DEVOIRS DU MONDE CIVILISÉ
de la Chine, de la Hongrie ou de l'Angleterre. Et cependant, ces opprimes dont la situation n'est pas à comparer avec celle, bien plus douloureuse, des juifs russes, ils ont des protecteurs naturels : députés irlandais à Westminster, gouvernement roumain, diplomatie de toute la chrétienté. En Russie même, ne voyons-nous pas tous les dissidents trouver au dehors quelque défenseur attitré qui sache prendre en main leur cause visà-vis de 1 orthodoxie ? Mahomètans, protestants et catholiques ont tous l'appui d'un sultan, d'un empereur ou d'un pape. Seuls les juifs sont laissés sans défense. Le duc d'Argyll le disait déjà il y a deux ans : il n'y a pour eux d'autre ressource que l'opinion publique (').
Involontairement, on songe aux nègres d Amérique ou d'Afrique, en faveur desquels on n a pas en vain fait appel à la conscience du monde civilisé. « Si une nation, même de l'Afrique centrale, souffrait comme souffrent les juifs de Russie, ce serait notre devoir d'intervenir; comment ne remplirait-on pas ce devoir envers une race aussi remarquable que la race juive ? » Ainsi parlait un des plus hauts dignitaires de l'Eglise catholique, un homme universellement vénéré, le cardinal Manning (-).
L'Europe n'a donc pas seulement le droit de se préoccuper de cette situation : elle en a le devoir sacré. Ses intérêts matériels le lui commandent aussi impoli) 6'^a;?rfan?, 23 septembre 1891.
[-) Lettre publiée dans \c Report of a ineetin<r in the Guildhall, London, on the stcbject oft/tejews in Riissia, Londres,5l890.