EXPULSION DU GRAND-RABBIN DE MOSCOU
séjour des Israélites à Moscou. Le gouverneur fit une réponse évasive.
Le 15 octobre 1892, un ukase (') décida explicitement que le droit de séjour dans toutes les ^-illes de la Russie, accordé à certains juifs privilégiés, n'impliquait pas pour ceux-ci le droit de résider dans la Ville Sainte et qu'un permis spécial y était nécessaire.
La communauté juive de Moscou se trouvait ainsi, en moins d'un an, réduite à quelques familles et virtuellement anéantie. Les pratiques du culte étaient proscrites; la nouvelle synagogue, dont la construction avait cependant été autorisée par le gouverneur général et le ministre, fut déclarée « chose indécente » et fermée par la police le 16/28 avril 1892. La Communauté fut avisée d'avoir à la vendre ou à l'affecter à un établissement de bienfaisance. Verbalement autorisés par la police, M. Minor, grand-rabbin de Moscou depuis 40 ans, et le manufacturier Schneider célébrèrent une dernière fois le culte dans le vestibule de la synagogue : ils furent de ce chef l'objet de mesures rigoureuses. M. Minor a été relégué à perpétuité dans le Territoire et M. Schneider banni de Moscou pour deux ans. Ce dernier, âgé de 70 ans, était un des hommes les plus considérés de la ville. Le cas du grand-rabbin fut soumis à l'empereur, qui ratifia purement et simplement la condamnation (^).
Le décret qui frappait les juifs de Moscou fut appli-
(1) Novoïé Vrémia, 7/19 novembre 1892.
(2) Odesski Listok, 13/25 novembre 1892,
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que presque aussitôt dans d'autres gouvernements, à Kalouga, à Toula, à Riazan ('). Un correspondant du Times, s'étant rendu à Kalouga, s'est entretenu avec une veuve, mère de deux petits enfants, à qui un ordre de départ immédiat avait été notifié. La jeune femme avait supplié le gouverneur, M. Boulygine, de lui accorder un jour de répit; ce dernier répondit « qu'il ne se souciait pas de désobéir à un ordre du tsar pour quelques brutes juives ».
Au moment des expulsions de Moscou, le général Gresser, si connu pour son tempérament autoritaire et son animosité contre les juifs, était depuis plusieurs années chef de la police de Saint-Pétersbourg. Il s'efforçait de renvoyer sous tous les prétextes les ouvriers juifs établis dans la capitale. On a estimé à plus de 1 0,000 le nombre de ceux qui durent quitter Saint- Pétersbourg, de 1882 à 1890. Il eut soin d'empêcher qu'aucun des fugitifs de Moscou ne cherchât asile à Saint-Pétersbourg, au lieu de retourner dans le Territoire. Cela ne suffisait pas : le -jo avril 1891, le maire de Saint-Pétersbourg décida d'appliquer aussi à la capitale le récent arrêté du 28 mars/9 avril, quoiqu'il y fût uniquement question de « la ville et du gouvernement de Moscou ». Dans les premiers jours du mois de mai, 250 familles d'ouvriers avaient déjà reçu l'ordre de quitter Saint-Pétersbourg (^).
Cette recrudescence de persécution ne tarda pas à se propager comme une maladie mauvaise. L'ordre d'ex-
(1) Times, 5 mai 1891.
(2) Le Matin, Il mai 1891.