CHAPITRE II
LES DYALLO DKSCKNDANTS D AMADOU AWA
Dans le principe, tous les D^-amadua (c'est-à-dire les descendants d'Amadou Awa) avaient même droit à être élus Fankamala ; en fait, cette charge devint héréditaire tout à fait comme la qualité de fa : ce fut le plus ancien de la famille qui fut et est toujours appelé à exercer cette haute fonction.
De plus, le nouveau Fankamala doit, dès son installation, faire remise de tous ses biens personnels à son Hls aîné qui en devient administrateur à ses lieu et place : cette règle a pour but d'éviter le gaspillage des biens royaux qui doivent former un trésor spécial, indivis, une tun' propre à tous les Dyamadua. Cette règle a été transgressée de deux façons : tantôt, le nouveau Fankamala a confondu ses biens personnels avec ceux du Trésor royal pour pouvoir plus facilement dilapider ces derniers au profit quasi exclusif de ses descendants directs; tantôt, il a paru observer la distinction des biens et, en fait, il a abandonné aux siens la meilleure part des richesses rovales. Par ces moyens, les descendants directs des Fankamala successifs se sont trouvés suffisamment enrichis pour constituer de véritables vice-ro}autés, dont les chefs respectifs n'ont eu d'autre ambition que de se soustraire à l'autorité du Fan-
kamala, tout en intriguant pour tâcher d'arriver à le supplanter.
L'usurpation de Diba Sambala a eu, par suite de ces circonstances, un double effet : la confiscation du commandement suprême au seul profit de la branche bâtarde et l'indépendance, à l'égard du Fanhamala. des vice-royautés constituées par les diverses familles de la branche légitime.
A notre arrivée, le Rhasso était ainsi partagé en deux : d'une part, les cantons indépendants les uns des autres et du Fankamala et, d'autre part, le Fankamala et ses partisans réduits à une infortune misérable. Notre administration, en s'appuyant sur les Dembaya instaura à leur profit un haut commandement portant sur un territoire plus étendu que le territoire de l'ancien Khasso dont la nouvelle circonscription emprunta le nom ; cette mesure administrative ne fit point disparaître l'état troublé préexistant, elle l'aggrava, au contraire.
L'hégémonie de la branche bâtarde s'est, en effet, étendue à tous les membres de la famille légitime non moins qu'à des gens, comme lesGopéla qui, dès la formation du clan, ont réservé leur indépendance que, le plus souvent, ils ont su maintenir. Nombre de questions ont été et seront agitées où nous avons été et continuerons d'être les prisonniers des Dembaya qui sont, eux-mêmes ou leurs créatures : chefs de province, de cantons, de village; agents politiques ou interprètes.
Voyons donc ce qui intéresse particulièrement ces Dembaya.
Le Dembaya fa.
Le roi est le/a des Dembaya, mais il se donne aussi comme descendant d'Amadou Awa et des Fankamala dont il est l'ancêtre, en un mot il les continue : par suite, il est tenu de se conformer aux lignes essentielles de leur conduite.
C'est ainsi que, suivant le lana d'Amadou Awa, il ne doit pas permettre qu'un àne entre dans sa maison, il ne doit jamais toucher un àne, s'engager à en donner ou à en recevoir la valeur; la perdrix et la tcte de chèvre sont également taua pour lui.
Demba Séga ayant eu la dignité d'Almami, ses continuateurs se sont tenus pour obligés à se conduire comme musulmans, ou plus exactement, à en prendre les apparences car, en réalité, ils ne sont point croyants et pratiquent volontiers le paganisme; mais les relations qu'ils entretiennent avec les Maures ou les Wolof, lesquels ont un souverain mépris pour les païens, les inclinent à se donner pour sectateurs du Prophète. D'ailleurs il est visible, d'après les cérémonies plus haut relatées que la religion musulmane ne tient aucune place dans l'installation du Fankamala.
