VILLES SOLLICITANT L ADMISSION DES JUIFS
Les résultats de cette politique funeste n'ont fait que s'accentuer depuis lors et, ce qui la Juge surtout, c'est que les doléances de ceux-là même à qui Ton croyait donner satisfaction en poursuivant les juifs n'ont pas diminué. Gela devait être. Le malaise dont on se plaignait tient à des causes générales, comme le déclarait si loyalement le prince DemidofF; les juifs n'en. sont nullement responsables, et, en les torturant, on a décuplé leurs souffrances sans améliorer la situation. Conséquence assurément inattendue : les paysans russes, loin de retirer un profit du départ des juifs, souffrent à ce point de la dépression économique qui en résulte, qu'ils vendent aujourd hui leurs terres à vil prix et émigrent à leur tour (') .
L'éloquent paradoxe qui s'était déjà produit tant de fois s'est renouvelé et se répète chaque jour sous nos yeux : on réclame à cor et à cris le retour des juifs dans les localités mêmes d'où on avait obtenu leur expulsion. En 1829, on les chasse de Nicolaïev; on les rappelle en 1830, reconnaissant déjà le tort causé à la ville par le départ de ses meilleurs artisans (-) . Après avoir obtenu leur renvoi en 1845, les habitants de Kichinev ont demandé instamment que la mesure fut rapportée, ce qui eut lieu en 1858 {^). A Nijni-Novgorod, acheteurs et producteurs sollicitent la libre entrée des juifs interdite par un arrêté de 1888. Les villes de Kharkov, de Livni (dans le gouvernement d'Orel), se prononcent aussi
(i) Kovoïé Vréiin'a, 23 septeinbre/5 octobre 1893.
(2) Demidoff, La question juive en Russie, trad. fr., p. 45.