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ALIMENTATION

Nature des aliiuenls.

Les Peuls pasteurs suffisent à leurs besoins alimentaires à l'aide des produits de leurs troupeaux : soit par l'utilisation de ces produits eux-mêmes, soit par leur échange contre ceux que les indigènes des territoires qu'ils parcourent leur olTrent. En fusionnant avec les autochtones, les Peuls du Khasso ont, peu à peu, pris les habitudes de ceux-ci et, aujourd'hui, la nature des aliments est sensiblement la même pour toutes les régions du Khasso.

11 est à remarquer que cette alimentation comporte un lot important de produits naturels. En voici un aperc^u qui ne prétend pas être une nomenclature complète :

Le fruit du dyombo, glabre, rond, jaunâtre, à chair gluante et sucrée; celui du Aun/an' qui rappelle, parla forme et la couleur, notre mirabelle, mais dont le goût est fâcheusement térébenthine et astringent; celui du lonihi jlamarinier), à la pulpe acidulée et rafraîchissante; celui du duguto.

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de la grosseur d'une pêche, renferme deux arilles noyées dans un jus marron et sucré; les figues du iuro et du kobo, les prunelles jaunes et âpres du sèjio et du sèghèno ; la farine dorée et parfumée de la gousse de nèio\ le péricarpe, peu savoureux, de la noix du si ; les cerises jaunes du simbe-Jîn' et du m in kon' ; les grappes noires du kuiundin' et celles plus lourdes du gawa à la pulpe odorante, charnue et farineuse; les simili-groseilles du faro ; les fruits acides et astringents du bembo, le pain de singe du sito (baobab) et le coco de sz^o (rônier) dont la pulpe est imprégnée d'un suc parfumé dont seule l'action du feu parvient à atténuer l'àcreté.

Certains de ces arbres, et d'autres, fournissent également des produits pour la cuisine. Les fleurs du sufurini' sont particulièrement recherchées pour aromatiser les mets, on emploie à même fin les fleurs du ^a?7^2;z' et celles du tombi. Les feuilles du sito (baobab), séchées et pilées forment la base de ces sauces mucilagineuses (nâ) indispensables pour faciliter la déglutition du couscous; les feuilles de baniîiV de bunkun' et de simbo-Jin' ont le même usage. Celles du sumane et du kuiundin' ^ servent de légumes, on les traite comme chez nous les épinards et de même fait-on pour les plantes herbacées dénommées kadubade, ufo Qlwoliiio : ces deux dernières exigent plusieurs lavages à grande eau — sept, dit-on, mais ce nombre n'est peut-être don né qu'en raison de sa force magique — pour être débarrassées des principes vénéneux qui les rendent dangereuses. Le foto, sone de navet amer doit, lui aussi, être cuit avec soin pour perdre sa trop grande amertume naturelle. Les petits tubercules du tokho, que l'on trouve dans les terrains marécageux, sont très appréciés et il en est de même de ceux du nénuphar, les bude, que l'on récolte dans les mares. Le fruit du sibo (rônier) dont nous avons parlé, produit en germant une radicille que l'on utilise pour Talimcntation. iNombrc d'autres plantes s'offrent encore pour varier le

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menu. Tel le /oh ro, pelilc herbacée qui produit une graine menue comme la .semt)ule, à laquelle elle est tacilemenl substituée; d'aucuns prétendent que les graines du dyaniba- A/ia/an' sont en tout comparables aux graines de riz et d'au très font emploi des graines du banlin' après les avoir torréfiées.

Mais les produits du règne végétal ne sont pas seulement empJovés tels que la nature les (jfïre: les grains du /jè/o, par exemple, donnent un aromate (swmèara) après pulvérisation suivie de trois jours de fermentation; cet aromate communique aux aliments un goût de viande faisandée très recherché des indigènes. Du fruit du si, Ton extrait une matière grasse ^si iulu) ; à cet effet l'amande, plus ou moins débarrassée de sa coque, est mise dans un pot avec de l'eau, le tout étant porté à l'ébullition, la graisse surnage et on la recueille : connue des Européens sous le nom de kariie, cette graisse retient, en raison de sa préparation grossière, des carbures qui l'empuantissent si bien que les préparations culinaires dans lesquelles elle entre nous paraissent absolument nauséabondes, mais il est vrai que les indigènes n'en paraissent pas incommodés. L'amande du gawa fournit aussi une substance huileuse très appréciée.

Le règne animal, à son tour, offre à l'alimentation indigène une importante contribution. La chasse et la pèche, par tous movens, en tous temps et en tous lieux, sont libres et, de même que tous les animaux peuvent être tués, ils peuvent également être mangés ; il n'y a d'autres limitations que celles imposées à chacun, soit par sa conscience, soit par les prescriptions édictées par certaines collectix ités pour sauvegarder leurs intérêts. Ainsi, l'on n'hésite pas à consommer des animaux qui répugneraient à nos estomacs: les rats et les lézards, habilement capturés ou tués, sont un gibier journellement recherché par les gamins et que bien des adultes ne dédaignent pas; à plus forte raison, les belles pièces de venaison sont-elles estimées, tout comme, d'ailleurs, la chair musquée et coriace du caïman ou des

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tranches de python et de boa... Mais ce qui, sans nul doute, est par-dessus tout préféré, c'est le poisson et le poisson sec qui répand une odeur forte au point que quelques morceaux suffisent à donner aux aliments ce fumet si caractéristique qui fait la délectation des fibres olfactives de tout indigène.

