‹ Les kolas africainsChapitre 38 sur 49 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Etude physiologique de la noix de Kola

L'étude chimique complète du Kola que nous venons de faire va singulièrement en éclairer l'action physiologique qui s'est jusqu'ici traînée, malgré les louables efforts des médecins même les plus célèbres, dans les ornières d'une systématique mal dissimulée, et cela à cause du manque de certitude des données analytiques.

Débarrassée de ses influences secondaires dues au tannin, au corps gras, à l'amidon, à la gomme, aux matières colorantes et protéiques, l'action physiologique prépondérante du Kola doit, à priori, être concentrée dans les trois composants suivants, savoir : la caféine et la théobromine préexistantes d'une part, et le rouge de Kola ou Kolanine de l'autre. Avant que des données chimiques postérieures aux nôtres eussent misaujour l'importance chimique du roîtge du Kola (corps sur lequel j'avais cependant, avec persistance, malgré les dénégatious peu mesurées de M. le professeur Germain Sée, appelé vivement l'attention dans mes notes à l'Académie de Médecine de Paris en 1890-91. touchant la valeur du Kola et son action propre ), on se bornait à considérer la graine d'Afrique comme un simple caféique plus riche que ses congénères. C'est dans cet esprit que furent faites d'abord nos propres recherches physiologiques, avec tracés de contraction du cœur et des muscles volontaires comme ou le peut voir dans notre première étude intitulée les Kolas africains, de 1884 (partie physiologique). — Tous les observateurs qui suivirent restèrent dans ce sillon étroit où nous trouvons,

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parmi les travaux marquants et au premier rang, la thèse de M. le Monnet parue en 1884-85 (Faculté de Médecine de Lille) et intitulée : DE LA Kola, Étude physiolouique èl ikérapmtique. Mais les conclusions de ce travail, quoique très importantes, sont trop spécialement thérapeutiques pour être rappelées utilement ici. J'y reviendrai dans la partie de ce livre spécialement consacrée aux applications médicales et à ce moment nous en tirerons grand profit. Nous nous bornerons seulement à constater ici que cette thèse réédite, à propos du Kola, la théorie de M. Dujardin-Beaumetz relative à l'action de la caféine, à savoir que c'est un antidéperditeur, un aliment d'épargne, qui diminue les déchets organiques (urée) résultant de la combustion des substances azotées, probablement en exerçant une action spéciale sur le système nerveux (aliments nerveux de Mantegazza). Le même savant ajoute : « La Kola, » par la caféine et la théobromine qu'elle renferme, est un tonique » du cœur dont elle accélère les battements, exagère la puissance » dynamique et régularise les contractions.

» A la seconde phase de son action, à l'exemple de la digitale, » c'est un régulateur du pouls qu'elle relève; sous son influence )) les pulsations deviennent plus amples et moins nombreuses : » comme corollaire de son action sur la tension sanguine, on voit )) la diurèse augmenter. »

D'un caractère plus spécialement physiologique, le travail de M. E. Parisot (1) vient, cinq ans après, sanctionner et développer les doctrines nouvelles de M. G. Sée sur l'action de la caféine, les mettre en opposition avec celles de M. Dujardin-Beaumetz soutenues par M. Monnet, mais surtout combattre mes assertions relatives : lo à l'insuffisance de l'action de la caféine pour expliquer celle du Kola; 2° à l'incomparable différence qui existe entre l'action de la caféine cristallisée et celle du Kola. Mes observations touchant l'influence du Kola sur la fatigue et sur l'essoufflement résultant des grandes marches, révélées à M. G. Sée par M. Lepicque, son aide, à qui je les avais fait connaître, avaient provoqué ces recherches nouvelles sur la caféine.Il s'agissait en effet, pour M. G. Sée,de

démontrer, à rencontre de mes assertions,que,dansleKola,la caféine

(1) Etude physiologique delà ca/-^i/ie surles fonctions niolriccs, par le D' E Parisot {Thèse de doctorat en médecine de la Faculté de /^ttns,1890).

libre seule provoque ces effets qu'on ne lui avait pas connus jusqu'alors. Il fallait trouver le principe capable de les résumer et ajouter à ce qu'on connaissait de l'action de la caféine sur la circulation et la nutrition, une nouvelle action physiologique capable d'expliquer les deux nouvelles propriétés du Kola que je venais de découvrir et de démontrer, savoir ; disparition de la fatigue et de Tessoumement résultant de grands efforts ou d'une course prolongée.

En tenant compte de ces explications, on ne s'étonnera pas de voir l'excellent travail de M. Parisot, fait de très bonne foi sous une inspiration dirigeante, porter une empreinte spéciale et se résumer enfin dans les conclusions suivantes :

« I. — La caféine a une action élective sur le système nerveux » dont elle exagère la tonicité, et c'est par l'intermédiaire de celle ci » qu'elle agit sur tous les autres systèmes.

» II. — La caféine empêche l'accélération des battements du » cœur et l'essoufflement consécutif à l'eflort : elle paraît maintenir » la pression sanguine à son niveau normal et agir sur le cœur par » son action vaso-tonique.

III. — ia caféine n'agit pas sur la nutrition comme un aliment d'opargne.

IV. — Elle n'a pas d'action spécifique sur l'excrétion de l'urée : elle la modifie dans des sens divers sous l'infiuence de conditions inconnues.

V. — Elle paraît élever la température centrale et augmenter la quantité d'acide carbonique exhalé, c'est-à-dire qu'elle augmente les pertes en carbone, sans du reste restreindre les autres.

VI. — La caféine agit sur l'individu inanitié non pas comme aliment, mais en tonifiant le système nerveux et en permettant, par son ingestion, d'utiliser les réserves de l'organisme.

Toutes ces conclusions, qu'elles viiissent de M. Monnet ou de M. Parisot, malgré leur antagonisme fondamental, mettaient, par les points communs qui les rapprochent, mieux en lumière les propriétés physiologiques de la caféine cristallisée et par extension celles du Kola, dont ce principe est l'un des composants primordiaux. Mais elles laissaient dans l'ombre les propriétés spéciales à la

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Kola : le rouge de Kola, malgré mes protestations dans divers écrits (1), était méconnu, on le laissait de côté comme une quantité négligeable et sans aucune valeur physiologique. J'avais cependant dit textuellement ce qui suit, dans une étude sur VAclio7i du Kola à propos des elfets de la caféine (Bulletin général de thérapeutique, 30 avril 1890), en réponse aux singulières dénégations de M. G. Sée émettant, en pleine Académie de Médecine, sur mon Rouge de Kola des doutes blessants (2) : « Au cours de mes » nombreuses recherches concernant l'action de la graine de » Kola sur les marcheurs, j'ai constaté qu'après épuisement de la » caféine par le chloroforme, la poudre agit encore d'une manière » très sensible comme excitant musculaire ; alors l'excitabilité » nerveuse est à peine sensible. Aussi suis-je porté à admettre » que le produit désigne par Schlagdenhaufïen et par moi sous » le nom de liouge de Kola dans notre travail sur les Kolas afri- » cains (1883), produit qui subsiste dans la graine après épui- » sèment par le chloroforme, est une substance très complexe » dans laquelle se trouvent vraisemblablement des principes très » 'AcVits {alcaloïdes, glycosides, etc.) dont nous n'avons pu opérer » l'isolement. Il en a été de même longtemps pour les quinquinas, ^) dont le rouge cinchoniqne mieux examiné a donné bon nombre » d'alcaloïdes. Il ne serait pas étonnant que le rouge de Kola » fût le principal agent de l'excitabilité musculaire, et il y

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