‹ Les Juifs russes; extermination ou emancipation? Avec une lettre-preface de Th. MommsenChapitre 48 sur 140 · LE CAUCASE · texte numérisé non relu

LE CAUCASE

l'Intérieur le vœu exprimé à l'unanimité par le Conseil municipal d'ajourner de deux ans l'expulsion des juifs de Libau. La municipalité estime que cette expulsion en masse aura des conséquences très fâcheuses pour la prospérité de la ville. Le ministre répondit à cette démarche par un refus catégorique ('). »

En dehors des 50 gouvernements de la Russie proprement dite, des 10 gouvernements de la Pologne, et du Grand-Duché de Finlande, la Russie d'Europe comprend encore les 12 gouvernements du Caucase. Pas plus que les autres, ils n'ont échappé à la persécution. Au mois de septembre 1892, la police a fait signer à tous les juifs des gouvernements du Terek et de la Koubane, situés entre la mer Caspienne et la mer Noire et administrés par les autorités militaires, l'engagement « volontaire » de quitter ces régions. Un journal de Tiflis (^) reconnaît que beaucoup d'entre eux demeuraient dans le Caucase « depuis virigt à vingt-cinq ans et nont jamais donné lieu à une plainte quelconque ». Ces malheureux, pour la plupart, sont tellement pauvres qu'ils sont obligés de s'en aller à pied (3) . Ceux qui avaient retardé leur départ, espérant quelque mesure de clémence souveraine, ont été cruellement déçus : malgré les larmes et les prières, l'ordre d'expulsion continue à s'exécuter impitoyablement. Il y a quelques jours, le ministre de la Guerre, de qui relèvent les provinces de

(1) Novoïé Vrémia, 4/16 juin 1893.

(2) Novoïé Obozreni, reproduit dans le Voskhoddn^/io avril l»93'

(3) Voskhod, 4/16 avril 1893.

64 UNE LUEUR d'espoir

la Koubane et du Terek, a ordonné de procéder sans délai à l'expulsion de tous les juifs qui y restaient encore, « et cela, sans avoir égard à leur profession et au genre de métier qu'ils exercent ». Il ajoute même que les fonctionnaires coupables de lenteurs seront sévèrement punis (').

Dans le Caucase, comme dans la Russie propre, un ordre général, inspiré sans doute par la circulaire du ministre de Tlntérieur, est venu au printemps de l'année 1893 renchérir sur les mesures locales. Les sept huitièmes des juifs qui y habitent — soit 1 5,000 environ — étaient menacés d'expulsion.

Pour la première fois, dans la lamentable histoire de ces trois dernières années, nous pouvons, par bonheur, enregistrer ici un revirement favorable : grâce à lintervention du grand-duc Michel Nicolaïevitch, ancien gouverneur général du Caucase, l'expulsion des juifs, dans les gouvernements du Caucase, à l'exception du Terek et de la Koubane, a été suspendue (^).

D'autres indices, bien faibles encore, font croire qu'une réaction se produit enfin en haut lieu, amenant une certaine détente dans le S3^stème de refoulement et de compression. Est-elle motivée par les appels désespérés des israélites, ou par les protestations respectueuses des Chambres de commerce de Riga et de Liban, ou enfin, ce que 1 on croirait plus volontiers, par un sentiment de pitié pour tant d'infortunes, par 1 idée, souvent

(1) Ordonnance du ministre de la Guerre, dans le Kievlanine, 21 août/2 septembre 1893.

(2) Oiiesski Listok, I/13 juillet 1893.

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