PREMIÈRE PARTIE
I. — BOTANIQUE, MATIÈRE MÉDICALE, PRODUCTION, RÉCOLTE, COMMERCE, USAGE, SYMBOLES.
Historique. — Parmi les produits végétaux dont l'antique et mystérieux sol africain, jusqu'ici avare de ses richesses botaniques envers la vieille Europe civilisée, nous promet une conquête et une assimilation complètes, il n'en est peut-être pas de plus intéressant et de plus précieux, nous espérons bien le prouver dans ce travail, que celui qui, sous les noms divers de Kola, Gourou, Ombéné, Nangoué, KokkoroJcou, Ourou (1), etc., est consommé dans toute l'éten-
(1) Dans certains ouvrages classiques, comme le formulaire de Dorvault, par exemple, on trouve une appellation de plus accordée au Kola, c'est celle de Café du Soudan. Cette dénomination consacre une erreur. Sous ce dernier nom, on désigne la graine de Parkia biglobosa Benlliam, légumineusc africaine dont les
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due de l'Afrique tropicale et «l«^'»™le, à l'égal du the du c^^^^^^
du maté et de la coca, dont il tient la place «"P^^^. ^^^f^i u/e indigènes de ce coulinent, mais avec des propriétés b,en supérieures à celles nui caractérisent ses congénères caieiques.
st iTiorme de graines usitées probablement de temps „.orial cbe. ces peuples, ce produit d'origine b^an.que .nco s e avait rarement pénétré in Europe (1) avant 1883. - Aussi 1 his o" e qui. au commencement de ce siècle, en fut grossièrement tracée 2), n'a-t-elle guère été acceptée que comme une lé^^^e tant certains points, mal établis du reste et absolument emb Ih par le merveilleux, paraissaient être du domaine surnaturel II ne nous a fallu rien moins que les grands voyages géographiques récemment entrepris snr ce continent, dont la connaissance fait l'objet actuel de nos plus légitimes convoitises, et les relations commerciales mieux établies dans ces derniers temps avec les divers points du littoral Africain, pour ouvrir à ce produit.un accès dans nos ports, non plus sous forme d'échantillons scientifiques mais comme objet d'un véritable commerce. Avidement recherché par les peuplades indigènes, il paraissait ne devoir jamais sortir du sol privilégié qui le fait naître. Cependant, grâce à ces voyages et grâce
semences rôtiesont été employées pour remplacer le café, et qu'on a cru longtemps ê re le vé'étal producteur du Kola. - En collaboration avec M . SchlagdenhaufTen i'ai du reste publié, en mi{Journal de PharnK et de Chimie, 13 ,uin), un lra^^ll ur cfpr uulrt intéressant, qui joue un rôle important dans i;alimen|ation afnaine îl résulte de ces recherches que ces graines de la Parlae b.globuleu.e ne ïenfement aucun principe actif (caféine, tliéobromine, etc.), qui P;'^«7^^'™;j*^;^ de lacTasser parmi les aliments d'épargne. 11 en est de même du M beiUamare ou Fédégosa (Cassia Occidental L.) dont la graine a été. de ma part, l objet d une mMx>\h^^(Arch. de Méd. navale, 1887), en collaboration avec M. SchlagdenhaufTen et d'où il résulte que cette seraence.très usitée aujourd'hui en Europe sous le nom de Cafia., et mêlée souvent au véritable café, est un excellent fébrifuge, niais, à auL point de vue, un aliment d'épargne. On l'appelle aussi Cafe du Soudan.
ii) Avant l'envoi que je leur en ai fait à cette époque, nos principaux établisse ments scientifiques en étaient complètement dépourvus, et, à l'Exposil.on permanente des Colonies, à Paris même, c'est à peine si on en voyait une gousse, en 1884.
Cependant les graines de Kola sont connues de nom depuis fort longtemps. Barboza Lopez et Philippe Pigafetla en font mention, dès le XVI" siècle, dans leurs récits d'exploration sur la côte occidentale d'Afrique. Clusius, en 1591, les désignait sous le nom de Cales, mais ce n'est guère que du commencement de ce siècle que date la connaissance un peu précise de la plante qui les produit: on en doit, en elîet. au botaniste Palisol de Beauvois, une première description, publiée dans sa //orc d Oicare et de Bénin.
(2) Virey, Journal depharin., 1832, p. 702.
surtout au concours iutelligent de quelques négociants amis, des sciences, eu tète desquels je dois placer leu les irères Gaiihard et M. Bohn, directeur de la C'^ française du Sénégal, qui a son siège à Marseille, j'ai, dès 1883, pu relaire à peu près dans ses points principaux l'histoire du produit, en révéler les origines les plus essentielles, dégager le merveilleux ou l'erreur qui en obscurcissait la connaissance, en faire pressentir l'immense valeur réelle, esquisser enfin les précieuses applications dont il est ou dont il peut devenir l'objet. Cette première ébauche peut être complétée aujourd'hui, et c'est ce que je fais avec l'espoir de présenter une étude sinon définitive et close à jamais, du moins capable de satisfaire les exigences actuelles des nombreux curieux que cette question peut intéresser.
Botanique. — Nous venons de voir que le produit dont il s'agit, et que nous désignerons sous sou nom le plus général de Kota (les divers synonymes que nous avons donnés étant spéciaux à certaines contrées africaines), est constitué par une graine. Cette semence, d'origine et d'aspect fort différents, est fournie par deux familles de végétaux: celle de Sterculiacées d'abord pour le Ivola le plus répandu, le vrai Kola, désigné encore par certains indigènes sous le même nom de Kola femelle, et celle des Guttifères ensuite, pour la graine fort employée aussi quoique sans valeur, que nous appelons faux Kola, et que les nègres nomment, par opposition au précédent. Kola màle (voir planche IJ.
Avant mes recherches on ne connaissait que le Kola vrai ou femelle, et on savait parfaitement une de ses origines, celle qui est la plus connue, c'est-à-dire le Sterculia acuininala Palissot de Beauv., ou Cola acuminata Rob. Brown. Nous avons ajouté à cette connaissance, d'abord celle de l'origine du Kola mâle inconnue avant nous, puis cette notion que diverses autres plantes du genre Cola donnent des graines de Kola employées par les nègres. Nous nous occuperons d'abord du Cola acuminata R. Brown, qui donne la graine de Kola type [officinal), pour en faire l'histoire complète, et nous passerons ensuite à l'examen détaillé et à l'étude spéciale du produit qu'il fournit : la connaissance profonde de cette graine constitue^ en elïet, le principal intérêt pratique de la question.
Le Cola acuminata Robert Brown (iHant. Jav. rar. 237), dont la synonymie botanique est Sterculia acuminata Pal. Beauv. (F/or.
Owar, et Bénin, I, 41, t. 24) ; Siphoniopsis monoica Karst. [Flor.
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Cohmb., 139, t. 69) -, Sterculia .erticillata Shum et TMnn. (Pi. Cuin. 240); SI. macrocarpa Don («''"•^ f!'^'-; j' .f .'è m. nitm Yeot. 92), est un bel ->='-^J'> J«
à 20 mètres de haut, ayant le port et l'aspec ^ tai-nier dont il dépasse de heancoup la taille (vou fg. 1). sruonc est cylindrique (1), droit, à éeoroe épaisse, gr.sâtre.
Vie. I. - Groupe de Kolas (Colaacuminata) à Konakry (Côte occidentale d'Afrique-Guinée).
(1) Son bois est léger, blanchâtre et poreux : il imite assez celui du peuplier mais il olïre plus de solidité et son grain est plus fin, les insectes l'attaquent plus dillicilement. Excellent pour la charpente et la menuiserie, on l'emploie aussi quelquefois pour les constructions navales. Les nègres l'utilisent pour la construction des plats et autres ustensiles d'économie domestique. (Les Bois industriels indigènes et exotiques, par J.Grisard et M. Vanden-Bergue, 1892 Bull. soc. d'acclimatation de France) .
fendillée quand le végétal est adulte. Ses rameaux sont serrés, cylindriques, lisses et pendants au point de toucher jusqu'à terre, ce qui facilite beaucoup la récolte des fruits. Les feuilles, d'une largeur de 7 à 8 centimètres et d'une longueur variable entre 20 et 30 centimètres (dont un pétiole de 8 à 9 centimètres), ont un limbe vert, coriace, à nervations pennées ne se terminant pas, sur le bord du limbe, autrement qu'en courbure (fig. 2, A). Ce limbe manifestement bordé par un repli, est glabre sur les deux faces, à nervures très marquées à la face inférieure. Dans le jeune âge, ces feuilles pubescentes sont couvertes, sur le trajet des nervures surtout, de poils nombreux stelliformes et disposés en îlots. Ces poils sont entremêlés de nombreuses glandes sphériques non pédiculées. Les deux premières nervures, naissant sur les côtés du sommet du pétiole et se dirigeant ensuite à droite et à gauche du limbe, vont renforcer la marge de cette feuille en lui donnant un cai'actère spécial. Elles ne sauraient, en effet, se confondre avec les nervures suivantes, qui, toutes moins inclinées sur la côte ou nervure médiane, s'en détachent presque à angle droit ou forment un angle moins aigu. — La forme des feuilles adultes est ovale acuminée (à limbe terminé au sommet par un mucro) et très atténuée à la base. Il arrive quelquefois que ces feuilles, généralement entières, deviennent trilobées aux extrémités des rameaux et près des inflorescences (1).
Les fleurs, très nombreuses et polygames, sont portées sur des cymes paniculées tei'minales et axillaires(fig.2,A).Toute l'inflorescence définie, comme toutes les parties de la fleur, sont couvertes de poils stelliformes qui demeurent persistants et non pas caducs comme le sont ceux des feuilles. Pédoncules floraux (15 millimètres de long) très courts et faisant suite sans distinction au calice. Les boutons floraux sont subglobu-
(1) La structure auatomique de cette feuille mérite d'être signalée. Au-dessous de l'épiderme supérieur, on trouve une rangée de lacunes qui sont vraisemblablement des glandes à essence, vides, entremêlées aux cellules en palissade disposées sur deux rangs. Au-dessous viennent les cellules rameuses aboutissant à l'épiderme inférieur qui est percé de stomates. Les deux épidermes portent pendant leur jeune âge des poils stelliformes qui tombent de bonne heure et des glandes sphériques à plusieurs cellules sans pédicule et également caduques. En somme, la feuille adulte rappelle beaucoup la constitution de celle du Peumus Boldiis MoUna (Monimiacées) ou Boldo ou de celle du Lauj'us Cainphora, L. et plus encore, par les glandes et les poils, celles de VAdansonia digitata L.
