois, des moyens de vivre convenablement et de pourvoir à la famille qu'il laisse après lui (^) »•
Tant d'injustices n'empêchent pas les juifs russes de remplir leur devoir militaire avec dévoûment. Plus de douze mille d'entre eux vont chaque année se ranger sous les drapeaux. Loin de se soustraire à la conscription, ils supportent ainsi, proportionnellement, une part beaucoup plus grande que leurs compatriotes chrétiens de ce fardeau militaire qu'on leur rend si dur. Quant au courage et à l'esprit de sacrifice, comment les contester de bonne foi chez des gens qui souffrent et meurent plutôt que de se parjurer? D'ailleurs, de l'aveu de leurs adversaires eux-mêmes, nombre de soldats
(') Weber et Kempster, pp. 68-71.
(^/ FREDERIC, New Exodus, pp. 287, 288.