MŒURS
Les Peuls, bergers nomades, ont des habitations appropriées à leur \ ie errante : ce sont de simples huiles en paille, vite édifiées sur les lieux mêmes où paissent les troupeaux. Pour un séjour prolongé, ils donnent à ce logis une armature en branches qui en augmente la solidité et permet d'en accroître les dimensions; en même temps ils l'entourent d'une haie d'épines sèches et, la nuit venue, le troupeau est parqué là. Cet enclos dans sa totalité, l'ensemble des gens qui l'habitent et l'espace libre entre les huttes sont tous trois également désignés par le mot peul gande (pi. galle) que nous pouvons ainsi traduire : enclos, maisonnée et cour.
Le lait est à peu près la seule ressource de ces campements, à lui seul il permet cependant d'obtenir, par voie d'échange, tous les produits de l'agriculture que les Peuls répugnent à obtenir directement. Toutefois, lorsqu'une gande peut acquérir un esclave, par troc avec le croît de ses troupeaux, elle l'emploie à la culture: une portion de l'espace libre de l'enclos est alors transformée en champ, le sol qui a reçu les déjections des animaux et les ordures ménagères est, d'ailleurs, particulièrement fertile et se trouve, en outre, par sa situation, facile à garantir contre
toute déprédation. Dès lors sont réunis, sous la protection de la même barrière, rhomme, ses troupeaux et ses cultures.
Lorsque le nombre des membres de la maisonnée devient tel qu'il est nécessaire d'édifier de nouvelles constructions, alors un changement s'opère : les gens libres se forment en agglomération, dressent à proximité un parc à bestiaux et établissent la majorité de leurs esclaves, par petits groupes, sur les terrains les plus favorables à la culture. Désormais les campements ne se déplacent que dans les environs des habitati(^ns nécessairement fixes des colons; ils deviennent, d'ailleurs, de plus en plus difficiles à transporter, au fur et à mesure que s'augmente leur population et que les céréales entrent davantage dans l'alimentation ; cependant, il V a toujours nécessité impérieuse à gagner de nouveaux li-eux pour assurer la subsistance des troupeaux : de cette difficulté du déplacement et de cette nécessité à l'elTectuer résultent les campements fixes, dans lesquels une fraction des habitants assure en temps voulu la transhumance du bétail. Cette fraction finit par se constituer peu à peu des territoires de parcours qui lui deviennent propres en ce sens qu'elle est seule à en exploiter les pâturages moyennant, d'ordinaire, quelque minime redevance au maître du sol.
Devenu sédentaire, ou à peu près, le Peul se trouve plus que jamais inHuencé par la vie indigène ambiante. Ses unions avec les négresses donnent des métis fort différents de leurs auteurs, mais qui inclinent cependant beaucoup plus vers la vie matérielle nègre. Sous l'influence de cette race nouvelle, la gande se transforme, la case à paroi de pisé s'y substitue à la hutte de chaume; le maître ut largement des produits de la terre, les troupeaux ne sont pour lui qu'une réserve de richesses, il leur préfère les esclaves dont il fait des agriculteurs ou môme des guerriers, car il est d'instinct éminemment combatif. Au besoin, sans troupeau et sans esclave, il travaille lui-même la terre.
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Tel est le processus suivant lequel les Feuls du Khasso se sont translorniés et, de nomades bergers, sont devenus des sédentaires, vivant surtout d'agriculture. Les faits historiques que nous venons de rapporter montrent par ailleurs ct)mmeni. au cours de cette transformation, les Peuls ont fusionné avec divers autres éléments ethniques : soninké, malinké et maures surtout ; cependant, en parlant des Khassonké, nous sommes portés, nous Français, à voir en eux une population dans laquelle domine l'élément peul : sans doute parce que cet élément est depuis longtemps au premier plan de nos préoccupations politiques et que, d'autre part, les chefs du K.hasso, nos intermédiaires auprès des indigènes, se sont toujours présentés à nous comme Peuls ou métis de Peuls. Or, ces Peuls ou métis ne sont pas tous les Khassonké : des gens connus pour être de souche indubitablement mahnké par exemple, se considèrent, et sont considérés par ces Peuls ou métis, comme non moins Khassonké, telles certaines familles de KLhanouté ou de Soussokho. C'est qu'en etlet le Ivhasso. comme nous l'avons vu, est un nom de clan dont la compréhension (et par suite celle de son dérivé Khassonké) est sous la dépendance du lien politique formé par la constitution d'Amadou Awa.
Sous cette égide ont fusionné des gens de races diverses, et si l'élément peul, pur ou métissé, a pu garder l'autorité suprême, au point de vue ethnique, le Khasso présente des types multiples se rapprochant tantôt de tel élément autochtone, tantôt de tel élément étranger. L'examen du tableau synoptique de la famille royale permet de constater facilement, pour cette famille, la substitution de l'intluence ethnique mandé à l'inlluence ethnique peule. Jusqu'à Demba Séga inclus, le nom de chaque chef est suivi soit de celui de son père : .Maré-m-Fa Satnba, Dya Makhan-dvan ; Demba Séga, soit de celui de sa mère : Makhan-dvan Altiné; Amadou A wa, Séga Doi<a, Dyadyé Gansiri, Guunba Kinii. A partir de Diba Sambala compris, c'est l'inverse
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qui se pn^duit : Diba Sambala, Awa Demha. Kinli Sambala, D^■ouka Sambala, Katma Sambala, Mahhassé Sambala, Nouf^lïoutou Sadyo. Or, la première construction est poule, tandis que la seconde est malinké : l'accession au pouvoir de la branche bâtarde traduit par là une intluence ethnique, celle des Mandé sur les Peuls.
11 est certain que, même en restreij^nant l'observation à l'ensemble des individus des tribus dénommées Dyallo, Dyaghité, Sankaré et Sidibé, lesquelles se prétendent Peules, ou tout au moins métisses de Peuls, il ne serait pas possible de dégager un type spécialement khassonké, car ce tvpe ne saurait avoir des caractéristiques propres, le distinguant notamment des autres métis peuls environnants (gens du Bondou,du Fouta sénégalais, du Fouta Djallon), car aussi bien que ces derniers le métis khassonké est le résultat de l'exogamie la plus large.
Je souscris donc entièrement à ces conclusions du docteur Lasnet :
« Les Khassonké ne présentent pas de type hxe, leurs caractères se rapportent aux races qui les ont formés : tantôt ils présentent ceux des Nigritiens presque purs avec indice céphalique ne dépassant guèreyi, nez épaté, lèvres épaisses, teint foncé, tantôt ils sont clairs comme les Peuls avec un indice céphalique de j3 ou 74, le nez fin et allongé, les lèvres minces; chez certains on retrou\e beaucoup du caractère du tvpti maure: chevelure, nez, lèvres, teint, ovale de la face; il est probable que, dans le voisinage des Maures ils ont eu pas mal de croisements avec eux.
« En général, ce sont de beaux hommes vigoureux et élancés, car l'empreinte mandé paraît chez eux bien plus profonde que celle des Peuls, ce qui d'ailleurs est absolument d'accord avec les légendes concernant leur origine. Les femmes offrent souvent de (on beaux types à phvsionomie expressive et fine. »
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