Fig. 2. — Cola acuminata.
A, rameau fleuri: B, fruil inùr rnlier ; C, fruit mûr ouvert longiludinalemcnt ; D, groupe de ' ;) follicules resullanl fi une seule fleur ; E, jeune fruit ouvert longiludinalenienl; F, colonne staminale de la llcur mflle ; G, fleur liermapliroditc.
leux, quelquefois complètement sphériques, à estivation valvaire. Les fleurs, à légère odeur de vanille, dépourvues de bractées, régulières, apétales, sont articulées sur le pédoncule qu'elles terminent. Le calice est cupuliforme, mesurant un centimètre de diamètre, jaune verdâtre ou blanc marqué de pourpre sur le limbe qui peut atteindre quatre centimètres d'un rayon à l'autre de ses divisions. Celles-ci, au nombre de cinq ou six, cunéiformes, lobées lancéolées, finalement étalées, sont entièrement couvertes de poils stellés qui régnent même sur les bords des sépales et leur donnent un aspect fimbrié : ces fleurs exhalent en séchant une douce odeur d'abricot et prennent une couleur rouillée (voir fig. 2, A).
Fleur mâle. — Plus petite que la fleur femelle en général, elle présente ses étamines réunies en colonne centrale plus courte que le calice portant les loges de l'anthère superposées et renfermant un pollen elliptique, granuleux, à trois bandes, sans pores ni épines (fig. 2, F).
Fleur hermaphrodite. — Plus grande que la précédente (fig. 2, G), elle présente à son centre un ovaire entouré à sa base d'un cercle d'étamines sessiles à sacs anthériques superposés mais plus petits que dans la fleur mâle et pourvus d'un pollen souvent avorté. L'ovaire est entièrement couvert de poils étoilés, quinque ou sex-lobé et à cinq ou six loges. Les styles sont nuls et les stigmates glanduleux sont au nombre de cinq ou de six, subulés et réfléchis. Les ovules en nombre considérable sont en double série attachés à l'angle interne de la loge (analropes) et à la face ventrale, par conséquent, de chaque follicule (fig. 2, E).
A cet ovaire succède un fruit composé généralement d'un nombre de follicules moindre que celui des loges ovariennes. Chacun de ces follicules est sessile, oblong, obtus ou rostré, coriace, semi-ligneux, bosselé à l'extérieur, de couleur brun chocolat à la maturité, parfaitement lisse, de grandeur inégale à celle du voisin, d'une longueur de 8 à 16 centimètres et d'une largeur de 6 à 7 centimètres (fig. 2, D et B); il renferme de quatre à seize semences oblongues, obtuses, subtétragones, à testa membraneux lâche, faisant suite à un trophosperme de môme nature
EDOUARD UliCKKL
I r,.. 4 rx Colylédons, % 3, 4 et môme S et 0. épais, durs, pimés, plCis, Iges ou jaunes, à '^^'f^^';^'^^^ 1 ii\ IP\ I fi- 1 % 3). Un rameau floral a étc liguic
1 ^L'Owarien' is !>' par Palisot de Beauvois et un autre Tns rmstoire des plantes de Bâillon, à .ui nous empruntons
ae^ette lante. La première répondant à ^^/e» sus et la deuxième (variété p) qui, pourvue de feuilles plus a'^es munies de pétioles plus courts que dans le type, aurait des fleurs de dimension double. Cette variété a été indiquée par Hoo'er f. dans Flor. mgrit., p. 233, pour certaines contrées de l'Afrique Occidentale. Comme on le voit, l'importance de la variation semblerait médiocre, et il n'y aurait pas heu de tenir o-rand compte de cette distinction (2). si, comme nous le montrerons, il ne s'y ajoutait des caractères méconnus qui nous permettent largement de faire de cette variété de Hooker f. une espèce bien légitime, comme l'a reconnu, le premier, M. Cornu.
Habitat. - Le vrai Kola, tel que je viens de le décrire botaniquement, en tenant compte de toutes les variétés qu il produit/ existe à l'état spontané ou cultivé sur toute la côte Occidentale d'Afrique comprise entre le 10° Lat. N. et le o"
II) Il m'a paru indispensable, en face de la muUiplicité des erreurs accumulées dans la description de celte plante faite par les divers auteurs qm Ion nommée, de la reprendre en entier en ne tenant compte que de mes obseï Nations sur le sec et sur le [rais, les échantillons de l'une et l'autre catégorie ayant été entre nos mains. C'est ainsi que, si l'on consulte les auteurs, on constate que la lleur est purpurine, jaune, verdâtre et blanche. ■ • ■ i
(2) Nous signalons ici, pour mémoire, que les seules localités assignées a la variété S par Oliver sont : Sierra-Leone (Afzelius). St-Thomas (Don), Fernando- Po (Mann, Vogel), Guinée inférieure ou Congo (Smith), où naturellement elle se trouve mêlée au type qui domine sur toute la côte occidentale d'Afrique.— Le professeur Oliver ajoute, à propos du Cola acuminala: « Cet arbre produit la » noix de Kola, qui est très appréciée par les indigènes à cause de son goût amer, X. et qui, comme on le prétend, relève la saveur de tout ce qu'on mange après son » emploi. Il varie considérablement comme dimensions et formes des feuilles, » comme aspect extérieur des étamines, couleur des graines et môme par la pré- » sence de 2 à o cotylédons séparés. Il est dilTicile de décider si ces variations dépeJi- » dent de l'art cultural ou non ; en tout cas, on peut suivre les nombreuses varia- » tions des formes dllïérentes. Barter dit que les noix à quatre cotylédons n'ont pas » autant de valeur sur les marchés indigènes que celles qui en ont deux.»
Lat. S., autrement dit sur toute la côte comprise entre le Rio-Nunez et le Congo ou Guinée inférieure, au moins d'après nos connaissances actuelles. Gomme nous le verrons ultérieurement, la graine de Kola de Rio-Nunez et surtout de Rio- Pongo jouit d'une grande réputation et ce végétal est abondant dans cette partie si fertile de la côte Occidentale d'Afrique. Toutefois, des renseignements récents dus aux explorations si fructueuses du capitaine Brosselard-Faidherbe (Rapport à M. le Sous- Secrétaire d'Etat aux Colonies : Journal Officiel du 27 juillet 1891, p. 3796] établissent que cet arbre précieux est très répandu dans la Mellacorée. Voici comment s'exprime cet éminent explorateur: « Certains de ces villages (du Moréah), » 9° Lat. N. et 15° Long. E. (méridien de Paris), sont très » peuplés; ils sont ombragés par des bosquets d'arbres frui- » tiers et on y rencontre en abondance les Kolatiers qui attei- » gnent dans cette région des dimensions inconnues partout » ailleurs. Ces arbres précieux donnent chaque année deux » récoltes d'un fruit (c'est une graine) qui se vend 5000 fr. la » tonne, soit 3 fr. le kilo, et certains de ces arbres dans le » Moréah fournissent annuellement jusqu'à 100 kilos de ces » fruits précieux (une récolte de 300 fr.). La population qui » habite le Benuah est comme celle du Moréah très civilisée » et très adonnée au commerce, toutefois à mesure qu'on » s'éloigne de la côte, la production agricole se restreint, à » cause de l'impossibilité d'envoyer économiquement le produit » aux escales. Les Kolatiers sont partout très abondants, ils » forment parfois de véritables petits bois autour des villages » qui sont ensevelis sous le berceau de verdure des mango- » tiers, des orangers, des citronniers, des bananiers, etc., etc., et » enveloppés d'une ceinture d'arbres archiséculaires... Les pays » dont je viens de donner une description sommaire sont » habités par les Sousous... Le Sousou a un caractère doux » et réfléchi... La base de sa nourriture est le riz. — Dans le » village, on rencontre en quantité les mangotiers qui fournis- » sent un précieux ombrage, les orangers qui atteignent dans » le voisinage de la côte des dimensions surprenantes, les » citronniers, les bananiers, les papayers, les avocatiers, les
JiDOUAUU UECKliL
. ananas qui bordcnl les chemins, enliu les CéaUer.. parmi
» très abondants (1). » , ,
Dans l'intérieur des terres, à partir de cette côte le Kola acmùnata s'avance, au moins dans l'Hémisphère Nord, jusqu a -150 et 200 lieues anglaises (720 à 800 kilomètres) du littoral où il parait suivre les limites du palmier. Grâce aux voyages exécutés dans ces dernières années au Soudan, dans le bassin du haut Niger et du Niger au Golfe de Guinée (Bmger), de Dibowsky et Fondére au Congo et dans l'Oubanghi, il nous sera possible de suivre l'aire de dispersion de ce végétal sur une grande profondeur du Continent Africain.
Nous savons que Rohlfs parlant de Kouka (12° 54 Lat. N. et 13° 24' Long. E. de Greenwich), à quelques kilomètres a l'ouest du Lac Tchad, s'exprime ainsi qu'il suit : « Le café et le thé sont ici inutiles, car les habitants les remplacent par la noix de Goro qu'ils mâchent toute la journée. » Le même auteur parle de Goudja ou Goudjba, et l'indique dans la région qu'il signale comme produisant les meilleures noix de Kola. Cette localité se trouve près de la limite entre le bassin du Tchad et celui du Niger, par environ 11° 1/2 Lat. N. et 11° 40'
(1) D'autre part M. Rivierrequi revient (25 janvier 1892) d'un voyage d'exploration dans le Bena et le Tamisso (avec retour par le Foutali-Djalon) m'allirme que dans ces deux contrées de la Mellacorée, l'arbre à Kola est particulièrement abondant, et qu'on l'y rencontre partout à l'état spontané ou cultivé et toujours très prospère (10= degré de Lat. N. et 14" degré de Long. 0.) On ne trouve là que le Kola à graine rouge. Les nègres le plantent beaucoup dans le Béné et le Timene. 11 en existe beaucoup encore dans le Soumboya, sur les petites hauteurs et dans les terrains rocailleux. On en trouve aussi et abondamment sur tout le parcours de la grande Scarcie (rivière qui prend sa source dans le Foutah-Djalon), mais il est surtout très commun sur la rive gauche (anglaise) de ce cours d'eau. — Le Rio- Dubreka en est également très riche.
