LES PRIVILÉGIÉS
et parfois à eux-mêmes. Il était cependant très simple, si l'on voulait éviter des contestations, de préciser les limites de la protection assurée, par chaque privilégié, à ses ascendants et descendants. Si on a négligé de le faire, c'est parce que l'on a toujours voulu, en matière de législation sur les juifs, retirer d'une main ce que l'on donnait de l'autre, ouvrir à l'arbitraire gouvernemental un champ d'action presque illimité. Les exemples abondent à l'appui de cette assertion.
Enfin, faut-il le dire? le privilège du domicile dans les villes de la Russie entière est assuré aux filles publiques que l'on munit à cet effet d'une carte jaune. Cette carte infamante a déjà été sollicitée par des juives honnêtes qui voulaient pouvoir pénétrer dans certaines grandes villes dont le séjour leur était interdit. M. Anatole Leroy-Beaulieu a raconté, et l'on a souvent répété depuis, l'histoire navrante de cette jeune fîUe, venue à Moscou pour y apprendre la sténographie, qui dut se faire inscrire comme fille publique, solliciter et porter sur elle la carte jaune. Au bout de quelque temps, la police l'expulsa, parce qu'on avait acquis la conviction, en la surveillant, qu'elle n'exerçait pas son métier !