Dans ce qui précède, nous avons signalé seulement les ressources que la nature présente à l'indigène sous une forme tellement accessible qu'il ne lui faut que peu d'effort ou d'ingéniosité pour les utiliser. Par le nombre, la variété et la richesse, elles forment un fonds qui mérite, à tout le moins, d'être entretenu. Pourtant, il semble que le noir n'a rien fait pour aménager ce fonds de manière à l'exploiter dans les meilleures conditions possibles. Non seulement il n'a point amélioré les espèces, il n'a que rarement et, involontairement d'ordinaire, contribué à leur multiplication; il ne veille que vaguement à leur conservation, quand même il ne se fait pas leur destructeur. Les arbres comme le sito (baobab), le si (arbre à beurre), le iièto parfumé, dont les produits sont d'un usage quotidien, ont-ils jamais été semés par un indigène? Non, ils ont poussé au hasard, parfois respectés lorsque, à l'âge adulte, ils sont nécessaires à la subsistance de la collecti\ité ; ils périssent en grand nombre chaque année, dans les incendies de la brousse. D'autre part, quel indigène s'est jamais avisé de domestiquer tel ou tel animal en vue d'utiliser systématiquement ses produits? La réponse est dans ce fait de constatation facile : la poule est encore quasi sauvage et ses œufs ne constituent pas, pour l'indigène, un aliment appréciable.

Pour parer à Tinsuflisance chaque jour plus grande de cette réserve naturelle (i), l'indigène a recours à des culturcs que nous allons passer brièvement en re\ ue.

(i) L'administration locale s'efTorcc, comme bien l'on pense, d'assurer la conservation de ce fonds naturel, elle a interdit les incendies de brousse, réglementé certaine chasse et les délinquants sont sévèrement punis.

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La section la plus imporianicest celle des mils, riz, maïs, que l'on englobe sous la dénomination de nyon' . Parmi les mils, on distingue les gros et les petits mils. Parmi les gros mils {SorghiDU vulgare), citons le gaciyaba : ci^'>.\.\ix ccréale par excellence, celle dont on entend parler quand on dit simplement ;(>*on'. Le gad\'aba se sème en juin, au commencement de la sais(3n des pluies, et se récolte en janvier ou février suivant; très rustique, il n'est pas ctoulVé par les mauvaises herbes et dès après un premier binage, il se gonfle de sève et devient très grand. Il exige un terrain fumé et se plait dans les fonds des marigots desséchés et dans les terres nc^ires des bords des cours d'eau et des mares. Une variété de gros mil dite Amadi-Boiibou est répandue surtout vers Nioro, le gadyaba l'est davantage vers Kayes.

Il existe deux variétés de petits mils [Pennisetum spicalum) : le sanyo et le nyenyiko, semés comme le gadyaba au début de l'hivernage; on les récolte cinq mois plus tard, environ. Le .sanj'o aime les terrains légers et sablonneux; le nvenyiho vient bien dans les terres ferrugineuses; il est d'un rendement supérieur au sanyo, mais est moins apprécié que ce dernier.

Le riz, ;?u7/o, pousse sans grands soins dans toute la zone d'inondation du fleuve, de ses dixerticules et des mares, notamment dans le Logo, le Séro et le long des rives du Kolémbinné. On en utilise d'assez nombreuses variétés.

Le maïs, mako, comporte deux sortes : l'une à grain jaune doré, l'autre à grain presque blanc et plus gros. On le cultive relatixement peu au Khasso, presque comme une friandise : les épis frais sont cuits sous la cendre et mangés sans autre préparation.

Au premier rang des légumes cultivés figurent les haricots (soso) : l'espèce la plus répandue est une dolique à grain blanc à hile noir; les haricots de terre forment un apport très important. Les feuilles de tous ces haricots sont traitées comme chez nous les épinards. Le grain de

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l'arachide liga) traité, par ébuUition, ou à froid, donne une huile très employée pour les préparations culinaires; simplement grillé sous la cendre, il prend un goût de noisette qui en fait un aliment très agréable. Le da, sorte d'hibiscus, a des feuilles comestibles, rappelant le goût acide de notre oseille; la graine de da, pilée et fermentée, fournit un aromate avec lequel on confectionne la sauce appelée précisément da-lii ^sauce de da). Le gombo {khandyio\ est connu et apprécié, mais pas très répandu. Les cucurbitacées, ^re, sont de diverses espèces et très cultivées. Fréquemment l'on en sème à la base des cases qui deviennent alors le support de leurs longues tiges ; en hivernage, l'on voit ainsi des habitations disparaître sous la verdure. Des variétés sont cultivées uniquement pour la confection de ces calebassessi nombreuses et si variées qui servent d'ustensiies de ménage; parmi celles utiles à l'alimentation, il en existe d'analogues à nos citrouilles et concombres. Les choux caraïbes, dyabere, sont représentés par quelques variétés, le plus souvent amères. Les patates, paiala, sont assez répandues et le manioc, banaiiiiiku, les ignames, kiinduba, beaucoup plus rares. Les tomates amères dvakhaio, ou douces, meniengo ; les piments furunto, khanio ; les ciboules et oignons, dyabo, sont également cultivés; les piments, en particulier, sont, pour ainsi dire, indispensables pour la confection de la bonne cuisine indigène, aucune sauce convenable ne pouvant se passer de leur présence.

Les animaux domestiques sont représentés surtout par les bovidés, lesquels appartiennent aux races les plus diverses : les zèbus au nord dans le Séro, les bœufs du Fouta-Djallon sur la rive gauche, des métis de ces deux races dans le Kaarta. Les environs de Bafoulabé, d'où sont sortis les Khassonké, sont aujourd'hui encore ceux où l'élevage indigène est le plus intense. De ces troupeaux, on utilise le lait, généralement après l'avoir fait aigrir; le beurre n'est pas très abondant et ne tient pas une grande place dans les

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