En ce qui concerne le Rio-Pongo, voici ce qu'en dit M. Boul, commandant de cercle, dans son article intitulé: Les dépendances du Sénégal (Revue maritime et coloniale t. LXXXV, 1885, p. 42, 55 et 56): « Le colatier que les Sousous appellant » l'Arbre d'or esl l'arbre sacré et vénéré. Les lois du pays punissent de mort tout ■» individu qui lerait subir une détérioration à un de ces arbres. Tous les colatiers » sont chargés de gris-gris (amulettes), bien en vue, pour en éloigner les malinten- » tionnés.lls sont assez rares au Rio-Pongo mais ils se trouvent en quantité considé- » rable dans le Koba et le Lalvata. Us y donnent ordinairement deux récoltes par )) année. La production annuelle moyenne de ces deux pays peut être estimée à 600 » tonneaux de noix de Kola qui approvisionnent les marchés de Freetown el de » Boulam directement. Le marché de St Louis (Sénégal) n'est approvisionné que » par ces deux intermédiaires. »
Long. E. (Greenvvich), à 500 mètres d'altitude daus le Bornou Méridional. « Il est même à remarquer, dit cet auteur, que » dans plusieurs Etats de ce pays, un des premiers dignitaires «porte le titre de Kola-ma; ne serait-il pas chargé, comme » l'est en Indo-Chine le porteur de la boîte à bétel, de pré- » senter incessamment une nouvelle chique à son souverain?»
En raison de la latitude élevée de ces régions il est fort probable que l'arbre à Kola n'y est pas spontané et que ces graines précieuses y arrivent par caravanes comme elles pénètrent dans toute la partie de l'intérieur du Soudan situé au dessus du 7° et 8° de lat. N., seule région où les arbres à Kola soient féconds, d'après des documents que je vais bientôt passer en revue. Le voyage récent du commandant Monteil dans la région parcourue par Rohlfs, nous renseignera sur ce point et j'espère pouvoir en donner, plus loin, un extrait dans ce livre même, pour ce qui a trait au Kola. Le rapport du commandant Monteil n'a pas encore été publié en fin février 1893.
Plus loin, Rohlfs, au sujet d'une station qu'il fît dans les collines au sud d'Hori, faite de partage des eaux entre le Niger et les tributaires de la lagune de Lagos (par 8° lat. N. et 4° long. E. Greenwich), dit : « Pendant la route, un habitant d'Emono » m'offrit quelques noix de Goro qui, d'après lui, seraient des » produits de cette localité (située dans la vallée supérieure de » l'Asoun). C'est possible, mais elles étaient très mauvaises ; » comme je l'ai déjà dit, les noix de Goro ne réussissent pas » partout ; les meilleures sont recueillies à Goudja ; elles ont » la dimension d'une grosse châtaigne ; l'extérieur est brun foncé «rougecàtre; quand on les coupe, elles sont rouges. Il y a deux » espèces que l'on peut distinguer en les coupant ; l'une, la » véritable, a un goût amer agréable, sans mucilage ; l'autre » est aussi rouge à l'intérieur, mais renferme beaucoup de mu- » cilage. Cette dernière, parce que d'ailleurs elle est moins » amère, se vend bien meilleur marché ! Enfin, on a encore la » noix de Goro blanche qu'on ne rencontre que près de la côte » et n'est pas recherchée, parce qu'elle est encore moins amère. » Cette dernière est probablement celle du Kola mâle {Garcina Kola Heckel).
Ces assertions semblent confirmées pour ce qui a trait à la
ao
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nrésence de l'arbre à Kola au 8» L. N. par ce que va nous rr;r;re L capltame Bin.er durant son --rqua Me voya.^^^ Bamakou à Grand'Bassam, en passant par ^^J^^^ ^^^^ le Mossi(l).Les faits relevés par cet eminent explorateui en
e qu l uche à l'aire d'extension du Kola, mentent dêtr "pporté^out au long, car nul n'a mieux élucidé ce point important de l'histoire du végétal qui nous occupe :
« Le Kola existe à l'état spontané sur toute la côte Occi » dentale d'Afrique, on le trouve jusque par 10» de Lat r^. , : mais il rei stérile par cette latitude (2). Son véritable habitat
« est compris entre 6o et T-SO' de latitude pour les régions
» qui nous occupent.
« Vers Sierra-Leone et le Ouorocoro, le Kola stérile est » signalé par 10°, tandis que dans les régions que j'ai visi- » tées j'ai rencontré le premier arbre à Kola stérile dans le » Coranza, près de Kimtampo, par S^S'. et près de Groumania, » dans l'Anno (8° Lat. N.) (3).
» Les premiers arbres en rapport se trouvent à Kamelinso ,) (près Groumania, par 7°50) et les derniers près l'Attakrou ), par 7°. La zone où l'arbre est en plein rapport semble )) donc être très limitée et comprise entre le 7» et le 8° par » l'Anno et le Ouorodougou.
» Bien que je n'aie pas visité ces derniers pays, il m'a » été donné de calculer assez facilement par quelle latitude se » trouvait le Kola. De Tengréla partent des itinéraires, bien ,, connus des marchands, sur Touté, Siana, Keni et Sakhala. » Les deux premières localités se trouvent, d'après les indi-
(1) Binger : Du Niger au golfe de Guinée par le Mossi el le pays de Kong. Paris, Hachette, 1892.
(2) Ce fait n'est pas risoureusement exact, au moins pour ce qui a trait aux régions littorales clerAfrique tropicale occidentale, car il arrive de fort belles graines de^Kola du Rio-Pongo et du Rio-Nunez qui sont par le 10= parallèle Nord el même au dessus pour Rio-Nunez. Du reste tous les voyageurs qui ont visité les terres avoisinant ces deux rivières du Sud affirment que ces végétaux y produisent abondamment. Ce que nous avons dit précédemment, sur le témoignage de M. Boul, nous dispense d'insister sur ce point.
(3) Il n'est pas douteux que le Kola fécond s'avance, sur la côte, bien plus haut vers le Nord que dans l'intérieur du Continent africain. On trouve, en efiet, des arbres producteurs de belles graines jusqu'au dessus du Rio-Numez, c est-à-dire par 11° de f.at. Nord.
» gènes voyageant avec des ânes chargés (faisant 16 kil. par » jour en moyenne) à 25 jours de marche, à peu près 350 kil. » dans une direction S. 0., ce qui place les marchés à 7°40' » de Lat. N., Sakala, d'après les mêmes calculs, se trouverait » à 7°20', Mais nous savons que les marchés sont situés à une » trentaine de kil. au N. des pays de production ; nous pou- » vous donc en inférer que les Kolas se trouvent par 7°15'.
)) Dans l'Achanti, l'habitat est sensiblement le même; les » missionnaires de Bâle et le Mâhly, qui ont exploré la » basse Volta, signalent le Kola dans l'Akam et l'Okouawou ; » or ces deux régions se trouvent précisément entre 6°30' et » V'-SO' ; on peut donc en déduire que le Kola se trouve en » plein rapport dans une zone comprise entre 6°30' et 7''30', et )) far extension, dans certaines régions du 6° au 8° ; qu'à Vétat » isolé et stérile, il est rencontré jusque par iO° de Lat. N.
» Sur le marché de Kong, on en voit deux espèces : le » Kola blanc de l'Anno (Sterculia macrocarpa) (i) et le Kola » rouge de l'Achanti (Ster. acuminata). Le Kola blanc de l'Anno » est de deux variétés : l'une d'un blanc jaune pâle analogue à » la couleur du Kola de Sakhala ou Ouorodougou, mais plus » petite que ce dernier ; l'autre, de la même grosseur, ne » diffère que par sa teinte d'un rose si pâle qu'il n'est pas » classé dans le Kola rouge par les indigènes ; on le vend » mélangé aux blancs sans différence de prix, ce qui n'aurait » pas lieu s'il était plus foncé ; car le Kola rouge est toujours » plus cher que le Kola blanc de même grosseur (2).
» Le goût du Kola de l'Anno est bien moins accusé que » celui du Kola rouge, mais il renferme une teinture rouge qui » est usitée par les indigènes en concurrence avec celle du Kola
(1) Le Sterculia macrocarpa dont parle Binger n'est évidemment pas une espèce nouvelle ; ce ne peut être qu'une variété de Sterculia acuminata P. de Beauvois: ce nom spécifique de macrocarpa avait du reste été donné par G. Don au Kola ordinaire (voir la synonymie au début de cette étude).
(2) Ce passage semblerait infirmé par l'observation suivante que je relève dans le voyage du D'' Crozat au Mossi (août 1891). « Oe Bobo-Dioulasou h Ouonroukoy. — Bobo-Dioulasou est un centre important. Les caravanes du Sud y » apportent des Kolas.... Ceux-ci appartiennent a la variété rouge. Us vien- » nent surtout du pays des Aclianlis et de l'Anno cl vont dans lo N. Ils )) valpnl à Boijo-Dioulasou 20 à 25 cauries l'un. »
EDOUARD HECKEL
. rouge. Comme teinture, le Kola blanc de l'Anno a donc les » mômes qualités que le Kola rouge de l'Achanti (1) »
Avant de passer au Kola de l'hémisphère sud Afr.cam, il convient de dire un mot de ce végétal dans le delta du Niger et du produit qu'il y donne, suivant un document que je traduis du journal The Chimist and Drugrjist (de Londres), du 28 janvier 1893 (pp. 156 et 157). dans un article non signé intitule : Five hundred Miles up the Niger (Cinq cent milles sur le Niger).
« Dans le bas Niger, où j'ai surtout cantonné, il ny a pas >> de Kola. Cependant les indigènes en sont très friands et en » consomment de grandes quantités qu'ils se procurent sur ,> tout le parcours de la route de Sierra-Leone au Niger, soit « en suivant la côte, soit tout le long du fleuve. Le prix du Kola, „ dans le delta du Niger, est plus élevé qu'en Europe, car les natifs paient une gousse la valeur de 0 fr. 50 et elle ne contient habituellement guère plus de 4 à 5 grains de Kola, quelquefois, accidentellement, il s'en trouve jusqu'à neuf. » On voit de grandes quantités d'arbres de Kola à 200 mille » environ (80 lieues françaises), dans le haut du fleuve , dans „ une localité appelée LoJcoja. A 70 milles environ (28 lieues ,, françaises), au dessous de Lokoja, les arbres à Kola cessent » et on peut descendre eu droite ligne jusqu'à la côte sans » en rencontrer un seul.
