‹ Les Juifs russes; extermination ou emancipation? Avec une lettre-preface de Th. MommsenChapitre 82 sur 140 · MISÈRE GÉNÉRALE DÉPEINTE · texte numérisé non relu

MISÈRE GÉNÉRALE DÉPEINTE

une profonde reconnaissance, car il l'a empêché de mourir de faim. Dans la chambre, il n'y avait rien, absolument rien que le ht tout nu, qui appartient au propriétaire de la maison, et le métier. On me prit pour un client et j entretins cette erreur tout d'abord. (( Si je vous procurais lo roubles sans intérêts à payer, pourriez-vous vous tirer un peu d'affaire? » lui demandai-je. Il me regarda, sans rien répondre, et n'ayant pas l'air de bien comprendre. Je lui tendis alors un billet de 10 roubles qu'il prit sans rien dire non plus, puis il s'écria d un air fou : « Mon chapeau ! » et il voulut se diriger vers la porte. Je le vis pàlir davantage et se courber en quelque sorte vers le sol. Je l'assis sur le lit et il mit un quart d'heure à reprendre ses sens. (( Nous avons encore un Dieu tout-puissant, ma femme, finit-il par dire... (^) »

A'ilna. Berditchev, Odessa, au nord, au centre, au midi, dans tout le Territoire, mêmes effets, même misère. Katkoif, le panslaviste, déclarait déjà que dans ces régions, les classes les plus pauvres appartiennent à la religion juive et non à l'orthodoxie. Au risque de lasser le lecteur, il faut encore emprunter ces quelques lignes au tableau d'ensemble de la situation des juifs en 1892, publié par le Joiiriial (russe) G?t^ Nord :

« Il n'y a en Russie que dix à quinze mille juifs qui possèdent certains moyens d'existence. Quant à la masse, elle n'a rien, elle ne possède rien, elle est bien au-dessous de la masse chrétienne, qui, elle, possède

(I) Bulletin mensuel de V Alliance israélite, 1892, p. 61-63.

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