Ces mêmes cérémonies font apparaître que le roi est particulièrement le continuateur d'Awa Demba : ce dernier fut, en effet, le restaurateur de la monarchie, grâce à notre appui, et c'est en somme de lui que procède toute la branche bâtarde ; aussi les objets qui ont été à l'usage d'Awa Demba sont, à peu près, les seules reliques ancestrales remises au Fankamala.
Observons en passant que, parmi ces reliques, figurent toutes sortes d'amulettes, qui exigent de leur détenteur l'observance de maintes prescriptions s'il veut — et c'est son devoir de le vouloir — ■ qu'elles conservent toute leur efficacité et lui confèrent les vertus qui émanent d'elles.
Le Dembaya tun'-tigo.
Au premier rang des biens de la tun' royale figurent les esclaves provenant notamment de la guerre et des zazzias par l'exercice des droits de kelekonsoel de talente.
D'après le Fankamala sous le règne duquel ils ont été pris.
ces esclaves se rangent en divers groupes: les Almamiya, qui forment le groupe le plus nombreux et le plus important, tirent leur nom du titre d'almami que portait Demba Séga qui les réunit; leur chef, qui est le plus âgé d'entre eux, est un personnage considérable, ainsi que nous l'avons vu pour les funérailles et l'installation du Fanhamala.
Les Sambalaya, ainsi nommés de Diba Sambala, leur maître, sont peu nombreux, ils ne forment pas une fraction autonome et n'ont pas de chef particulier, ils font cause commune avec les Almamiya.
Les Dembaya remontent à Awa Demba, ce sont les plus nombreux.
Les Nomorodvonlu, qui remontent à Dyogou Sambala, font cause commune avec les Dembaya, ils sont peu nombreux.
Quelle que soit leur origine, ces esclaves se répartissent en deux catégories : les captifs de case et les si(fa.
Captifs de case. — Forment la fraction la plus importante. Très peu d'entre eux vivent auprès du chef; en général, ils sont établis à demeure dans la campagne pour cultiver. L'agriculture n'est cependant pas leur occupation exclusive, ils sont à l'entière discrétion du maître qui tire d'eux le meilleur parti possible ; d'aucuns, placés chez les traitants de Médine, Kayes, Nioro, firent parfois de brillantes affaires en s'établissant, ultérieurement, à leur propre compte; le maître n'avait qu'à gagner à cette prospérité qui lui assurait de gros profits car l'esclave, libéré du travail de la terre ou domestique, est tenu à une redevance envers son maître. Il est de principe, en effet, que l'esclave peut, avec le consentement du roi son maître, s'abstenir de servir personnellement, moyennant paiement d'une sorte de tribut {sagallo) décent muddu de mil.
Les esclaves de case de la tun' royale ont une situation souvent enviable pour l'indigène. Jamais maltraités par le maître, car en se révoltant pour échapper aux mauvais
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traitements, ils le ruineraient irrémédiablement; gratifiés au contraire de fonctions de confiance de préférence aux tu7idi)i^ rovaux toujours d'un loyalisme suspect; chefs de famille fort à l'aise, parfois riches, toujours considérés en raison de la puissance de leur protecteur.
Le maître et ses esclaves de case ont partie liée : unis, ils sont forts et prospères ; désunis, ils ne connaissent que l'infortune. De là le lo\alisme des uns et la paternelle protection de l'autre.
'Les su/a. — Les sufa sont tirés des captifs de case.
Ce sont des sortes de pages qui accompagnent le roi ; quand il sort à cheval, ils courent de part et d'autre de la monture en tenant en mains quelques crins de la queue ou bien en demeurant à la hauteur des étriers qu'ils maintiennent en place quand le maître monte en selle ou en descend./
Par leur nombre, ils témoignent de la puissance et de la richesse de leur maître, auquel ils constituent une manière de gardes du corps.
Leur chef, choisi parmi eux, par le roi, est un personnage important.