» Au dessus de la côte, dans l'intérieur, quelques arbres » ont été plantés et fleurissent, bien qu'ils soient de très lente » croissance et d'un bois dur à grains serrés. A l'âge de 5 ans, » les arbres commencent à produire, mais sans donner une » grande quantité de fruits. Dans chaque localité, tout notable » ou chef de famille est obligé maintenant de planter un certain » nombre de pieds de Kola ; leur nombre deviendra donc, ce » n'est pas douteux, graduellement plus considérable dans le » district du Niger. Le Kola mûrit toute l'année, mais la princi- » pale récolte est en octobre. Les indigènes ne consomment » que le Kola frais, ils ne veulent pas en user de sec et ils
(1) Il est aussi, comme propriétés physiologiques, absolument semblable, à l'intensité près, au Kola rouge, et il a la môme composition chimique qualitative sinon quantitative, la matière colorante seule dillère un peu. Nous reviendrons sur ce point.
» font en sorte d'en avoir constamment à l'état frais une provision, » malgré la lenteur des communications avec les contrées pro- » ductrices, en les conservant avec soin dans des pots en terre.
» La ligne de partage entre les populations payennes et musul- » nianes de l'ouest africain traverse les territoires de la 0*° » du Niger, j'ai donc eu des facilités spéciales pour observer » les caractères particuliers à chaque peuplade. Les populations » qui sont le plus adonnées à l'usage du Kola sont celles du » Haoussa, essentiellement mahométanes : elles appellent cette » graine du nom de Gourou. Un visiteur arrive-t-il dans le » Haoussa (vers 10° lat. N. et 9° long. E), le premier soin de l'hôte » sera d'apporter deux Kolas dans une calebasse et de les lui » offrir comme un gage de paix. L'étranger doit prendre une » des semences, en manger la moitié et passer le reste à son » hôt: Houssa. Le mot Kola signifie aussi présent, et quand un n indigène adresse au visiteur cette phrase « donne-moi du 1) Kola » il ne s'attend pas à ce qu'on prenne sa demande au » pied de la lettre.
» Dans les rivières à huile de palme, le Kola n'est pas du » tout un article européen destiné pour le commerce, mais » les indigènes le recherchent beaucoup. »
Passant de l'hémisphère nord à l'hémisphère sud, nous allons poursuivre l'aire d'extension du Kola depuis la côte jusqu'à une certaine profondeur du pays, en commençant d'abord par les Colonies Françaises (1), mais en faisant bien remarquer qu'il s'agit, le plus souvent, d'un autre Kola dominant, fourni par le Kola Ballayi Cornu mss.
Le regretté M. Pierre, mort récemment directeur du Jardin d'Essai de Libreville (Gabon), m'a fourni, dans sa correspondance, d'importantes données sur l'habitat du Kola du Gabon tout à fait différent, je le répète, comme origine botanique, du Kola des rivières du Sud.
(1) Le lecteur ne devra pas perdre de vue que tout cet historique quoique confondant, sous le litre de dispersion géographique du Kola, en un tout, les arbres producteurs de cette graine dans l'un et l'autre hémisphère, laisse cependant subsister ce fait important que le végétal spontané dominant au Gabon-Congo et dans tout l'hémisphère Sud, s'éloigne si sensiblement de celui de l'hémisphère Nord et du Soudan, qu'il a été élevé au rang d'espèce sous le nom de Kola Ballayi Cornu viss. Nous reviendrons longuement sur ce point.
34 ÉDOUARD HECKEL
« Vous me demandez, dit-il, si l'on trouve du Kola partout » dans le Congo Français ; oui, il y en a partout et les mdi- » gènes ne s'en servent que comme aliment. A la récolte ils « mettent les graines en terre soit dans une caisse, soil dans „ une maison, et les prennent au fur et à mesure de leurs >, besoins. Mais dans ces pays-ci on n'en fait pas la consom- » mation que l'on en fait au Sénégal. Il y a, je le répète, des Kolatiers spontanés partout: à Bata, dans l'Ougoué, à ioan^/o, dans ,) les possessions portugaises de Landana, sur le Congo, jusqu aux ,, Falls dans l'Oubanghi. J'ai vu des Kolatiers à Loango et » M. Augouard, que j'ai rencontré dernièrement, m'assurait qu'il » existait dans l'intérieur. Le Kolatier est ici un arbre à crois- ,, sance assez lente, de 12 à 15 m. de haut, 20 m. au plus, ,) recherchant surtout les endroits humides. On le rencontre )) sur le bord des fossés d'eau courante et quelquefois dans )) l'eau. — 11 se multiplie par marcottes. — On trouve aussi » le Kola à l'île St-Thomé, suivant un Français habitant cette » île. M. Fourneau, qui a échappé au désastre de la mission ,, Crampell et qui s'est avancé jusqu'à 8° lat. N., m'affirmait » en avoir rencontré partout aussi dans ces régions éloignées » où il est d'un usage constant.
» La question de l'aire du Kola est donc facile à résoudre » pour le Congo ; le Kolatier se trouve dans tous les points » du Congo Français (1). On le rencontre aussi sur les terres du » Congo Belge ; dans le pays Botéké entre autres, les Kolas
(1) Cette appréciation se trouve corroborée par les passages suivants (|ue j'extrais du Bulletin de la Société de Géographie de Paris. On Ut en effet dans cette publication, 7' série 1889, p. 285, à l'article anonyme intitulé Première exploration, de la Vallée de l'Ogooué « Ke rivage de la mer et les bords des rivières sont coun verts de palétuviers, de pandanus, de bananiers, etc.. A côté, se balancent de n magnifiques Sterculias qui ne sont pas exploités et qui pourraient donner en » très grande quantité de cette noix de Gourou ou Kolat si recherchée et payée » si cher par les caravanes de la Sénégambie et du Soudan, n En 1891, 1" trimestre, p. 213, on lit, dans un article de M. Fourneau intitulé De l'Ogooué au Campo (voyage exécuté entre 0» et 2» de Lat. Sud, et 9''5 et 8»9 de Long. E.) les lignes suivantes : «Les essences forestières sont magnifiques et puissantes... Les arbres 1) produisant VAlbamé, le N'Koula et le Kola abondent. 11 ne faut pas confondre n la noix de N'Koula ou noix de brousse avec le fruit du Kola, dont les propriétés » nourrissantes et fébrifuges sont si fort estimées. » Nous verrons du reste, que les espèces du Congo dillèrent lout-à-fait du Kola acuminata soit spécifiquement, soit comme valeur de la graine.
» blancs et rouges servent d'échange d'amitié ou de guerre.... » J'ai vu, comme vous, des graines rouges et blanches dans » la même gousse, mais jamais parfaitement blanches ; elles » sont jaunâtres. La question des races, des espèces et des » variétés dans les Kolatiers du Congo me paraît assez em- » brouillée.
» Je crains que de longtemps on ne puisse émettre une K opinion certaine sur ce sujet. Je ne crois qu'à une seule » espèce de Kola, du moins parmi ceux que j'ai vus dans cette » région équatoriale, savoir : Kola de Loango, Kola de l'île » St-Thomé et du Gabon. Cette espèce a évidemment créé des » races et des variétés qui ne peuvent être reconnues que » par la sélection, la culture, la récolte et la comparaison » des fruits obtenus de sujets provenant d'origines bien con- » nues. Or, tout cela est à faire. Dans l'Ogooué, il y a, m'a- » t on dit (mais je fais des réserves sur ces renseignements), » trois formes de Kola, connues des noirs sous les noms » d'Omnga, Toute (celui-ci serait un peu jaune) et Ombéné. » Sont-ce là des noms appliqués à des variétés ou des races » différentes, ou bien les dénominations diverses appliquées » par différentes tribus au même objet? Je n'ose vous l'affirmer, » mais je ne crois qu'à une seule espèce. M. Max. Cornu, » prof, au Muséum, a reçu, de moi, un échantillon dans l'al- » cool du Kola de St-Thomas (île portugaise située à 160 mil- » les à l'Ouest du Gabon). Il y a là un fait curieux, c'est la » similitude des deux flores insulaire et de la terre ferme. » Le Kola du Congo n'a cependant jamais été introduit à l'île » St Thomas, que je sache. Les Kolatiers du Congo recher- » chent les terres humides, même le bord des courants, ou I) le voisinage des eaux stagnantes. Le Kolatier est un arbre » qui fleurit au Gabon en juin, et donne de grandes récoltes » en novembre, décembre, janvier et février. Il fleurit presque » continuellement, mais en très petites quantités. Le Kolatier » que j'ai vu à St-Thomas se rapporte exactement à celui » du Loango, qui a la graine plus plate que celui de Libre- » ville.
Voici encore M. Delavoipière, agent colonial à Lopé (Gabon), poste situé sur le cours de l'Ogooué, qui nous dit: «J'ai ren-
36 EDOUARD HECKEL
» contré peu d'arbres à'Ombéné, mais j'ai constaté qu'ils y «étaient de belle venue. ... J'ai remarqué le Kola aussi bien » dans les bas fonds marécageux que sur les hauteurs. Ainsi, » au village de Zoundji, qui est bâti au sommet d'un mamelon, » j'ai vu ces arbres avec une végétation très-exubérante. Le » fruit est employé par les indigènes comme astringent et » ils le consomment surtout pour calmer la faim. A mon avis, ))il n'y a qu'une seule espèce de Kola, et c'est la rivière y)Ingounié qui en fournit la plus grande quantité dans le bas- » sin de l'Ogooué. »
D'autre part, M. Goujon, chef de bureau de la Direction de l'intérieur, qui s'occupe avec succès des questions de botanique tropicale, me transmet sur la région du Gabon (environs de Libreville), les renseignements suivants concernant le Kola dans cette zone :
« Les indigènes des environs de Libreville désignent sous » le nom commun d'Ombéné (1) des plantes qui sont peut-être » des espèces différentes, mais qui, ■ dans tous les cas, consti- » tuent certainement, tout au moins, des variétés très tranchées, » différenciées par la forme et la couleur de l'enveloppe du » fruit, par la grosseur de l'amande, par le constant avorte- » ment d'une partie du bouquet floral ou la constante fructi- » fication de la totalité de ce bouquet. Ces variétés paraissent » régionales. Dans les environs de Libreville, on trouve sur- B tout une variété de petits fruits ne renfermant chacun que » deux ou trois graines mais dont toutes les fleurs nouent et » arrivent à maturité. Dans l'Ogooué, au contraire, ce serait » une variété à gros fruit, renfermant douze ou quinze aman- » des, mais dont une seule fleur (quelquefois deux) noue et » mûrit, qui dominerait. Autour de Libreville (bois de Sibanf/) » se trouve aussi une variété à coque épineuse et rouge, à » laquelle les indigènes donnent le même nom et emploient » au même usage, mais qui est peut-être une espèce diffé-
- (1) D'après M. Jobet, représentant de la maison Conquy aîné, au Gabon, on y connaîtrait deux variétés de Kola qui produisent deux graines de grandeur sinon de propriétés différentes. L'arbre qui produirait la plus grosse graine aurait nom Ibanga et celui qui produirait la plus petite s'appellerait Ombéné. Nous reviendrons plus loin sur la question botanique du Kola du Gabon.
