I. Traitement II. Traitement III. Trailerneul
par l'eau à froid par l'eau à 100" par l'eau acidulée
Osr.042 Osr'021 0?»-.072
Calculés pour 100 p. de matière ils deviennent respectivement
Qgr.sm Oerr^SO lg'-440
C'est-à-dire que 100 gr. de poudre de Kola, épuisée par le chloroforme d'une manière complète, contiennent encore de la Kolanine. en quantité telle que ce glycoside, sous l'influence de l'eau froide, de l'eau chaude ou des acides étendus, fournit encore dans les trois cas précités, 0 gr. 84, 0 gr. 42 et 1 gr. 44 de caféine; donc en comparant ces quantités à 2gr. 348 de caféine qui peut être enlevée par le chloroforme directement et qui existe dans la graine à l'état libre, on trouve que celle-ci renferme encore: 35,775 o/o", 17,88 "/o ; 61,239 o/o. Ces résultats s'accordent donc de tout point avec ceux qui se rapportent aux transformations moléculaires des glucosides en général.
Dans l'expérience II (voir le tableau ci-dessus) l'action fermentescible est, comme on le voit, considérablement ralentie, puisque la quantité de caféine qui résulte du dédoublement de la Kolanine est moitié moindre de celle résultant de l'expérience I.
Il est plus que probable, même certain, qu'elle eiil été plus faible encore si, au lieu de mettre la poudre en contact avec l'eau à froid et de chauffer progressivement le bain-marie comme nous l'avons fait, nous l'avions projetée dès le début dans l'eau bouillante. L'action du ferment eut été, dans ce cas, complètement ou du moins en majeure partie annihilée à cette température élevée. Qu'il nous suffise donc de retenir ce fait que le dédoublement de la Kolanine s'opère beaucoup mieux dans l'eau froide que dans l'eau à 80 ou 90°.
Notre expérience III avec l'acide chlorhydrique à 1 7<. qui n'a pas la prétention d'être une expérience physiologique, prouve seulement que le dédoublement, dans ces conditions, fournit environ 3 fois et demie plus de caféine que celui qui s'effectue au sein de
ÉDOUARD HECKEL
l'eau chaude et presque le double de ce que donne l'eau à froid. Elle peut nous servir cependant à mieux en interpréter d'autres que nous aurions dù instituer dans nos premières recherches et dont l'omission ne nous a frappés qu'au moment où notre premier travail chimique, de 1883, était achevé.
Nous aurions dû, en eiïet, pour être plus complets, opérer à la température de 37° avec de l'eau seule, puis avec de l'eau additionnée de 1, 2, 3, 4 et même 5 o%o d'acide chlorhydrique (afin de simuler des digestions artificielles), puis enfin avec du suc gastrique. Mais quoique les résultats relatifs à ces diverses conditions opératoires ne soient pas acquis, ils sont du moins faciles à prévoir eu se reportant aux nombres indiqués plus haut.
Après avoir obtenu ces données analytiques nouvelles, il nous est permis de conclure en disant que l'ingestion de la substance désignée jusqu'à présent par nous sous le nom de Rougo de Kola et devenue aujourd'hui la Kolanine de Knébel (dénominations absolument identiques) et son passage à travers les voies digestives ont pour conséquence de mettre en liberté une certaine quantité de caféine qui peut atteindre jusqu'à 0 gr. 83 % de la matière première employée, et cela indépendamment de la quantité d'alcaloïde qui s'y trouve à l'état de liberté. Cette dernière étant évaluée, d'après notre analyse sur le Kola de Sierra-Leone, à 2 gr. 348, il s'en suit qu'il pénètre ainsi dans l'organisme, à l'état naissant, 35 V» de la caféine libre qui existe normalement dans la graine et qui viennent s'ajouter à cette dernière, ce qui fait un total de 3 gr. 783 de cet alcaloïde pour cent de Kola.
La noix de Kola n'agit donc pas uniquement par la caféine libre qu'elle renferme, mais encore, mais surtout (comme nous le verrons dans la partie physiologique de cette étude), par la caféine naissante qui provient forcément du dédoublement dans l'organisme du glucoside qu'elle renferme, quantité variable d'ailleurs et qui peut atteindre jusqu'à 61 °/o de la caféine contenue à l'état libre dans la graine.
Nous avons longuement insisté sur ces recherches pour divers motifs : 1° parce qu'il était nécessaire de donner en détail la technique chimique nouvelle qui devra désormais être employée pour arriver à connaître, d'après les données actuelles, la valeur exacte d'une graine de Kola. Il ne sufiit plus, désormais, en effet, de
doser sa teneur en caféine; il importera au plus liaut degré de connaître sa richesse en Kolanim, source de la caféine naissante; 2° parce qu'il était indispensable d'établir, par des données chimiques précises et satisfaisantes, tous les faits expérimentaux sur lesquels nous édifierons notre étude physiologique et thérapeutique de la graine de Kola. Il est permis aujourd'hui, grâce à ces résultats, de fournir l'explication, restée si longtemps obscure, de l'action du Kola sur l'organisme humain et de mesurer physiologiquement toute l'immense distance qui sépare, à ce même point de vue physiologique, la graine de Kola de ses congénères végétaux d'ordre caféique, et de la caféine cristallisée elle-même.