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Les Khassonké

A mon arrivée à Kaves, le 20 mars 1897, M. le colonel de Trentignan me nomma adjoint à M. le capitaine Gouget, commandant du cercle de Kayes et, dès mon entrée en fonction, cet officier me remit un questionnaire (i), relatif aux coutumes juridiques des indigènes, en me chargeant d'y répondre en ce qui concernait les Khassonké. En même temps, le capitaine Mamadou Racine, interprète principal, recevait Tordre de me fournir tous les renseignements dont je pourrais avoir besoin : il s'y employa de son mieux et, ses connaissances personnelles en la matière manquant de précision et d'étendue, il se mit en quête d'informateurs plus documentés. En attendant, je compulsais les archives du gouvernement, dont on opérait alors le classement.

Je n'avais encore abouti à rien de sérieux, lorsque les événements vinrent mettre lin à ma mission. Le 27 mars, en effet, le commandant du cercle me demandait de partir à Médine, pour remplacer M. le lieutenant D... qui commandait ce poste et que son état de santé obligeait à entrer

(1) Le titre exact de ce document était : Questionnaire concernant les coutumes juridiques des naturels de r Afrique, rédigé par l'Cnion internationale de droit et d'économie politique de lierlin; il était écrit en allemand et en français et avait été transmis par l'I'nion coloniale française (5b, rue de Provence, Paris), laquelle demandait que la réponse lui fût envoyée.

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à l'hôpital. J'acceptai. Le 29 mars, Al. le lieutenant D.., épuisé parun séjour prolongé, succonibaità la typho-malaria.

A la suite de ce décès, je fus maintenu dans mes nouvelles fonctions et, plus jamais, l'on ne fit même allusion au questionnaire dont j'avais été charité de préparer la réponse.

Cependant ce travail m'intéressait beaucoup et je m'appliquai à en poursui\re la réalisation. Mon désir fut particulièrement favorisé. iMédine était, à cette époque, la métropole commerciale du Soudan occidental : les gens des tribus les plus lointaines et les plus di\erses y venaient pour affaire, depuis les Wolofdu Sénégal, à l'ouest, jusqu'aux Haoussa, à l'est ;depuis les Maures des confins marocains, au nord, jusqu'aux nègres voisins de la forêt équatoriale, au sud. Et, chaque matin, au visa des patentes, je voyais défiler tous ces commerçants qui colportaient, avec les produits du pays, les nouvelles apprises tout le long des routes.

Le commerce local était très important car, à Médine, l'on traitait la gomme sur une grande échelle et aussi l'arachide, les céréales, le caoutchouc, l'or du Bambouc et du Bouré. Trois blancs y représentaient des grosses maisons européennes, un marocain opérait pour son propre compte, mais ce qui était surtout caractéristique c'était le chiffre d'affaires considérable des traitants wolof de Saint-Louis. Parmi-ceux-ci, Birahim Guéye achetait de 5oo à 600 tonnes de gomme et faisait pour plus d'un million d'affaires, quatre autres traitaient pour plusieurs centaines de mille francs.

Le commandant de Médine avait sous son autorité immédiate l'agglomération composée de : Médine proprement dit, c'est-à-dire la partie comprenant le poste et le quartier wolof; Karoga, quartier des autochtones et des Khassonké, Dinguira-bougou, Kofoulabé, Koussané, Komontara et Alinkané et le village de Liberté; en somme la ville et ses dépendances (i), soit deux ou trois kilomètres le long du

(1) Le quartier de KLaroga tire, sans nul doute, son nom des Karo (au singulier K.aré) qui l'habitaient et je pense que ces soninkc étaient les au-

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