» rente (1). L'Ombéné mûrit ses fruits à l'approche de la » petite saison sèche (janvier, février). Sa principale récolte B dure trois ou quatre mois, mais les indigènes en apportent » à Libreville toute l'année, par très petites quantités, il est » vrai. L'arbre n'est cultivé nulle part, sauf un pied planté » dans la propriété Georgi aux environs de Libreville... Les » quelques arbres que j'ai vus avaient tous le pied dans l'eau; » c'étaient d'assez gros arbres, ayant le tronc de la taille du » corps d'un homme et 7 à 8 mètres de hauteur à la cîme. » Je n'en n'ai vu qu'un seul qui fut jeune et, par exception, » il avait été planté de mains d'homme près d'une case de » nègre congo à Libreville ; il avait 4 ans, le tronc était de » la taille de la cuisse, l'arbre pouvait avoir de 4 à 5 mètres » de haut, à la cîme ; il ne produisait pas encore, et, chose re- » marquable, ses feuilles étaient trois ou quatre fois plus grandes » que celles des arbres adultes. La culture du Kola serait » facile pour un homme intelligent et surtout pas pressé de » jouir, ce qui est rare à la côte.
En dehors des possessions françaises, le livre de Stanley « Dans les ténèbres de l'Afrique » (Lib. Hachette, Paris, 1890. T. IL p. 102), par 1° 4' de lat. S, près du lac Edouard Nianza, contient ce passage très significatif qui met en cause le cœur même du continent africain : a Nous mâchions jusqu'à la noix » de Kola, bien plus, il faut l'avouer, pour la santé de nos » bronches que pour calmer les tourments de l'estomac ». Il est évident que ce voyageur trouvait le Kola sur sa route ; il ne l'avait pas emporté avec lui à un moment où tout lui manquait. Mais à quelle espèce de Kola a-t-il eu affaire ? assurément pas au vrai Kola, qui eut tout au moins apaisé les angoisses de sa troupe affamée, mais à quelque espèce dont les graines sont très riches en mucilage comme Cola digitata, par exemple, dont nous nous occuperons plus loin.
(1) Nous verrons qu'en effet c'est là une espèce diflérenle [Cola digitata Mast.) et qui, quoique employée dans ses graines, comme le dit M. Goujon, aux mêmes usages que ÏOinbéné par les indigènes du Gabon, n'en a aucune des propriétés caractéristiques. Ce n'est pas un aliment d'épargne. Les Pahouins le nomment Ombéné ni-Polo. L'espèce des environs de Libreville (bois de Sibang) est le Cola gabonensis Mast.
gg KUOUARD UECKKL
Ceuendanl le Cola Ballayi. dont les graines, nous le verrons
se ra .ocuent de celles du Cola -^,;;— e
abondant dans la région qu'a parconrue Stanley Vo.e, en enet, les renseignements que me transmettent '»/ ;^ P» "'' MM. Dibowsky et Fondère, célèbres explorateurs l^^^^lT II région du haut Oubanghi. Je donne tout d'abord 1 opm.on de
M. Dibowsky (in liUeris). . . . , i„ („rM de
« J'ai trouvé le Kola à l'état dissém.ne dans la lor d . Mayombé, entre le Loango et Loudima. Les arbres néta ent , en ce moment ni en floraison ni en fructittcat.on. Cependant, . les caractères végétatifs semblent indiquer qu'on a aflaire au . sur. acumimia (1). Les indigènes y sont peu avides de ces
» graines. ^ ,
,, Les Kolas sont extrêmement abondants dans tout le moyen ,, Oubanghi. Mes Sinagarais pouvaient, pour une barette (0 fr. 15), » s'en procurer une douzaine de gousses que les Boujos venaient „ vendre. Les représentants de cette plante se rapportent a ,, l'espèce que M. Cornu a désignée sous le nom de C. Ballayi. » Les graines sont d'un rose souvent assez vif.
» Avec la grande forêt équatoriale qui cesse vers 4° Lat. N., » les Kolas disparaissent. D'ailleurs, la végétation entière subit ,) dès lors des modifications profondes et prend quelque analogie » avec celle du Sénégal. Les Tamarins, les Bassia et les Parkia ), apparaissent. Sur les bords du Thari, j'ai trouvé enfin une » végétation toute spéciale caractérisée par des Bambous, des » Encephalartos et pas un seul Kola. »
Voici maintenant les renseignements verbaux que je tiens de M. Pondère sur la même région du Congo et du haut Oubanghi. On remarquera leur absolue concordance avec ceux
de M. Dibowsky :
« Sur la route de Loango à Brazzaville, on trouve dans la
(1) Je Départage pas absolument, à ce sujet, l'opinion de M. Jean Dibowsky: la description de la graine de la forêt de Mayombé, telle que me l'a faite M . Pondère verbalement, semble me prouver que le Cola acuminata n'existe pas plus au Congo qu'au Gabon,' où je suis absolument sûr qu'il n'existe pas spontané. L'Ombéné qui est le Kola (graine masticatoire) des Gabonais est la graine du Cola Ballayi et on n'en trouve pas d'autre au Gabon: sa forme est caractéristique et ne permet pas de la confondre avec la graine du Cola acuminata. J'insisterai sur ce point dans la partie descriptive de l'espèce du Gabon-Congo.
LI2S KOLAS Ali-RICAINS
» fortH de Mayombé des pieds de Kola en abondance mais pas » lassés en groupes compacts ; ils y sont disséminés à des » distances assez rapprochées du reste. La graine de ce Kola » n'y est pas l'objet d'un commerce étendu ; les indigènes se » contentent de recueillir une certaine quantité de la récolte » pour l'échanger contre du poisson avec les nègres qui habitent » sur le bord de la mer à 20 kilomètres de là et où il n'y a pas » d'arbre à Kola. La graine est appréciée dans toute la région: » on la consomme à l'état frais et par mastication comme dans » la Gambie et les Rivières du Sud.
» On trouve le Kola spontané plus haut sur le cours du Congo » jusqu'à Loudinia (sur la rivière Niari-Killiou), mais dans tout » le Congo il est planté autour des villages.
» De Brazzaville jusqu'à l'embouchure de VOubanghi, on le » trouve spontané et sporadiquement disséminé mais en quantité » moindre que dans la forêt de Mayombé.
» Sur les bords de la rivière de VOubanghi, à partir de 1° de » Lat. N. jusqu'aux rapides de cette rivière, on le retrouve en » forêts et en grande quantité : dans les clairières de la Sylve » (de Stanley), ou le voit aussi, mais planté, autour des habita- » tions des nègres. Là, il n'est l'objet d'aucun commerce d'échange, » mais les indigènes le consomment. »
Sur la côte orientale d'Afrique, ce végétal semble parfaitement inconnu dans les lieux où il n'a pas été introduit par les Anglais ; toutefois on peut élever des doutes à cet égard quand on lit dans les voyages du Schweinfurth, Au cœur de l'Afrique (Paris, Hachette, t., 1, ch. XI, p. 345, trad. M°»e H. Loreau), que parmi les formes imposantes de la végétation dominait un Sterculia du genre Cola et qui est appelé Kokkorokou dans le pays (chez les Nyams-Nyams, près du lac Nyanza). Et plus loin (ch. XIV, page 46, t. II) chez le roi des Mamboutous, par 24» long. E. et 3° lat. N., je relève la conversation suivante qui ne semble pas laisser de doute sur la présence du Kola à l'Orient Africain : « Je demandai au roi » si je pouvais avoir une noix de Kola et le roi répondit à » mon désir en me passant un fruit à l'enveloppe rosée. Me » tournant alors vers Abdès-Samatte, je lui exprimai l'éton-
KDOUAUD HKCKEL
t ir, friiU r\p l'ouest dans le «nement que j'éprouvais en voyant le f.uit de ion
»pays de Momboutous » ^^^^.^^
J'espérais ainsi l'amener à me donner qu 4 « mais j'eus beau faire, je ne pus entamer avec ^-^J^^^^ . sion ^.rapbique ^1- l'aa.ais vouU. en.a.e. J ^^^^^^ ,) lement qu'on trouvait la noix de Kola dans le 1 y : sauvage que les indigènes l'appelaient Nangoue et qu ils en „ mâchaient des tranches pendant qu'ils fumaient. »
Karsten. dans sa Flore de Colombie {loc. cit.), a décrit ce vé^^étal comme spontané dans cette contrée du centre Améiqu « Dans les forêts humides et chaudes, prés de la côte « septentrionale du Venezuela, sur le versant oriental du mont » Naignata, auprès de la ville de Curiepe, les ^^^igènes 1 p- » pellent Ecla. » H n'est pas douteux pour moi que Karsten a été abusé par une introduction du végétal en Amérique. La situation du pied ou des pieds observés par ce botaniste auprès de la ville de Curiepe, me confirme dans cette appréciation C'est probablement vers la môme époque que le Kola fut introduit dans une de nos colonies d'Amérique (la Martinique), ainsi que me l'indiqua M. Thierry, alors directeur Jardin des Plantes de Sl-Pierre (1), dans une lettre datant de 1882
Cette introduction en Amérique, commencée vraisemblablement avec le siècle, constitue un mouvement qui, depuis, ne s'est pas interrompu un seul instant, et il n'est pas douteux que les nègres Africains, dans leurs migrations volontaires ou forcées vers l'Amérique, ont emporté avec eux cette graine précieuse et l'ont semée dans leurs nouvelles patries pour s'en
(1) Je copie textuellement ici le passage d'une lettre de M. Thierry, ayant trait à cette introduction : « Nous n'avons à St-Pierre qu'un pied de St. acunnnata, encore est-il à l'ombre et mal placé, si bien que les gousses mûrissent mal et que la récolte est médiocre, Autrefois il en existait un autre, paraît-il, dans un endroit plus ensoleillé; il produisait plus abondamment et plus régulièrement, on l'a abattu depuis longtemps. C'était, m'a-t-on dit, au temps de l'esclavage. Ces deux pieds de Kola avaient été introduits par le premier Directeur du Jardin, qui les tenait d'un sien ami chargé du service des transports au Sénégal. Je m'étonne beaucoup de voir le pied que je possède ne pas être plus gros étant arrivé à cet Sge avancé; il ne mesure en eilet pas plus de 0,23 cent, de diamètre à la base, et cependant il pousse vigoureusement. Il donne deux Iructificalions par an, l'une au commencement de la saison sèche, l'autre au commencement de l'hivernage : la première est peu importante. » (Voir lig. 3),
