LES BEAUX CHOEURS
T R A N G È R E, 5/ f« uavigues VCKS Myùlène aux beaux choMêrs poury cueillir la fleur des grâces de Sappho, dis-lui qu'une femme de Locres, chère aux Muses et à elle aussi, enfanta d'autres (chants) pareils et que mon • nom est No s sis. Va.
Nossis.
Moi, TÉtrangère qui portais à Psappha le beau salut de Nossis, j'entrai, vers le soir, dans le verger où la Fleur
des Grâces instruisait les lumineuses Amies... >
Une Musicienne souriante m'accueillit. « Je suis, ditelle, Euneïka de Salamis. Vois les compagnes et les dis* ciples de Psappha. C'est Theure où elle vient nous
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rejoindre sous les branches frissonnantes des pommiers. »
Damophyla de Pamphylie, aux membres vigoureux et souples de chasseresse, enduisait de cire les tablettes où elle devait inscrire Tode à TArtémis. Télésippa joignait ses lèvres fébriles aux lèvres consentantes d'Anagora la Milésienne. Assise dans Therbe, une enfant pleurait. Ses yeux brillaient de larmes à travers ses cheveux dénoués. Et, penchée vers elle, une vierge la consolait avec des paroles harmonieuses.
Celle-ci était belle de toute sa jeunesse triste. Sa chevelure au blond nuageux brillait vaguement ainsi que de Tor sous des cendres. Et ses yeux étaient pareils à la fleur d'hyacinthe. Son péplos, déroulant des plis larges, accompagnait la mélodie de spn corps rythmique. Des crocus se fanaient entre ses doigts. Un ample voile gris et bleu l'enveloppait d'un crépuscule tiède. Et son réseau d'argent assombri, très ingénieusement travaillé, était constellé d'améthystes que le soleil rougissait de flammes de pourpre.
Elle s'affligeait à la chute du soir venu, comme ceux qui marchent déjà dans l'ombre de la mort. L'agonie de la clarté l'étreignait d'une obscure mélancolie.
Je m'approchai d'elle et de l'enfant sanglotante, que sa compagne aux cheveux d'or et de cendres nommait Myrô. Je compris que la puérile pleureuse se lamentait sur la mort de la cigale et de la sauterelle qui furent son
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double jouet. Et, levant son voile crépusculaire, l'Amie qui compatissait à sa peine dit lentement :
€ Tu es jaloux, Hadès... »
Je ne sais comment ni pourquoi je sentis qu'elle allait
mourir dans la fleur indécise de sa jeunesse inviolée. Je
I compris qu'elle emporterait avec elle le brûlant regret
des beaux chœurs de Mytilène, des violettes tissées par
Psappha, des nuits allumant les ferventes Pléiades, de la
I mer illuminée d'écume, de la brise à travers les branches,
et de toute la beauté et de tout l'amour... Je compris
r surtout qu'elle serait suivie jusque dans le lit d'azur nup-
I tial de Perséphona par la hantise de ses chants ina-
! chevés... Et, l'âme étreinte d'une grande angoisse et
I d'une pitié immense, je murmurai à Euneilca :
c Quelle est donc cette vierge prédestinée? » Et Euneïka la nomma de son nom immortel : Ëranna de Tclos...
Mais un silence joignit plus étroitement l'assemblée murmurante des Amies, un silence d'adoration et presque de prière... Car Psappha venait vers elles... Un bandeau de violettes ceignait son front, et ses tresses dénouées ondoyaient ainsi que des vagues nocturnes. De petite taille, elle se tenait debout avec une indicible majesté. Ses yeux étaient mystérieux comme les yeux bleus de la Nuit. Elle paraissait une flamme vivante. Elle était solen<nelie et terrible en sa grâce, comme l'Aphrodita dont
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elle fut la prêtresse. Éranna de Télos seule osa s'avancer vers elle et lui prendre la main. L'écarlate du couchant attisait le péplos violet de la Disciple devenue TÉgale. Et Psappha la contempla avec toute Tintensité de sa tendresse mélancolique :
« Je crois qu'une vierge aussi sage que toi ne verra dans aucun temps la lumière du soleil. »
Mélodieusement lente, elle se tourna vers moi. Et je parlai ainsi à Tlmmortelle :
« Je suis celle que Nossis à la voix de femme envoya vers toi en me disant :
« Étrangère, si tu navigues vers Mytilène aux beaux chœurs pour y cueillir la fleur des grâces de Sappho, dis-lui qu'une femme de Locres, chère aux Muses et à elle aussi, enfanta d'autres (chants) pareils et que mon nom est Nossis. Va, »
Et Psappha me répondit, les yeux rivés sur les yeux d'Éranna :
« Quelqu'un, je crois, se souviendra dans l'avenir de nous. »
KALLO
(allô ayant dessiné une image sur cette planche, l'a offerte à la demeure de la blonde Aphrodita, que cette image représente. Combien elle est doucement figurée! Vois comme y fleurit la grâce! Réjouis-toi : car elle n'a aucun reproche dans sa vie,
Nossis.
Kallô fut une vierge qui, malgré sa grâce, méprisa les larmes mensongères et les rires perfides de Tamour. Toujours esseulée, elle s'attardait le soir, sous les oliviers glauques, sans qu'on la vit jamais inclinée au bras d'une amie ou d'un amant. Nossis à la voix de femme loua la délicatesse de ses douces paupières, lourdes de langueur