PAR UN JOURNAL RUSSE IO
au moins des terres. Les lois restrictives sont faites, Il est vrai, contre tous les juifs, mais ce n'est que l'immense masse des pauvres qui en souffre. L'appauvrissement était déjà bien profond il y a dix ans, les données officielles l'ont constaté alors. Depuis, les expulsions et les oppressions n ont fait qu'accroître la pau- ,vreté parmi la population Israélite. Des journaux dont les tendances antisémites sont notoires, sont forcés de reconnaître que les juits, surtout dans les provinces du sud-ouest, meuvent littéralement de faim... Et dire que la plupart de ces malheureux ont été dans 1 aisance, ont rempli tous leurs devou's de sujets russes et sont des ouvriers utiles au développement matériel du pays. Aujourd'hui, ce sont devenus des mendiants ; l'Etat ne peut plus retirer d'eux de revenus, ils sont à la charge de la charité publique, ils sont devenus un fardeau pour la population » (').
C'est à ce lent et silencieux dépérissement, dans leur ghetto systématiquement rétréci et affamé, comme le dit avec mélancolie M. Leroy-Beaulieu, « que loin des regards d'un souverain justement aimé pour sa bonté, sont là-bas condamnés trois ou quatre millions de sujets du tsar » (-).
Cette persécution épouvantable, ces restrictions, ces interdictions, ce refoulement, ces horreurs de toute sorte, quels sont les griefs par lesquels on cherche à les justifier? Nous allons les passer en revue.
(i) Siévenioï Viestnik, cité dans le Voskhod, 17/29 janvier 1893. (2; Anat. Leroy-Beaulieu, Israël chez les Nations, 1893, p. 193.
IIO L ANTISEMITISME
Accusations portées par les antisémites, en Russie, contre les juifs.
Il ne s'agit point, dans ces pages, de discuter dune manière générale l'antisémitisme, que l'illustre Mommsen appelle, non un rejeton, mais im avorton du sentiment natiotial (') et que l'empereur Frédéric III déclarait la honte de notre époque (^). Ce n'est pas le lieu d'en analyser les causes avouées, les motifs inavoués et les mobiles inavouables. Mais ce qu'il faut dire ici, c'est qu'il n'y a de commun que l'étiquette entre l'antisémitisme des pays d'occident et celui de Russie. Celuilà vise surtout quelques riches tapageurs, celui-ci
(i) Th. Mommsen, Auch ein Wort ïiber unser Judenthum, i88i,
(2) Ce jugement sévère a été exprimé par Frédéric III, alors qu'il était prince héritier, à feu le conseiller JVIagnus. Comme on l'a contesté, il est bon de rappeler que le fait est confirmé par des lettres du ministre d'Etat von Stosch, du Dr Gumbinner et du Dr G. von Bunsen, publiées récemment par la famille Magnus.