DS D3>8T
Sfûâ/f- t/ûtf
On ignore en France l'histoire persane. Il n'existe même point, croyons-nous, d'histoire générale de la Perse. Le peu que nous savons de ce pays, nous le tenons des relations plus ou moins exactes de voyageurs plus ou moins véridiques.
L'excursion entreprise par Nasser-ed-din Chah en Europe a eu pour premier effet de reporter sur la Perse notre attention, qui n'aurait jamais dû s'en écarter.
Au point de vue de nos intérêts commerciaux & de la grandeur de la patrie, il est utile & nécessaire que nous possédions en Orient une influence qui ne soit point annihilée par l'ambition russe & l'ambition britannique. La Perse, par sa situation géographique, est destinée à devenir tôt ou tard le grand champ clos
où ces deux ambitions se donneront carrière. Prenons garde qu'elle n'en soit l'enjeu.
La France, grâce au rang qu'elle occupe en Europe & que les cruels événements qu'elle vient de traverser ne lui ont même point fait perdre, peut, par sa seule influence, non-seulement retarder, mais peutêtre prévenir à jamais le choc de l'Angleterre & de la Russie en Orient.
La nation française a un intérêt direct à ce que la Perse reste indépendante.
Elle doit donc s'inquiéter de l'avenir de ce pays.
Comme, d'ordinaire, l'attention que l'on porte aux choses & aux personnes est en raison de la connaissance que l'on a d'eux, nous avons pensé que retracer brièvement l'histoire de la Perse depuis 1 748, c'est-à-dire depuis le jour où la dynastie qui règne actuellement à Tehrân a commencé à conquérir autorité et prestige, ce serait initier nos chers concitoyens à l'histoire d'un pays à la civilisation & aux progrès duquel ils se doivent intéresser.
Nous avons entrepris de faire ce qui n'existe point encore; c'est-à-dire une histoire aussi complète et vraie que possible de la dynastie des Kadjars.
Nous nous sommes entouré de tous les documents
relatifs à ce grand sujet, et nous sommes forcé d'avouer qu'ils sont peu nombreux (i).
Quel que soit le soin scrupuleux que nous ayons apporté à cette histoire, nous n'oserions point néanmoins affirmer qu'elle ne renferme aucune erreur. Les historiens français commettent bien des erreurs sur l'histoire de France; ce n'est point, nous le savons, une raison pour que nous commettions des erreurs sur l'histoire persane, mais c'est tout au moins une excuse.
Quoi qu'il en soit, nous nous estimerons heureux 'si cette rapide biographie des princes Kadjars peut faire tourner vers la Perse les préoccupations des
(i) Nous avons consulté notamment : La Russie dans V Asie- Mineure, par M. Fonton; le Journal asiatique (1828- 1829); la Géographie politique des temps modernes, par M. H. Wallon ; La Perse, par M. Narcisse Perrin; The history of Nadir shah, par M. J. Fraser; History ofthe Aghrans translated from the persian ofNeamet Ullah; les ouvrages de sir John Malcolm, de Hanway, et du docteur Polack, sur l'Empire persan; le résumé de Y Histoire de Perse, de M. Louis Dubreux, publiée dans la collection Firmin Didot; les articles publiés dans le Temps les i er mai, 24 et 25 juin, et dans la Liberté le 16 juin; la Biographie générale de Michaud, la collection du Moniteur universel depuis i833. Pour l'orthographe des noms de villes et de contrées, nous avons suivi les indications données par M. C. Barbier de Meynard dans sa traduction du Mëdjem-el-Bouldan, de Yaqout.
Nqus sommes heureux de pouvoir témoigner ici tous nos remerciements à Son Excellence Nazare-Agha, ambassadeur de Perse à Paris, et à M. Nicolas, ancien premier drogman de la légation de Perse à Tehrân, pour la gracieuseté qu'ils ont mise à nous fournir les quelques indications qui nous manquaient.
esprits français, et nous faire envisager les véritables intérêts de notre politique orientale.
C'est là, le seul but que nous nous sommes proposé. S'il est atteint, notre patriotisme sera satisfait.
Edmond Dutkmple.
Paris, 4 juillet i8y3.
sssseo^sy