EDOUARD HECKEL
assurer le perpétuel usage. Ilsont fait de m.,n,e PO^^^^^^'ll^^^^ entre autres pour le C. cor^ifrlm R. Brown., ' ^^J^^
aes déliées des A.ricains et 7;' »;™;;;::r„o v/j^a. Co.; duMaroni (Guyane Irauça.se) (1). ^ ."Ure^P^ ■ » ^ i ,^ a ét. introduit 3;",ans ° fOcéin
finns les Indes Occidentales, aux bejciH.iics, ndL " Calcutta, Cambridge (Etats-Unis) Ceyl.n Deme,-
. . / l'An^iirimip) Maurice, Zanzibar, eulin dans pt Dom nicme (pour 1 Amérique;, maum. ,
e Nord di l'Australie. Dans" le ^^^^^^^^'^ Amsterdam (29 nov. 1890), nous trouvons : ^ ^^^l^ ^^^^^^^^^^^ » gène de l'Afrique tropicale occidentale, de a Gumée «UP^"^^^^^^^^^ » Lau'au Congo; mais on s'occupe actuellement de 1 m porter dans a plupart des pays tropicaux, et est transplante dans les îles des Indes Occidentales et dans certa.nes parties de 1 Im r^ue tropicale. . Dans le rapport du Directeur des Jardins It ptntat'ions i^blics à la Jamaïque (année 1883), nous lisons encore ceci, à propos du végétal qui nous occupe: « Ce. » plantes intéressantes sout très répandues dans 1 île, et on » continue à les cultiver, dans l'espoir qu a la fin el e „ seront reconnues comme article de commerce. Larbre est » rustique et très facile à planter ; il ne serait pas difficile de « livrer annuellement de grandes quantités de noix qui pour- )) raient être expédiées continuellement de la Jamaïque, Gre- « nade et d'autres endroits des Indes Occidentales ; la seule ,) difficulté a été jusqu'à présent le bas prix qu'on offre ici » de ce produit. » Et plus loin : « Cet arbre qui a attire ), l'attention, ces derniers temps, est connu dans difiérentes par-
Ci) Bâillon (Etudes sur rherbier du Gabon. Adansonia, X, 1871-73, p. 168 el
^"^Le Cola cordifoliaW. Brown., dont je nai pu me procurer les graines pour l'analyse est un grand et bel arbre commun dans les forêts du Cayor, des Serères, du Bip el de la Casamance, à feuilles alternes, dures, coriaces, argentées en dessous La portion comestible des graines est leur ariUe dont la saveur sucrée est lort agréable : c'est là le N'taba des indigènes du Soudan où il est si commun. Les graines de ce Kola ne sont pas utilisées par les nègres comme celle du Gourou; il V a donc lieu de croire qu'elles ne renferment pas de caféine. Le bois de ce Cola est employé comme celui du vrai Kola. Cet arbre est le Ndimb des \ololTs, le Danla des Mandingues elle Tabackle du Cayor. (2) Report of the Progress of Kiew, année 1880, p. 1i.
» lies de l'île sous le nom de Byssi et peut produire une » grande quantité de graines. »
J'ajoute enfin que, par mes soins et par mon initiative, elle a été introduite aux Antilles Françaises (Guadeloupe et Martinique), à Cayenne, en Cochinchine, à la Réunion et à Madagascar.
A la Réunion, voici comment se comporte l'acclimatation de cette espèce, d'après les renseignements transmis en septembre 1891, par le regretté M. Potier (Directeur du Jardin Colonial, de St-Denis), mon zélé et savant correspondant dans cette île, récemment décédé, et à la mémoirede qui je me plais à rendre ici un hommage public:
« 240 plants environ ont été distribués, dit M. Potier ; à » la Providence (Succursale du Jardin Colonial) quelques-uns » ont atteint trois mètres de hauteur, après quatre ans de » plantation ; à Suzanne, située à deux cents mètres de la » mer, ils ont près de quatre mètres de haut, toujours après » le même nombre d'années. L'acclimatation commence à se » faire. Quant aux derniers reçus (nov. 1890), ils sont en » pépinière en ce moment et ont bel aspect. Ils atteignent » une hauteur de cinquante centimètres en moyenne, et seront » distribués en novembre à des personnes déjà inscrites et » sur lesquelles on pourra compter pour les soins à donner. » On pourrait trouver actuellement l'emploi de 10,000 Kolas, » à la Réunion, tant les propriétaires sont désireux de repro- » duire ce précieux végétal. »
Le 12 juillet 1892, M. Potier m'écrivait : « Nos Kolas, dans » certaines localités, sont quasi stationnaires, dans d'autres ils » mesurent trois mètres à trois mètres quatre-vingt-dix de » haut. Ils se font bien mais lentement au pays. » 11 est douteux qu'ils fleurissent et fructifient dans cette île, à raison de sa latitude (20°) élevée dans l'hémisphère Sud qui est, on le sait, plus froid que l'hémisphère Nord, à latitude égale.
De Cochinchine, M. Brousmiche, alors Directeur du Jardin d'Acclimatation, m'écrivait en novembre 1888 : « Lorsque j'ai » pris la direction du Jardin botanique de Saigon, j'ai trouvé » vos pieds de Kola dans un état déplorable. 11 m'a fallu les » mettre en pépinière et je me suis empressé de distribuer
[^^^ EDOUARD HECKEL
>> les plus valides aux administrateurs et ^^'^^ f .l^^^^ „ chent à acclimater les plantes iles. 1^-'^-^' ..^f ^ ^ " „ et à Soctrang-, les pieds plantés sont en ^-^^ „ Ceux du Jardin ont repris de la vigueur et ne demandent
" 'je^nedouCpas" d'autre part, que les nombreuses tentatives d'introduction faites, soit par mes soins, soit par d au res, a la Guyane et aux Antilles, n'aient le même succès ^'acclnna atmn qn'à la Réunion et en Cocliinchine, car déjà, pour Antilles tout au moins, nous savons qu'au Jardin botanique de St-P.erre (Martinique), ce végétal existe et y produit régulièrement des graines (1). Nous savons, en eiïet, quece- végétal vit, fleurit et Iruc-
(1) Au dernier moment j'apprends que M. NoUet, Directeur du Jardin botan^^^^^ de St-Pierre (Martinique) et ses prédécesseurs dans ce poste, ont fait distiibue. aux divers colons de cette île 500 pieds de Kolà venus en pépinière au jardin, et qu'ils sont dans une situation prospère.
Voici la situation exacte de la distribution des Kolas la.tc aux colons de 1 île de la Martinique par les soins des divers Directeurs du Jardin botanique qui se sont rapidement succédé à la tête de cet établissement et auxquels j'avais recommande la propagation de ce végétal précieux :
En 1888 19 sept. 4 pieds à M. E. Ueynal, à St-Pierre
14 nov. 4 — — Massias de Bonne, à Fontaine-Chaude 17 ] — Faring, à Morne rouge 26 oct. 1 — — ïhoré, à Vauclin En 1889 23 juil. 6 — — Uumeix, à Port-de-France En 1890 15 sept. 10 — — Giiérin, à Usine St-Pierre
15 2 — — Royer, à Lamentin
ig 5 Bardary, à Habitation Parnasse (près Le Carbet)
27 — 4 — — Lemaistre, à Habitation Montagne — 8 — 0 — — D"^ Thaly, à Gros-Morne En 1891 27 janv. 2 — — Brunei, à St-Pierre
17 fév. '4 — — Brunei, à Habitation tricolore
17 4 — — St-Félix, à Fort-de-Francc
26 3 — — Sévère, à Case Pilote
— 3 avr. 4 — — Aug. Gottralt, à St-Pierre
18 [léc. G — — Jardin hôp. militaire à Fort-de-France
23 sept. 10 — — Osnat, à Case Pilote 15 juin 73 — — D'^ Thaly, à Gros-Morne Le docteur Thaly en a reçu 100 pieds en 1885, et en 1892 (janvier) 100 autres pieds.
Il existe au Jardin botanique de St-Pierrc (Martinique), à ce jour, un pied de Kola ancien (flg. 3) très éprouvé par le dernier cyclone, un arbre plus petit qui n'a pas soulTert du cyclone d'août 1891, il ne donne pas encore de fruits, plus trois petits arbres plantés en 1889 ayant 55 centimètres de haut en moyenne. EnQn la pépinière contient 249 plants à distribuer.
tifie sinon luxurieusement du moins suffisamment au Jardin botanique de St-Pierre (Martinique). Le Kola a été sans doute répandu dans des colonies anglaises autres que celles dont j'ai donné le nom ci-dessus si j'en juge par le passage suivant tiré de Vlndisek merciiur (Amsterdam, 29 nov. 1890) : « M. Salmon, qui était » autrefois administrateur gérant de la Côte-d'Or, et, plus tard, » commissaire en chef aux îles Seychelles, démontrait que la » noix de Kola pourrait être cultivée dans les pays de l'Orient » [Keic Report, 1881). A partir de 1880, ce végétal était multi- » plié à Kew et distribué aux jardins botaniques dans toutes » les parties de l'Empire où sa culture pouvait avoir de bons » résultats (1). »
Je ne puis terminer cet exposé sans faire connaître que j'ai adressé, et que*le Muséum de Paris a expédié tiussi, des plants et des graines de Kola au Jardin botanique de Buitenzorg (1888) pour que la plante soit propagée dans cette belle colonie hollandaise de Java, où certainement elle doit prospérer, grâce aux bons soins de l'éminent directeur de ce jardin botanique, M. Melchior Treub. Enfin, fait plus capital, une compagnie allemande a expédié l'an dernier en Nouvelle Guinée (où elle a des comptoirs), une quantité considérable de graines de Cola acuminata, pour assurer l'introduction de ce végétal dans cette vaste possession allemande située entre le 49 et le 9^ degré de Lat. S. Dans ces conditions,. tout fait supposer que l'introduction de ce végétal s'y fera sans difficulté: ces efforts établissent bien que l'exportation en Kola de sa colonie africaine de Cameroun ne suffit plus à l'Allemagne. C'est un point important a noter au passage.
