‹ Les KitharèdesChapitre 47 sur 47 · LUS · texte numérisé non relu

LUS

Le père est unique, les enfants sont douze; chacun d'eux a deux fois trente filles dont l'aspect est double; les unes sont

KLÉOBULINA 17%

blanches, Les autres, au contraire sont noires, et, étant immortelles, elles meurent toutes.

FRS

Quand, d’un geste, le soir fait taire La flûte et la syrinx, Tu sais embrumer de mystère Tes prunelles de Iynx.

Tandis que la ténèbre englobe Les plis fugitifs de ta robe, L’énigme prompte se dérobe Sur tes lèvres de sphinx.

L'ombre fait vaciller la flamme De tes yeux d’un bleu noir.

Ta voix où s’attendrit ton âme, Vague comme l'espoir, Et qui pactise avec la rude Et pitoyable solitude, Sait imiter l’incertitude De la mer et du soir.

RÈFS"

Variations Sur un Thème

BSUBEAUX CHŒURS

Æ TRANGÈRE, 52 tu navigues vers Mytilène aux beaux chœurs pour y cueillir la fleur des grâces de Sappho,

dis-lui qu'une femme de Locres, chère aux Muses et à elle aussi, enfanta d'autres (chants) pareils et que mon nom est Nossis. Va.

Nossris.

Moi, l’Étrangère qui portais à Psappha le beau salut de Nossis, j’entrai, vers le soir, dans le verger où la Fleur des Grâces instruisait les lumineuses Amies.

Une Musicienne souriante m’accueillit. « Je suis, ditelle, Euneïka de Salamis. Vois les compagnes et les disciplès de Psappha. C’est l’heure où elle vient nous

rejoindre sous les branches frissonnantes des pommiers. »

Damophyla de Pamphylie, aux membres vigoureux et souples de chasseresse, enduisait de cire les tablettes où elle devait inscrire l’ode à l’Artémis. Télésippa joignait ses lèvres fébriles aux lèvres consentantes d’Anagora la Milésienne. Assise dans l’herbe, une enfant pleurait. Ses yeux brillaient de larmes à travers ses cheveux dénoués. Et, penchée vers elle, une vierge la consolait avec des paroles harmonieuses.

Celle-ci était belle de toute sa jeunesse triste. Sa chevelure au blond nuageux brillait vaguement ainsi que de l’or sous des cendres. Et ses veux étaient pareils à la fleur d’hyacinthe. Son péplos, déroulant des plis larges, accompagnait la mélodie de son corps rythmique. Des crocus se fanaient entre ses doigts. Un ample voile gris et bleu lenveloppait d'un crépuscule tiède. Et son réseau d'argent assombri, très ingénieusement travaillé, était constellé d’améthystes que le soleil rougissait de flammes de pourpre.

Elle s’affligeait à la chute du soir venu, comme ceux qui marchent déjà dans l’ombre de la mort. L’agonie de la clarté l’étreignait d’une obscure mélancolie.

Je m’approchai d'elle et de l'enfant sanglotante, que sa compagne aux cheveux d’or et de cendres nommait Myrô. Je compris que la puérile pleureuse se lamentait sur la mort de la cigale et de la sauterelle qui furent son

LES BEAUX CHOŒEURS 181

double jouet. Et, levant son voile crépusculaire, l’Amie qui compatissait à sa peine dit lentement :

« Tu es jaloux, Hadès.… »

Je ne sais comment ni pourquoi je sentis qu’elle allait mourir dans la fleur indécise de sa jeunesse inviolée. Je compris qu'elle emporterait avec elle le brülant regret des beaux chœurs de Mytilène, des violettes tissées par Psappha, des nuits allumant les ferventes Pléiades, de la mer illuminée d’écume, de la brise à travers les branches, et de toute la beauté et de tout l’amour... Je compris surtout qu’elle serait suivie jusque dans Île lit d’azur nuptial de Perséphona par la hantise de ses chants inachevés... Et, l’âme étreinte d’une grande angoisse et d’une pitié immense, je murmurai à Euneïka :

« Quelle est donc cette vierge prédestinée? »

Et Euneïka la nomma de son nom immortel : Éranna de Télos….

Mais un silence joignit plus étroitement l’assemblée murmurante des Amies, un silence d’adoration et presque de prière. Car Psappha venait vers elles... Un bandeau de violettes ceignait son front, et ses tresses dénouées ondoyaient ainsi que des vagues nocturnes. De petite taille, elle se tenait debout avec une indicible majesté. Ses yeux étaient mystérieux comme les yeux bleus de la Nuit. Elle paraissait une flamme vivante. Elle était solennelle et terrible en sa grâce, comme l’Aphrodita dont

elle fut la prètresse. Éranna de Télos seule osa s’avancer vers elle et lui prendre la main. L’écarlate du couchant attisait le péplos violet de la Disciple devenue l'Égale. Et Psappha la contempla avec toute l'intensité de sa tendresse mélancolique :

« Je crois qu’une vierge aussi sage que toi ne Verra dans aucun temps la lumière du soleil. »

Mélodieusement lente, elle se tourna vers moi. Et je parlai ainsi à l’Immortelle :

