INTRODUCTION
fleuve sur à pou près autant de profondeur dans les terres.
Dans chacune des a^i^lonicrations partielles susvisées, il V avait un chef indigène : Sadyo Sainbala, pour Médine proprement dit et Karoga; Sogui-n-Doi, ancien artilleur, qui avait, comme tel, défendu Médine en 1867, commandait à Dinguira-Bougou ; les chefs de Kofoulabé, Komontara et Alinkané étaient des neveux de Sadyo Sambala; Koussané, composé en grande partie de gens provenant du village de Liberté, avait pour chef Mamadou Kéta; quant au village de Liberté, il était dirigé par un sergent de tirailleurs retraité, Sala Penda.
La population sédentaire était extrêmement mélangée, comme dans tous les grands centres commerciaux du Soudan; le noyau le plus ancien comptait quelques familles autochtones, puis venaient les Khassonké plus nombreux et tous plus ou moins clients de Sadyo Sambala, les W'olof et eniin un ramassis de toutes sortes de tribus.
Nous avions, dès 1886, installé un \illage destiné à recevoir les esclaves fugitifs; ils étaient placés là en observation pendant trois mois au cours desquels leurs maîtres pouvaient les réclamer. Si le réfugié ne pouvait prouver qu'il avait été l'objet de mauvais traitements, il était rendu à son maître, qui le réclamait pendant cette période; dans le cas contraire, il était libéré et demeurait comme tel au dit village de Liberté.
La population de ce village s'étant accrue, il avait été nécessaire d'autoriser les libérés, qui l'habitaient depuis le plus de temps à s'établir ailleurs; de la sorte s'étaient, sinon constituées, tout au moins grandement fortifiées, les agglo-
tochtones du lieu. Médine proprement dit doit sa fondation et, peut-être, son nom aux traitants woiof qui ne s'établirent là que vers 1824, lorsque fut fondée la compagnie de Galam. — Alinkané (la maison d"Ali) avait été la résidence d'Ali, chef soninké du Kaméra, dont les captifs étaient établis à K.omontara (litt. demeure des esclaves); Koussané est aussi un nom d'origine soninké, litt. « chez le Koussa »; Rofoulabé est ainsi appelé des deux ifula) marigots (/ro) qui se réunissent là; et Dinguira-bougou (litt. la hutte de la colline) tire également sa dénomination de sa situation.
^ MONOGRAPHIE DES KHASSONKK
mérations d'Alinkané, Komontara et Koussané. Là vivaient, cote à côte, des Bambara, des Sénoufo, des Ouassoulounké, des iMinvanka... c'est-à-dire quelques-unes des innombrables victimes des guerres des Samory, Thiéba, Babemba, et autres pillards soudanais.
Comme on le voit par cet aperçu, les sujets d'étude ne manquaient pas, mais les loisirs pour poursuivre des investigations minutieuses faisaient défaut.
D'ailleurs, ce n'est pas tout que d'avoir un sujet d'étude, dans un pavs où tout est si ditTérent de ce que nous sommes accoutumés à voir et à entendre, il ne suffit pas de regarder et d'écouter, car l'on court le risque de ne rien comprendre à ce dont on est spectateur ou auditeur. Quand on est nouveau dans un pareil milieu, il est indispensable d'avoir un ou des initiateurs appartenant à ce milieu même et le connaissant bien.
A cet égard, je fus bien servi à Médine. Sadyo Sambala, qui était le chef de la ville, a été élevé à l'Ecole des Otages de Saint-Louis; son neveu Sambala, qui était secrétaire au poste, sort de l'Ecole des F"ils de Chefs de Kayes ; Tinterprète Souleyman Goundvamou, qui me fut donné comme interprète, est fils d'une Dyallodu Khasso; depuis son enfance il est au service des Français et a fait partie notamment de la mission Hourst : tous trois parlent et comprennent bien le français et sont des Khassonké très au courant de tout ce qui touche au Khasso (i).
Ce furent pour moi des initiateurs précieux, mais je ne me suis pas borné aux seules informations venues d'euxet celles même qu'ils m'ont fournies, je n'ai cessé de lescontrôler. Notamment, à cette époque, les administrateurs intervenaient personnellement dans l'administration de la justice et j'ai eu de la sorte à connaître de cas fort divers : c'est à cette école pratique que j'ai le mieux approfondi lescoutumes indigènes.
(i) Depuis 1905 Sadyo Sambala est chef du Kliasso.