Voici, d'après M. le Thaly, quel est l'état de sa plantation de
(1) C'est sans doute à ce mouvement parti delà métropole qu'il faut attribuer la richesse actuelle ea pieds de Kolas de certaines îles anglaises des Antilles, notamment à la Grenade, où de vastes pépinières ont été fondées. Les Anglais de Demarara (Guyane anglaise) se livrent aussi activement à la propagation de ce végétal sur la partie continentale du nouveau monde tropical. Je ne sache pas que malgré mes envois réitérés de graines, il y ait en ce moment dans notre Guyane française un seul pied en bon état de Cola acuminata, sauf les deux spécimens que M. Geoffioy a apportés à Kourou du jardin botanique de St-Pierre (Martinique) en 1891, lorsque ce pharmacien des Colonies est allé remplir, sur ma demande à la Guyane, son importante et fructueuse mission scientifique.
EDOUARD HECKEL
Kolas, dans sa propriété du Gros Morne (lettre du iO ro^ 1892) • « J'ai commencé ma plantation en 1886 , mes premiei s lèves ont donc en ce moment un peu plus de cmg ans Lenr croissance ne laisse rien à désirer; quelques-uns on déide nq à six mètres de hauteur; ils se développent a c force, le sol et le climat leur paraissent favorables Les plus grands comme les plus jeunes ont parfaitement réussf et supporté les violentes secousses du cyclone du a ùt demie'; toutes les feuilles ont été emportées, mais es branches formées d'un ligneux solide ont résiste victorieusement. En ce moment, nos arbres se sont recouvert „ de feuilles nouvelles, on n'y voit plus trace ce la nui „ funeste pendant laquelle ce malheureux pays a ete brisé e „ ruiné. J'attends les premières fleurs, j'es*père les voir bientôt » et vous en signalerai la venue. » . , - At.i
On ne pouvait espérer mieux de l'acclimatation de ce végétal à la Martinique, si l'on en juge par les observations s, importantes du Thaly qui ont porté sur une plantation de 206 pieds de Kola en six ans. Tout fait donc espérer, comme on devait le prévoir d'après les succès obtenus depuis longtemps au jardin botanique de St-Pierre, que le Kola aaminata réussira pleinement dans notre colonie des Antilles, bien qu'elle soit placée dans l'hémisphère nord, sur un parallèle (exactement 14° 23' 42") que ce végétal n'atteint pas spontanément dans la zone africaine, d'où il est originaire; à la Trinidad il existe des pieds nombreux de ce végétal ; à Grenade (petites Antilles), le Directeur du Jardin des plantes en a fait d'importants envois aux colonies voisines, de ses pépinières.
Contrées, lieux, nature du sol. — Dans toutes les stations naturelles que nous venons d'énumérer, le Cola acuminata recherche les terrains humides situés au niveau de la mer ou à peu près. Le Kola du Gabon (Cola Ballayi) recherche même les bords des cours d'eau, comme nous l'avons vu. Sur la côte de Sierra- Leone, on rencontre encore de très beaux arbres de Cola acuminata, à 200 et 300 mètres d'altitude, mais au-dessus, de 350 à 400 mètres, on n'en trouve plus. C'est probablement pour avoir méconnu ces préférences que la culture de ce précieux végétal a
été inutilement tentée au Fouta Djalloa (1) dont le climat se rapproche cependant beaucoup, dans certains points, de celui de Sierra-Leone, bien que ce royaume important soit situé un peu au-delà du dO» latitude Nord, au-dessus duquel nous avons indiqué que le Kola ne croissait pas normalement. En dehors de ce parallèle cependant, il vient facilement et naturellement au Rio- Nu nez par 10°, 5' (2).
A partir de cette rivière, l'arbre devient plus rare et cesse complètement de se montrer dans le Boulam, l'archipel des Bissagos, Rio-Grande, etc. Les contrées de l'Afrique occidentale dans lesquelles ce végétal est le plus abondant, sont le pays des Lokkos et de Timné, du côté de Porl-Lokko et le territoire de Bambals, sans oublier la Mellacorée et le Rio-Pongo. Mais, certainement, la situation qui convient le mieux au Kola est celle dans laquelle se trouve le district de Zoong et de Massimerat. A la limite inférieure de son aire d'extension, c'est-à-dire au Congo, il ne nous est pas possible de fixer les zones exactes de végétation de cette plante, mais il en existe des forêts entières dans ce pays, comme nous l'avons vu déjà, en nous occupant de l'aire de végétation du Kola spécial à cette région {Cola Ballayi).
Production, récolte. — Sur la côte occidentale d'Afrique, le Cola acuminata commence à donner une récolte vers l'âge de quatre à
(1) M. l'admiuistraleur colonial Noirol, dont ratleiilion est éveillée du côté des cultures et des pliiiiles spontanées utilisables dans les pays quMl administre, me conflrmait récemment (août 1892) cette donnée, en m'allirmant avoir vu au Foutah- Djallon de beaux pieds de Kola, mais incapables de donner des graines. Ce n'est donc, dans ce pays montagneux, qu'un arbre d'ornement. Cette appréciation est confirmée par le haut témoignage de M. le D'' Jean Bayol, ancien gouverneur des possessions du Bénin, bien connu par son exploration au Foutah-Djallon. J'inscris ici la note qu'il a bien voulu me transmettre sur ce point : « A Donhol-Fella, résin dence de l'almamy Ibrahim Sarg ; à Lokan, dans l'Est de Timbo, il y avait deux » Kolatiers. Il en existe encore un à Dara, près Timbo (au Sud-Ouest), résidencede » l'almamy Ahmadou. En résumé, il y a peu' de Kolatiers dans le Foutah-Djallon » et ils sont tous du côté de la Mellacorée. n
(2) Corre, Flore du Rio-Nunez (Archives de Méd. navale, t. XXVI, page 27), aflirme que les Kolas les plus estimés à Corée et à St-Louis sont ceux du Rio-Nunez. Mais c'est ime opinion combattue par divers observateurs (comme nous l'avons vu déjà) et notamment parM. C. Sambuc, qui s'est occupé spécialement et sur les lieux mêmes de celte question (Contribution a l'étude de la Flore et de la matière médicale de la Sénégambie, 1887. Thèse de l'école supérieure de pharmacie de Montpellier, p. 95-96).
ÉDUUAUU III'XKEL
ciaq ans, mais elle est peu abouclaatc. C'est °' J'^ ^^X^ que l'arbre est ea plein rapport. Alors, un s«u 1" ' P»"'^^
dans une année, une moyenne de 120 livres -f'^^ (*''-™^;;;,
A ii« 11 ir 1 (Ipiiv récoltes et une iioiaison a mes^ de araines par récolte. Il y a ueux ibi^uhc^ , . , . ^uTès continuelle, partir de l'ûge adulte (dix ^ nen c,u^ ce g and arbre donne en même temps des fleurs et des fruits La ûoLson de juin porte ses gousses - -^"^^-/.^ 7;^"!^;:;^ de novembre et décembre, aux mois de mai et ]nm (1). Quand e fruits sont mûrs, ils prennent une couleur jaune et brunâtre. A ce état, ils commencentà s'ouvrir sur leur suture ventrale et mont eut leurs graines rouges ou blanches dans la môme coque C est alors nue commence la récolle. M. Fauwcet R. L. S. {Mrf.sc/.. M.rcm.r, Amsterdam. 29 novembre 1890), parlant de ses observations a la Jamaïque dit : « L'arbre à Kola se reproduit par les graines et commence à produire des fruits à l'âge de 4 ou 5 ans. 11 y a des arbres de Kola dans le jardin botanique de Castlelon, qui sont plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des fruits Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds l'un de l'autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces arbres atteignent une hauteur d'environ 40 pieds. Ceux de Castleton produisent, à chaque récolte. 500 à 600 gousses. Si chaque gousse, en calculant sans exagération, contient 4 graines et nous calculons par « quart » ; un arbre deSOO gousses produira alors 50 quarts de noix par récolte, ce qui fait 100 quarts par arbre pendant une année. Un quart de noix sèches aura à peu „ près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par arbre. » La production à la Jamaïque est donc comparable à celle de la côte occidentale d'Afrique, ce qui n'a rien de surprenant, les climats de ces deux régions étant comparables.
M. Heudelot. dans une note manuscrite (2), dit qu'il existe deux variétés de Kola, l'une donnant des semences rouges exclusivement et l'autre des graines blanches. 11 ne semble pas
(1) Ces indications sont spéciales à la côte occidentale d'Afrique désignée sous le nom de Rivières du Sud où se trouve la plus grande quantité de Kola: mais nous avons vu précédemment, d'après les indications de Binger, que les époques de Ooraison varient un peu dans le Soudan.
(2) Signalé dans Bâillon : « Études sur l'iierbior du Gabon ». (Adansoniu X. 1871-73, p. 168 et suiv.).
qu'il en soit ainsi généralement pour l'espèce type du Kola, sur la côte occidentale d'Afrique, où, comme je l'ai vu, sur de nombreux échantillons, une môme gousse renfermant jusqu'cà quinze graines de grosseur fort dissemblable, en présente de rouges et de blanches entremêlées, sans que les blanches puissent être considérées comme moins mûres que les rouges. Par contre, Binger et d'autres voyageurs confirment le dire d'Heudelot. 11 y aurait donc une variété de Kola ne donnant que des graines blanches et une autre ne donnant que des graines rouges. Les arbres donnant des graines rouges et des blanches dans le même fruit seraient-ils un métis de ces deux variétés? Binger nous apprend, en ou.lre (Du Niger au golfe de Guinée, T. I., p. 109), que le Kola blanc de l'.4n?io est récolté en février, eu juin et en octobre, que les graines de février se gâtent assez rapidement, tandis que les récoltes de juin et octobre se conserveraient plus facilement (1). Ce dernier Kola cependant ne peut supporter de bien longs trajets ; il se conserve, au maximum et avec des soins, pendant 50 à 60 jours.
