‹ Les Juifs russes; extermination ou emancipation? Avec une lettre-preface de Th. MommsenChapitre 87 sur 140 · LES GRIEFS · texte numérisé non relu

LES GRIEFS

sécution est presque exclusivement d'ordre religieux (^).

La seule solution péremptoire à la «question juive» en Russie serait, par conséquent, de faire pénétrer à Saint- Pétersbourg et à Moscou la notion moderne de l'Etat laïque; d'y faire comprendre que, suivant le mot d'un éminent catholique belge, J. B. Nothomb, il n'y a pas plus de rapport entre l'Etat et la religion qu'entre l'Etat et la géométrie. Comme ce résultat ne s'obtiendra pas de sitôt, il faut, en attendant le remède radical, se contenter de palliatifs : ne pouvant atteindre la cause profonde, tâchons du moins de montrer l'inanité des prétextes imaginés pour donner le change à l'opinion publique de l'Europe.

C'est qu'en effet la civilisation du xix" siècle, dont la Russie a pris sa part, l'empêche de dire ouvertement qu'elle poursuit ses dissidents comme hérétiques et qu'elle rend responsable du Crucifiement l'enfant né hier de parents israélites. Le gouvernement a soin, comme cela se pratique ailleurs, de couvrir son antisémitisme du manteau économique.

Vo3^ons donc en quoi consistent les griefs, et ce que la presse officieuse russe appelle le péril juif:

r On reproche aux juifs de s adonner au commerce de l'argent, d'être des usuriers qui exploitent et ruinent le pauvre moujik. — 2° On dit qu'ils sont presque tous cabaretiers et qu'ils excitent les paysans à l'ivrognerie. — 3° On incrimine leurs procédés commerciaux, on les accuse de fraudes, de ruses, d'accaparement. — 4" Ils se soustraient, dit-on, au service militaire et ne sont pas

(I) Weber et Kempstèr, p. 31.

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