Les sufa se recrutent d'ordinaire parmi les jeunes esclaves : ils font, comme début, le service de servants des sufa titulaires et ne sont élevés à cet emploi qu'après avoir été circoncis par les soins du maître: ils lui sont à jamais liés par cette cérémonie, qui fait époque inoubliable dans la vie du Noir.>^
Les sufa sont les familiers du roi dont ils exécutent les caprices aussi bien que les missions de confiance. Ils ont, par suite, une grande inOuence sur celui qui met journellement à contribution leurs aptitudes, leur dé\"Ouement et quelquefois leurs vices/Le portier de la demeure rovale est un sufa et malheur à qui ne sait se concilier ses bonnes grâces, car il est, en raison même de sa position, qui lui permet de tout voir et de tout entendre, très influent
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auprès du roi dont il est, à certains égards, le confident.
Troupeaux. — Les esclaves étaient donc la force et la richesse du Fankamala.
Cette richesse s'augmentait des troupeaux nombreux, advenus à la tun' royale par diverses voies : d'abord, originairement, les Dyallo étant bergers avaient des troupeaux à eux ; ils en accrurent l'importance, quand ils furent au pouvoir, grâce aux produits des razzias et des guerres, des cadeaux, et, enfin, des impôts payés en nature (usuru, surtout).
Devenus guerriers, les Dyallo abandonnèrent le soin de ces troupeaux à des pasteurs peuls ou à des esclaves de cases, mais tirèrent de ces troupeaux des produits (lait, viande), qui étaient une ressource importante pour la tun' rovale. / Travail des esclaves. — La tun' royale tire, en outre, la plus grande partie de ce qui lui est nécessaire du travail de ses esclaves occupés aux champs, à la chasse, à la pêche, au tissage; de plus, le travail des artisans, forgerons, menuisiers, est à la discrétion du roi, qui le rémunère à sa fantaisie, c'est-à-dire, souvent, pas du tout./
Toutes ces ressources, jointes à celles laissées disponibles par les frais d'administration du clan, constituent le trésor royal, sur lequel sont prélevées les dépenses de la tun' royale; ces dépenses sont de divers ordres, et leur exposé nous amène à parler de la « maison du roi ».
La maison du roi. — La demeure royale est à elle seule un petit village.
A côté du iata — • sorte de réduit pouvant, en cas de besoin, servir à résister désespérément aux attaques de l'ennemi — se trouvent les habitations des femmes, entourées d'une clôture à l'abri de laquelle vivent les épouses royales et leurs jeunes enfants sous la surveillance, le plus ordinairement, d'un vieux dyali.
Le logement même du Fankamala est séparé de l'entrée par une ou plusieurs cours.
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Une enceinte unique enferme tout et ne présente qu'une entrée à laquelle veille le chef des si</a qu'une ^arde proche secourt au besoin.
Un nombreux personnel domestique trouve asile dans ce même lieu, pour le service du Fankamala ou des siens. Pour son service personnel le Fankamala a un certain nombre de femmes de caste qualifiées korosigo; l'une d'elles, la korosigo folo, a auprès du roi une situation importante : c'est en quelque manière une concubine officielle, à laquelle le roi donne une dot et qui ne peut se marier ; il est de tradition, en effet, que tout Fankamala ait auprès de lui une femme mabo avec laquelle il entretient, ouvertement, des relations sexuelles sans que nul, dans son entourage, puisse s'en offusquer; de ce fait, cette femme a une certaine inlluence car elle a, à toute heure, libre accès auprès du roi; elle a, d'ailleurs, toute liberté d'aller et de venir à sa fantaisie et le Fankamala ferme les yeux sur ses écarts de conduite pas trop scandaleux. Quant aux enfants qui naissent de cette femme, même s'ils pensent qu'ils sont certainement fils des œuvres du Fankamala, ils ne peuvent cependant aucunement prétendre être traités comme ses héritiers.
