‹ Les Juifs russes; extermination ou emancipation? Avec une lettre-preface de Th. MommsenChapitre 131 sur 140 · ÉLÉMENTS DE PROGRÈS · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE PROGRÈS

La charité peut aller jusqu'à l'héroïsme. Faut-il rappeler ici qu'au milieu du désarroi général causé à Odessa, en 181 2, par l'apparition de la peste, ce fut un juif, Roublef, qui accepta du duc de Richelieu, alors gouverneur de la province, la mission périlleuse de donner la sépulture aux morts, d'organiser les secours aux malades, d'opérer le ravitaillement de la ville affamée? Roublef s'acquitta de cette tâche avec un dévoùment sublime, et la peste diminua bientôt. Il refusa toute récompense.

Après tant de faits, on peut, certes, conclure que les juifs ont rendu quelques services à la Russie, qu'ils lui en rendent encore sans cesse. Partout ils se sont montrés facteurs de prospérité et ferments de progrés. Leur activité retentit favorablement autour d'eux , et les Russes, un peu indolents, ont tout profit à retirer de cet exemple et de cette contagion. La richesse de la Russie méridionale, notamment l'importance commerciale d'Odessa, est en grande partie l'œuvre des juifs. On estime qu'ils ont fait construire dans cette ville les trois quarts des fabriques et des maisons.

La population des villes représente en France et en Allemagne environ 30 p. c. de la population totale, en Angleterre près de 45 p. c. Dans la Russie d'Europe, elle forme 11. 2 p. c. seulement. S'il est vrai que le progrès d'un pays part surtout de ses villes, les hommes d'État russes ne commettent-ils pas vis-à-vis de leur patrie une faute impardonnable en paralysant par des lois d'exception les deux cinquièmes de la population

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