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CHAPITRE III

LES GENS LIBRES (orOH^ OU foi'OU^]

Est libre, quiconque est né de parents libres ou affranchis. L'union d'une personne libre et d'une personne esclave est dominée par le principe formulé sous cette forme un peu étrange : « le ventre tient la peau », c'est-à-dire que la condition de la mère détermine celle de l'enfant. Les enfants d'une femme libre sont libres, ceux d'une esclave sont esclaves.

La pratique a apporté des tempéraments à cette règle absolue. Ainsi, un homme libre en épousant une serve paye au maître de cette serve la dot que celui-ci aurait exigée pour une de ses filles : les enfants nés de cette union seront et demeureront libres: quant à leur mère, à la mort de son mari, elle retombera sous la puissance de son maître comme avant son mariage : elle est et demeure serve.

Quand le maître épouse l'esclave qu'il a achetée, il y a lieu de distinguer. Si l'achat a été pavé avec les biens d'une lun\ l'esclave appartient à cette tun^ , par suite, même si elle a des enfants du tiin-diii qui l'a épousée, ni elle ni ses enfants ne sont libres, ils sont et demeurent serfs de la tun' . Quand, au contraire, les biens qui ont servi à l'achat sont des propres du mari, libre à celui-ci d'affranchir son esclave ou de la considérer comme affranchie.

L'on admet que cet affranchissement est môme de drr^ii. lorsque la femme donne un enfant au maître qui l'a prise comme concubine, et cet enfant, que le maître déclare sien et qui est censé naître libre, est la cause de Taffranchissement de la femme : un enfant libre ne pouvant avoir pour mère qu'une femme libre. Toutefois, aussi bien pour la mère que pour l'enfant, cette condition libre est, si l'on peut dire, de qualité inférieure, elle n'est acquise que parce qu'elle satisfait Torgueil et l'intérêt du père, aussi, à la mort de celui-ci, elle est souvent contestée par les enfants légitimes.

Pour que les enfants nés d'une pareille union soient libres sans contestation possible, il faut qu'après avoir acheté et atTranchi la femme le maître paye, à la famille de cette femme, la dot qu'elle est accoutumée de demander ; à défaut de famille, cette dot est payée à la femme elle-même et, désormais, cette femme est libreet engendre des enfants libres.

L'homme libre occupe dans la société une situation en rapport avec ses movens : tantôt c'est une manière de noble assez puissant pour tenir en échec le roi lui-même; tel ce Sandyan Babi auquel Demba Séga dut donner sa fille pour l'amener à accepter l'islamisme; tantôt pauvre, il n'est pas considéré du tout et se trouve à la merci des plus forts qui l'entourent.

Dans cette dernière occurrence, il est réduit à chercher un appui, un protecteur; s'il a la possibilité par ruse ou autres moyens de traiter d'égal à égal ou, tout au moins, de se donner comme auxiliaire ou allié, il arrive très bien à améliorer sa situation et, tout en conservant sa liberté, à vivre heureux et considéré sous une égide puissante. Par contre, s'il ne peut que se recommander, il tombe dans la Nyamakala; sa condition d'homme libre subsiste mais diminuée ; bien pis encore si, pour échapper à la misère, il s'adonne à certaines professions ou s'abandonne, tel un esclave, entre les mains du maître qu'il s'est choisi.

Dans le village, les tunligo libres constituent une élite.

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ce sont les notables qui, formés en sénat, dirigent et même gouvernent par leurs avis et leurs délibérations les actes importants du chef du village. Aucun acte grave ne saurait intervenir sans qu'ils aient été consultés au préalable.

Dans les assemblées que le Fankamala réunit pour obtenir les aides extraordinaires, les luutigo libres jouent un rôle prépondérant, ce qui est bien compréhensible puisque ce sont eux qui, en principe, devraient élire le Fankamala, mais nous avons vu comment leurs droits, à cet égard, se trouvent écartés ; certains, cependant, qui descendent des premiers adhérents à la constitution d'Ahmadou Awa sont encore appelés à sanctionner l'installation du Fankamala, tels les fils de Sindi par l'organe de leur Fa. Ce sont eux, en somme, qui détiennent l'activité et la richesse sans lesquelles le Fankamala ne saurait avoir de puissance.

L'administration de la justice transforme leur sénat en cour de justice et l'on ne saurait, en effet, trouver des juges ou des jurés plus qualifiés. A tous égards, ils forment donc, si l'on peut dire, la partie essentielle du clan, sans eux la famille aussi bien que l'organisation politique et administrative ne sauraient exister.

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