A la différence de la korosigo folo, les autres korosigo n'habitent pas la demeure royale et, d'ordinaire, sont mariées, mais leur conduite n'a non plus rien d'exemplaire : femmesde castes — et comme telles tenues déjà pour peu prudes — elles satisfont les caprices du Fankamala. qui trouve en elles les meilleurs artisans de toutes les intrigues ; certaines, jouissant d'une grande influence sur le roi, sont les meilleurs intermédiaires pour gagner une cause difticile.
C'est par une korosigo que, chaque soir, le roi fait appeler l'épouse qu'il veut honorer de ses faveurs.
Tout un personnel domestique des deux sexes s'ajoute aux korosigo pour assurer le service du roi et de ses épouses qui, elles, demeurent enfermées. D'aucuns ont
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une manière de fonction : les sufa de garde; les jeunes gens préposés aux soins des chevaux ; les femmes chargées de faire la cuisine, de piler les grains; d'aller chercher l'eau ou le bois ; les sufa portiers de la demeure rovale ; le vieillard chargé de la surveillance du harem et le majordome qui veille un peu à tout dans la maison.
Certaines gens ont, à toute heure, entrée dans la maison et accès facile auprès du Fankamala dont ils sont à la fois les conseillers, les officiers, les commensaux souvent, les parasites toujours. Ce sont le dyon'-kuntigo ou chef des captifs, le sufa-kuniigo ou chef des sufa, le dvali-kuntigo ou chef des dyali, le numu-kuniigo ou chef des numu.
Nous n'avons rien à ajouter au rôle des deux premiers.
Le dyali-kuntigo est le porte-parole officiel du roi. Dans les grandes cérémonies ou, plus ordinairairement, dans les entretiens officiels, le roi ne s'adresse jamais directement à son interlocuteur : il parle au dyali-kuniigo, ou est censé ne parler qu'à lui, et celui-ci répète ses propos à haute et intelligible voix. Quand il s'agit d'une mission importante c'est ce personnage qui en est chargé, mais d'ordinaire avec l'assistance et le contrôle de gens libres non castes, car sa faconde est toujours sujette à caution.
Le numu-kuniigo est souvent un conseiller de confiance, initié d'ordinaire aux pratiques magico-religieuses du maître.
La tradition et les faits de chaque jour affirment combien certaines familles de dyali et de numu sont intimement liées à la famille royale des Dyallo. Ainsi, quand un de ces Dyallo veut faire tuer un bœuf, il doit tout d'abord, autant que possible, faire abattre ce bœuf par un forgeron Konté qui procède suivant les rites islamiques. La bête ainsi tuée et dépecée: i. Les griots (dyali) Kalé Demba-si ont droit à la peau et au pharynx : cette dernière partie leur est attribuée en raison de leur fonction de crieurs publics des Dyallo. — 2. Les forgerons (numu) Tare-ba-si
prennent la têle ; ils sont chez les Dyallo charges du mariage et de la circoncisi<)n. — 3. Le Konté sacrificateur a droit au boka, c'est-à-dire aux quatre côtes supérieures de chaque côté. — 4. Enfin, le chef du pays ou son représentant a droit au sisio, ensemble des côtes restantes.
Ces prérogatives et celles indiquées ci-après remontent à Demba Séga et sont motivées par les services rendus aux Dyallo par certaines familles de dyali, les Kalé-Demba-si et les Sadyoyabougou. et de nu/nu. les Taré-ba-si et les Konté.
Les projets et la conclusion des mariages sont, chez les Dyallo, entièrement confiés aux Kalé Demba-si et aux Taré-ba-si ; les Sadyova-bougou ont un rôle purement récréatif; quant aux Konté ce sont des sacrificateurs suivant les rites musulmans; ils perçoivent une sorte de droit d'abatage.
