SITUATION PRÉCAIRE
En vertu de l'ukase de juin 1865 du tsar Alexandre II, il leur est permis de s'établir dans toute la Russie. Mais que de restrictions, que de difficultés auxquelles ils se heurtent pour jouir de ce droit, toujours révocable! Le prince Demidoff a fait admirablement ressortir combien leur situation est précaire. Il faut à l'artisan juif établi à l'intérieur un passeport renouvelable tous les ans, une attestation annuelle de bonne conduite et de bonnes mœurs délivrée par la police, une attestation de capacité délivrée par le corps de métiers de la ville où il veut résider; de plus, s'il peut emmener sa femme et ses enfants, il lui est défendu de se faire accom.pagner de son père et de sa mère, même s'ils sont âg:és ou infirmes; et s'il meurt, sa famille est renvoyée dans le Territoire (').
Ni la dénomination d'artisans, ni la qualification d'habiles n'a été définie avec précision, et chacun de ces mots est devenu le point de départ de tracasseries sans nombre.
La loi russe de 1886 sur les passeports (-) dit bien que « les artisans, patrons et ouvriers, en général, peuvent résider hors du Territoire juif ». Malgré cela, telle administration provinciale décrète que les cuisinières ne peuvent bénéficier de cette faveur; telle autre que les boulangers, bouchers, vitriers et vinaigriers juifs ne doivent pas être considérés comme artisans, et elle oblige à partir des gens exerçant ces métiers hors
(1) Prince Demidoff San-Donato, La Question juive en Russie, trad. fr., p. 57-58.
(2) § 283, note 3.