UNE CROISADE
comme distincte de la relig-ion : on en a cette preuve frappante que toutes les confessions non orthodoxes sont réunies, dans la langue gouvernementale, sous le nom de «communions étrangères r>. Les catholiques romains de la Pologne, les luthériens des trois provinces baltiques sont l'objet d'autant de défiances que les juifs. Les emplois officiels ne leur sont guère plus accessibles : dans l'instruction publique notamment, l'exclusion des catholiques est poussée aux dernières limites (^) et, récemment encore, les journaux annonçaient que les églises catholiques du district de Kolodno étaient transformées par un ukase en temples russes orthodoxes (-). Si la persécution atteint les catholiques et les protestants moins durement que les juifs, c'est que la crainte de complications diplomatiques oblige à quelques ménagements. Vis-à-vis de ses sujets juifs, au contraire, la Russie n'a pas à se gêner : elle les traite en étrangers (3), sans s'exposer à ce qu'un ambassadeur, un ministre ou un nonce vienne réclamer en leur faveur !
Au fond, il s'agit donc bien d'une croisade dirigée par le Saint-Synode contre tous les dissidents. De bons juges ne s'y sont pas trompés : M. Leroy-Beaulieu la laissé clairement entendre dans son Empire des Tsars et, après avoir noté que les chrétiens n'appartenant pas à l'Eglise orthodoxe cherchent, tout comme les juifs, un refuge en Amérique contre le fanatisme moscovite, les commissaires des Etats-Unis sont amenés à conclure que la per-
(i) Leroy-Beaulieu, l'Empire des tsars et les Russes, III, p. 6oi.
(2) Indépendance belge, 23 août 1893.
(3) Recueil des lois, vol. IX, § 835, note 7.