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honnête, ça veut conserver de la pudicltë dans ses actions comme dans ses manières ; et ça n'est pas du tout cela qu'il nous faut à nous autres. Elle serait très-bonne dans un couvent, mais nos planches exigent une autre conduite, un laissez faire.... enfin, un abandon qui doit entraîner, ëlectriser le spectateur.
Nous avons voulu dernièrement lui faire jouer la fausse Agnès, parce que nous voulons la produire , et c'est un
beau rôle Bah!.... c'était à faire
pitié , elle n'était nullement dans l'esprit de son personnage , pas la moindre entente dans les manières, encore moins dans l'expression de la physionomie. C'était bien une Agnès,
mais ce n'était pas celle de Destou^ ches. C'est la fille d'une de nos camarades que nous aimons beaucoup , et nous lui portons tous le plus grand intérêt. Il y a quelque temps, nous lui avions con ë le rôle d'Eugénie, de Beaumarchais , croiriez vous, Madame, et en vérité cela fait lever les épaules , croiriez vous qu'elle n'a jamais voulu paraître sur la scène comme une jeune personne enceinte.
Nous avons été révoltés d'une conduite aussi scandaleuse, enfin, pour la dépayser un peu , pour lui donner ce que Voltaire appelle le diable au corps y nous avons voulu la marier à un jeune premier, l'Elleviou d€ la troupe, un comédien d'un ta-
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lent distingué , que nous estimons également beaucoup , qui , je vous assure , fera un chemin très-rapide s'il continue. Quand ce jeune homme a vu de quoi il s'agissait , il n'en a pas voulu. Il me faut quelqu'un, nous a-t-il dit très-sensément, qui me seconde dans les rôles que je veux lui faire jouer, et cet enfant là ne me convient pas du tout. Nous allons être obligés de la laisser s'encroûter dans ses principes de sagesse; car elle rejette sans cesse les soins que nous prenons pour lui donner une jolie éducation. Elle s'en repentira un jour, elle reviendra de son erreur, mais il ne sera plus temps, la belle saison sera passée. En ré-
DE PARIS. igj
compense, sa sœur qui est à côté d'elle, est un très-joli sujet, chacun de nous s'est plu à lui donner des leçons, et elle va bien, très-bien, je puis vous assurer, et je puis vous prédire que cette jeune et charmante actrice ira loin. Vous l'avez entendue tout à l'heure lorsqu'elle répétait? Avouez qu'elle possède une voix mélodieuse! Elle danse aussi avec beaucoup de grâce, beaucoup de légèreté. 11 y a quelquefois chez elle quelqu'hésitation , un peu d'embarras dans ses premières entrées en scène, cela vient de son extrême timidité , cela s'éfFacera par la suite ; et comme elle est très docile à nos le- I. 2" édit. i3.
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çons, nous voulons qu'elle devienne
une actrice parfaite.
— Quant à ce Monsieur que vous voyez un peu plus loin , continua-t-il en montrant son précepteur, avec sa ligure à l'abbé de l'Epée , c'est notre directeur. Il joue quelquefois , mais c'est mauvais, mauvais. C'est ce que nous appelons un bouche trous. Il ne fera jamais rien : beaucoup trop d'emphase dans sa diction , ' de la prétention , de l'affectation dans ses gestes , une manière toujours déclamatoire dans sa prononciation , qui gâte tout et qui tombe dans le genre du mélodrame. Du reste , c'est un très-b^n homme, et tous mes cama-
rades en sont très-contens comme directeur.
— Oserai-je vous demander , Monsieur, lui dit une des vieilles, s'il y a longtemps que vous connaissez cette jeune personne qui vient de chanter? et s'il y a long-temps qu'elle joue la comédie?
— C'est un enfant de la balle ous^rage né d'un auteur anonyme.
Sa mère était une ancienne Dugazon de la province.
— C'est singulier ! elle a une ressemblance extraordinaire avec...
— C'est une illusion , Madame , et cela arrive à chaque instant. Nous autres artistes dramatiques, nous montrons notre nez sur toutes les plan-
ches^ et quand on nous rencontre dans la société , on croit toujours reconnaître en nous quelques personnages importans. La mère de Lucrèce qui doit être au-dessus de son dixième lustre , est partie il y a quelques mois pour Rome , où elle doit remplir, dans la troupe du comte Demidow ou elle est engagée , les rôles d'Agnès et de jeune amoureuse. »
Malgré cette explication , la vieille dame ne pouvait s'empêcher de regarder attentivement la jeune comédienne pour rire. Quelque soit ma répugnance à lui parler, disait tout bas cette dame, il faut que je m'en assure moi-même.
Notre jeune fou allait continuer,
lorsque l'on donna le signal de se lever de table. Malgré cela, il n'en fut que plus empressé à continuer de jouer le rôle qu'il s'était imposé, lorsqu'enfin il fallut, malgré lui, quitter le masque i\ la suite d'une aventure assez extraordinaire.
Fin du premier volume.