Les trois premières familles sont étroitement liées aux Dyallo: ainsi, lorsqu'un Kalé Demba se marie, sa famille, lors des fiançailles, donne un esclave ou un bœuf au fa des Dyallo et réciproquement; s'il s'agit d'un Sadvoyabougou, le cadeau réciproque est d'un gros d'or; pour les Taré-ba-si, il en est comme pour les Kalé Demba-si. De plus, un Dyallo peut disposer des enfants d'un Kalé Demba comme des siens propres et, notamment, marier ses filles comme bon lui semble ; en retour, les Kalé Demba-si jouent un rôle souvent décisif dans le mariage des Dvallo.
Ont encore accès permanent dans la demeure rovale ceux, souvent d'humble extraction, avec lesquels le Fankamala s'est liéd'amité, particulièrement ceux qui sont des «pairs» d'âge et ont appartenu à la même fui antun' que lui.
Etablies un peu partout, les /w qui relèvent de la maison royale n'en forment en quelque sorte que des dépendances : telles celles occupées par des membres ou des serviteurs de la famille et qui, n'étant pas affranchis du travail dû à la tun' royale, demeurent à son service et aussi, à sa charge.
Obligations du Fankamala. — En raison même de sa
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îonction éminonte, le roi d(^il se montrer généreux envers les gens de caste et particulièrement les dyali qui, bien traités, lui assurent une bonne renommée; tandis qu'ils emploient tous les moyens de lui nuire pour se venger de son indifférence ou de son mépris.
Il doit également secourir les malheureux qui sollicitent son appui pour les causes les plus diverses.
Il doit protéger les étrangers qu'il a admis à séjourner sur le territoire sous son influence.
Plus spécialement, il est obligé d'assurer aux Dvallo de la famille rovale des ressources dans trois cas:
Mariage. — Du moment où un jeune Dvallo veut se marier, ou que le roi lui-même a décidé de le marier, le roi doit faire tous les frais de l'affaire.
Rançon. — En principe, on ne rachète pas un Dvallo qui a été fait prisonnier. Ton estime qu'il doit affirmer la supériorité de sa race en recouvrant de lui-même sa liberté : peut être est-ce là moins une raison qu'un prétexte de ne rien débourser. — Quant aux femmes et aux enfants, le roi prend, sur les biens de la iun', ce qui est nécessaire pour les libérer.
Misère. — Lorsque, par suite des circonstances les plus diverses, un membre de la famille rovale des Dvallo se trouve dans la misère, le roi doit, à l'aide des biens de la lun' le tirer de cette situation.
D'autre part, la tun' royale peut être obligés de réparer le dommage causé par un de ses tun'-din' . Sans doute, la constitution d'Amadou .\\va a placé les Dyallo au-dessus des lois, tout de même le roi peut avoir intérêt à ne pas tenir compte de cette immunité, et il n'est pas douteux que, lorsque le Dyallo a été condamné par un tribunal musulman, le roi respecte en général cette décision.
Il est entendu, d'ailleurs, que ce sont là, en droit, desimpies avances dont les bénéficiaires demeurent débiteurs envers la tun' royale qui ne manque pas, par l'organe du
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roi, de réclamer inipcrativcmenl son dû chaque fois que son débiteur revient à meilleure fortune.
Nous venons d'examiner quelle est la situation du l-'ai}kamala au regard des D}allo de la famille royale, voyons ce que ceux-ci sont par rapport à lui.
Les tundin' rovaux.
Il est à remarquer que la constitution imposée par Amadou Awa prescrit seulement que le Fankamala sera choisi parmi ses descendants. Donc, en principe, le choix demeure libre du momentoù il porte sur un descendant d'Amadou Awa, et d'autre part, rien n'indique que l'élu sera Fankamala sa vie durant. Or, par une déviation dont l'histoire de ces régions aflirme la fréquence, le pouvoir suprême devint héréditaire de la même façon que les autres biens de la famille des Dyallo, de sorte que celui qui devient fa des Dyallo devient du même coup Fankamala du Khasso et cela pour la vie exactement comme il devient fa pour la vie. Bien plus, en s'imposant par la force, Diba Sambala est devenu le fondateur d'une dynastie, celle des Sambalaya, branche bâtarde au profit de laquelle la royauté a été ainsi confisquée.
