EFFETS DÉSASTREUX DES EXPULSIONS
trouvaient d'acquéreurs qu'à des prix dérisoires. On a parlé de chaises vendues pour cinq ou dix kopeks (12 a 25 centimes), d'un lit vendu 10 centimes, d'un mobilier de 500 francs cédé à 20 fr. ('). Mais comment évaluer les pertes subies sur les fonds de commerce, la destruc-: tion de richesse causée par le déplacement brusque de tant d'hommes, qui, trouvant un travail rémunérateur à Moscou, étaient condamnés à se croiser les bras dans le Territoire ? Cette ruine subite d'une partie laborieuse et intelligente de la population eut un contrecoup sur la prospérité de la ville entière. Tel fabricant expulsé employait de 30 à 60 ouvriers, tous chrétiens. Tel autre en occupait 50; il est le créateur, dans le pays, d'une industrie nouvelle et a été médaillé aux expositions russes de 1882 et 1885 : expulsé. Deux autres négociants qui donnaient de l'ouvrage, l'un à 300 ouvriers, l'autre à 900, la plupart chrétiens, sont soumis à toutes sortes de vexations policières et obligés de liquider {^).
Déjà, en 1882, cinquante des principaux manufacturiers chrétiens de Moscou avaient envoyé une pétition au ministre des Finances d'alors pour lui signaler le tort grave, fait au commerce moscovite, par les expulsions dont les israélites étaient victimes. En 1892, cinquante autres fabricants notables de Moscou p) adressèrent une nouvelle pétition au grand-duc Serge pour lui demander d'atténuer ses ordres antérieurs sur le
(.1) Weber et Kempster, p. 60 ; — Frédéric, p. 223.
(2) Weber et Kempster, p. 23, 27, 29, 54.
(3) Standard, 6 octobre 1892.