« Je suis celle que Nossis à la voix de femme envoya vers toi en me disant :

« Étrangère, si tu navigues vers Mytilène aux beaux chœurs pour y cueillir la fleur des grâces de Sappho, dis-lui qu'une femme de Locres, chère aux Muses et à elle aussi, enfanta d'autres (chants) pareils et que mon nom est Nossis. Va. »

Et Psappha me répondit, les yeux rivés sur les yeux d'Éranna :

« Quelqu'un, je crois, se souviendra dans l’avenir de nous. »

“+ béta

RALLO

ALLO ayant dessiné une image sur cette planche, l'a A offerte à la demeure de la blonde Aphrodita, que

cette image représente. Combien elle est doucement figurée! Vois comme y fleurit la grâce! Réjouis-toi : car elle n'a aucun reproche dans sa vie.

Nossis.

Kallô fut une vierge qui, malgré sa grâce, méprisa les larmes mensongères et les rires perfides de l’amour. Toujours esseulée, elle s’attardait le soir, sous les oliviers glauques, sans qu’on la vit jamais inclinée au bras d’une amie ou d’un amant. Nossis à la voix de femme loua la délicatesse de ses douces paupières, lourdes de langueur

et de mélancolie, et qui tombaient, comme un voile de pourpre, sur le mystère des prunelles. Elle ne cherchait point la Beauté Éphémère des fleurs et des musiées. Car seule l’Éternelle Beauté des statues lui fut précieuse.

Lorsque, devant elle, on parlait de la splendeur vivante d'un corps ou d’un visage, lorsque l’on comparait une vierge aux Nymphes et aux Naïades, elle répondait : « Cette femme est belle comme une statue. »

Elle aimait l’ombre des temples à travers laquelle s'irise la lueur des Marbres, semblable à la lueur des perles dans le crépuscule de la mer.

Lorsqu'elle eut assez de vigueur adolescente pour modeler l'argile et prendre en main le ciseau, elle s’assit victorieusement aux côtés des plus glorieux sculpteurs. Elle était demeurée si longuement parmi les Images Olympiennes, qu’elle portait au front le reflet de leur sérénité méprisante. Kallô fit éclore de la pierre le calme front de l'inviolable Sagesse, Pallas Athéné, la paleur de Sélanna, et la majesté d’Héra solennelle. Les vierges très délicates et les femmes gracieuses vinrent se dévoiler devant celle qui avait vu les Déesses. La plus belle courtisane de l’'Hellas, Polyarchis * à la chevelure désirable, franchit un jour le seuil de sa maison, où nulle main fervente n'avait suspendu les couronnes amoureuses.

* Aux nombreux commandements.

KALL Ô 18$

Ayant acquis, par la beauté lumineuse de son corps, de grandes richesses, Polyarchis voulait offrir à l’Aphrodite qui l’avait favorisée, de grandes richesses.

Kallô pâlit, Ellle allait tenter l’effort unique, dans lequel se concentrent toute la fièvre et tout le désir d’une - existence humaine. Elle comprit que ce labeur demandait la force entière d’une jeunesse. La gloire de cette Statue achevée ne laisserait plus après elle que l’oubli dans la Mort.

Il lui faudrait éterniser le songe fuyant de la Beauté entrevue, de la Beauté perfide et cruelle. Elle contempla les lèvres sinueuses et le périlleux regard de la courtisane. Cette femme incarnait les ruses de l’incertaine Déesse. Son corps, d’une souplesse énigmatique, semblait se dérober éternellement à l’étreinte sincère. Son sourire était à la fois une promesse et un mensonge.

Polyarchis interpréta le silence de l’Artiste. D’un geste solennel, elle surgit, nue, de ses blancs voiles dépouillés, nue et pareille à la Déesse surgissant de l’écume.

Kallô modela la Forme Divine d’après le beau corps mortel de sa Prêtresse. Mais elle sentait que la Statue absorbait peu à peu sa vie fébrile et que l’OEuvre était faite du sang de ses veines.

Et un jour l’Image d’Aphrodite à la chevelure d’or fut achevée. L’ivoire des membres luisait pàlement et les métalliques reflets des pesants cheveux étincelaient dans

l'ombre. Les béryls des prunelles chatoyaient ainsi que des vagues immobiles. La Femme Divine s’offrait et s’éloignait à la fois, en une attitude de fuite et de langueur. Les bras s’abandonnaient, lassés d’étreintes. Les lèvres étaient amères de baisers et brülées par le sel des larmes bues. Et la chair de marbre, la chair froide et frémissante appelait impérieusement tous les désirs épars dans l’Univers.

Kallô, devant l'OEuvre accomplie, ne ressentit point la tristesse du songe incarné, c’est-à-dire amoindri et rabaissé de l’Infini à la Matière. Elle n’éprouva que le calme d’une voyageuse devant le seuil de sa maison. Son Destin était consommé. L'existence devenait vaine, puisque le But Unique était atteint.

Elle versa dans une coupe, ciselée par ses mains laborieuses, un poison oriental, et loua les Déesses de cette belle et heureuse mort accordée ainsi qu’une suprème faveur. Puis, ayant bu, elle expira.

Salut et adieu! car elle n’eut aucun reproche dans sa ie,

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