L'épanouissement des générations dont Amadou Awa est l'ancêtre permet ainsi de dégager nettement les conséquences de l'organisation familiale que nous avons exposée : la notice historique résume, en effet, les fortunes di\'erses de la famille royale et le fonctionnement de cette famille est exactement le même que celui d'une famille indigène quelconque, remarque faite cependant que l'ampleur — voulue par l'importance des intérêts en jeu quand il s'agit d'elle — nous permet de saisir avec plus de facilité et de précision des détails qui, ailleurs, demeureraient pour nous assez indistincts.
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Le principe de continuité qui crée l'indivision des biens, combiné avec le privilège conféré à l'âge et au sexe pour l'administration de ces biens, met la communauté tout entière au pouvoir des « vieux»; si bien que, dans ce régime, les « jeunes » sont des parias réduits aune manière de servitude qui, à certains égards, est plus étroite que celle des esclaves de case. De là, entre « vieux » et « jeunes » un antagonisme que rien n'apaise ; pour ceux-ci toute occasion est donc bonne qui leur permet de secouer le joug abhorré ; d'où ces intrigues dont la notice donne un exemple saisissant dans les menées de Saféré qui, sentant le pouvoir lui échapper, n'hésite pas à soutenir le bâtard Diba Sambala et consomme ainsi, au profit de la branche bâtarde, la ruine définitive de la famille légitime à laquelle lui, Saféré, appartient.
Ce régime familial n'est cependant pas plus mauvais que d'autres, la prospérité à laquelle atteignit Demba Séga en est une preuve ; mais il faut, semble-t-il, pour qu'il produise d'aussi heureux effets, que le fa soit un homme ayant de sérieuses qualités pour commander et administrer. Entouré de gens qui seraient portés à conspirer sans cesse contre lui, il faut qu'il soit assez diplomate pour se débarrasser adroitement des plus gênants: ainsi fit Demba Séga, quand il donna le Séro à administrer à son frère Silatigui Yamadou. Il faut, en somme, qu'il sache occuper tous ces « jeunes » qui ne deviennent turbulents et dangereux que parce qu'ils n'ont rien à faire et il doit user d'une autorité à la fois forte et affectueuse, paternelle mais sans faiblesse.
Il est à remarquer que partout où ce régime est en faveur, les empires, les grandes familles n'ont d'ordinaire connu la splendeur que durant la vie du fondateur: agissant, le plus souvent, sans s'embarrasser de l'opinion des uns ou des autres, n'admettant l'avis du conseil que pour fortifier sa décision, brisant au besoin les mauvaises volontés, le
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maître avait su imposer à chacun sa tâche ei l'y maintenir.
Rarement le continuateur est à la hauteur, du défunt, sans compter qu'en général il manque du prestige et de l'ascendant que celui-ci avait su acquérir et c'est là, sans doute, la cause initiale de ses déboires.
Par le jeu de ces circonstances diverses, ce régime qui vise assurément à maintenir l'unité familiale, à assurer la grandeur de la famille par un accroissement progressif des richesses, ce régime semble devoir aboutir au démembrement de la famille par les querelles intestines qu'il engendre. Cela est visible pour la maison d'Amadou Awa, où une branche bâtarde — qui n'a échappé à l'anéantissement que par notre intervention fortuite — s'est substituée aux successeurs légitimes dont les plus intrigants se sont séparés en autant de branches dissidentes et ennemies (Dyad\e\a. Guimba\a, Silatiguiya).
Pourtant, il ne faut pas s'y tromper, cet aboutissement fatal n'advient que là où l'accroissement des- richesses excède l'autorité dont dispose celui qui en a la garde. Tout à fait approprié au milieu indigène, ce ré:L:i me paraît seul susceptible d'y produire de bons effets au point de vue économique et social.
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