Je dois au B. P. Sutter, missionnaire apostolique au Bio- Pungo (Boffa), les renseignements suivants sur les arbres à Kola {Cola acuminata), dans cette partie des Rivières du Sud de la côte occidentale d'Afrique, région privilégiée au point de vue de la production de cette graine.
« Il y a des Kolatiers qui ne donnent que des graines blan- » ches : ils sont rares. D'autres ne donnent également que du » Kola rouge; ils sont également en petit nombre. En général, » le même arbre donne des graines rouges et des graines » blanches : les Kolas blancs et rouges y sont indifféremment » renfermés dans les mêmes gousses. C'est là la généralité, et » ceci est de notoriété générale. Il y a des Kolatiers jusqu'à » Timbo, mais ils sont rares. La région nord de Foutah-Djallon » n'en produit pas : arrivé à une certaine altitude, le Kolatier » est stérile. Bien plus, des gens du Bio-Pungo ont essayé de )^ planter cet arbre à Boulam (capitale des îles Bissagos), el,
(1) Ce fait est confirmé par l'article de YIndische Mercuur (Amsterdam, novembre 1890), qui dit : « Les noix pour semences doivent être recueillies de juin à septembre, cl, quand elles sont destinées à être embarquées, elles doivent être mises en terre. »
gQ ÉDOUARD HECKEL
„ n.algré tous les soins, ils ont péri dès qu'ils sont arrivés à ' ''Zi::^^^:^^^^^ .ans leur pays natal, environ troit seLines pour .ern.er. En France V^^^^^^^^^ chaude, ou sur couches et sous haches durant 1 f' '^'^^^^^^^^^ rrn'anrès 2 mois 1/2 ou 3 mois environ. Il est remaïquab e de oir' ue es :ielces. qu'elles appartiennent à la couleur ^une blanchâtre ou à la couleur rouge, verdissent Pe"a nation, qui demande dans l'un et l'autre cas le même temps. La je ne plantule reste attachée à ses cotylédons souterrains pendant très longtemps et jusqu'à ce que la rame cotylédonaire ait pourri tout entière. J'ai démontré, en collaboration avec M. Schlagdeuhauffen, que. dans ces cotylédons, durant la période germinative. la Caf}Hne et la Théobronune qui Y sont contenues, se transforment et donnent, par un phémonène de nitrification assez commun dans la nature (comme l'a établi M Berthelot), en dernière analyse, du nitrate de poterne qui est sans doute utilisé par la jeune plante pour sa nutrition, puisque ce sel finit par disparaître entièrement dans les cotylédons (2). Endehorsdesintroductionsfaites.dansleurscolonies.récemment
parles Anglais et par la France depuis 1885, le Kola est aussi, quoiqu'on ait dit, de la part des indigènes, l'objet de quelque culture. Les renseignements que donne, sur ce point, le capitaine Binger (Du Niger cm golfe de Guinée, T. II, p. 244), sont fort intéressants, car ils font disparaître tout le doute qui existait
(1) J'ai déjà fourni, à ce sujet, les observations de MM. Noirol et J. Hayol qui se trouvent aussi confu-mées par celles du R. P. Sutter. C'est ce qui m'a incite a reproduire ce fait important. D'autre pari, l'observation du R. V. Sutter loucbanlla généralité de la coexistence des graines blanches et rouges dans la même gousse, s'ajoute au témoignage de Binger pour établir délinitivement le fait que j avais avancé depuis 1883 mais (lui avait été contesté. Bien plus, le même fait de 1 existence cumulative de graines blanches et de graines rouges dans la môme gousse se retrouve dans le Kola du Gabon et du Congo, ainsi que le prouve d'une part l'assertion déjà relatée de feu Pierre, directeur du Jardin d'Essai de Libreville, et le document suivant que je dois à la bienveillance de M. Dibowsky liUens) :
« Le Kolatier du Congo donne des graines rouges et des graines blanches ; les 1) premières ne semblent en aucun cas constituer une variété. On trouve les deux )) couleurs de graine dans le même fruit ; ceux qui ne sont pas mûrs en conlien- )) nent un plus grand nonbre que ceux qui sont parvenus à maturité. (2) Comptes rendus de t' Académie des Sciences — 1890.
SI
sur cette question controversée, de la culture des Kolas par les noirs :
« Je trouve, en quittant Nouroudougou, dit Binger, en tra- » versant de grandes oasis, de temps en temps, une échappée » laissant entrevoir des forêts de bananiers, des fouillis d'ananas » ou encore une plantation de Kolas. Après Babraso, nous ren- » controns aussi de splendides plantations de Kola dont les » arbres, disposés eu quinconce, alternent avec des palmiers à » huile. Cette variété de Sterculia produit le Kola blanc et le. Kola » rose (1). Le tronc ressemble un peu, comme écorce, à notre » hêtre; et la feuille, à celle du Ficus ; mais ce qui m'a frappé, » c'est qu'à un mètre de terre, tous les troncs se bifurquent. » Les branches ne sont pas émondées quand elles sont jeunes, » de sorte que, dès que l'arbre commence à prendre de la vigueur, » les indigènes sont forcés d'étayer les branches pour les » empêcher de se briser.
» J'ai vraiment éprouvé un sensible plaisir en voyant le » nègre se livrer à une culture dont le rendement n'est pas » immédiat. Hélas ! partout où j'ai passé, j'ai trouvé les noirs » si indolents, si peu prévoyants ! C'est à peine s'ils plantent » de temps à autre un Bombgx sur la place du marché, ils » n'ont pas encore eu l'idée de multiplier l'arbre à Cé (2), » et le Néré (3), qui sont cependant d'un bon rapport, même » dans les pays d'origine (4). Les quatre indigènes qui me » restaient et auxquels je faisais remarquer que les Gan-ne » étaient plus prévoyants qu'eux, se promirent bien de les » imiter en rentrant, et de planter des Cé et des Néré. Ceux de » Treich rapportaient même des graines de quelques arbres de
(1) Cette variété se rapporte évidemment à celle que j'ai reçue des Rivières du Sud et dont chaque gousse renferme, -mêlées étroitement, des graines roses et des graines blanc jaunâtre.
(2) Bassia Parkii, Kolschy (Voir mon travail sur ce précieux végétal dans La Nature de G. Tissandier, 1885).
(3) Parkia biglobosa, iienth. (Voir mon travail sur ce végétal dans leJourn. de Pharmacie et Chimie, 15 juin 1887, et Bu//, rfe Soc. de Gdogr.de Marseille, 1887).
(4) Nous avons vu déjà, en parlant du Kola dans les Rivières du Sud, notamment en pays Sousou, que les indigènes, là plus prévoyants et plus laborieux qu'ailleurs, y plantentel y cultivent ce végétal précieux. La même observation a été faite, en cequitoucheàtoutleCongo.par M. Fondère. (Voir pages '^8, 32, 37, 39, note 1).
^2 EDOUARD HECKEL
« la zone Kong, tellemeat ils étaient pleins de ^è^- "'^-^
« feront rien, je les connais; un tam-tam dans eur v liage
« leur aura fait tout oublier. Le noir est enfant ; il le les-
» tera encore longtemps. » ,i'n..;.rinp Enfm comme on le verra plus loin d'après une note d migine anglaise, la culture du Kola acurninata aurait été introduite avec succès dans le Nord de l'Australie.
Consermlion, commerce, emploi indigène de la graine. - J'ai dit que la récolte du Kola se faisait deux fois chaque année. Cette opération se pratique avec de grandes précautions de la part des traitants ou mieux des traitantes, car ce sont les femmes surtout qui, sur toute la côte Occidentale d'Afrique, se titrent à ce genre de commerce. On enlève les graines à leurs gousses et on les dépouille de leur épisperme, ce qui est facile. Ces graines obtenues, il importe, pour leur conserver toute leur valeur commerciale auprès des nègres africains, seuls consommateurs jusqu'ici du moins (1), de cette graine fraîche, de la maintenir quand même à l'état frais. L'unique procédé de conservation qui soit usité le plus généralement, consiste à faire un assortiment soigneux de ces graines en rejetant tous les Kolas endommagés ou piqués par les vers, puis à les placer dans de grands paniers spéciaux au pays, faits d'écorces d'arbres, et tapissés à l'intérieur avec des feuilles fraîches de Bal (Sterculia cordifolia Cav. ou Cola lieterophylla Beauv. ?) (2) ; on fait déborder les Kolas en un dôme au dessus du panier ainsi parfaitement rempli, et on recouvre le tout de la même feuille Bal, qui, par son épaisseur, sa résistance et ses dimensions, ne contribue pas peu à cette conservation en préservant les noix de Kola fraîches du contact de l'air sec. Dans cet état, on peut expédier les paniers très loin. Le Kola y supporte fort bien, sans se moisir, des voyages durant lesquels il n'est
(1) 11 commence à arriver à Marseille assez régulièrement, du Kola frais pour les usages pharmaceutiques et pour les besoins des vélocipédistes et alpinisl<»s qui le consomment sous forme d'extrait : ces graines y parviennent en parfait étal.
(2) L'examen anatomique de la feuille de l'arbre Bal m'a prouvé par la couconcordance de sa composition avec celle du Cola acnminala, que j'avais bien affaire à une espèce du genre Co/a, c'était le seul moyen de déterminer approximativement la plante qui fournit cette feuille, n'ayant jamais eu à ma disposition ni les fleurs ni les fruits de ce végétal.
pas nécessaire de le soumettre à une manipulation, quelle qu'elle soit. Pour le conserver frais, il suffit de maintenir la feuille de Bal à l'état humide. C'est ainsi que j'ai pu recevoir, venant de Serra-Leone, des paniers de Kola parfaitement frais et destinés à être expédiés pour semences dans nos colonies françaises tropicales ; ces graines peuvent même arriver dans cet état jusqu'en Angleterre (1). La feuille de Bal usitée sur la côte occidentale d'Afrique, n'est sans doute pas celle qui est utilisée, pour le même objet (emballage du Kola) au Soudan. Binger (2), sur ce point, s'exprime ainsi qu'il suit : « A Kintampo, » après un trajet de deux bonnes heures, on arrive sur les bords » d'un joli ruisseau auprès duquel nous apercevons, pour la » première fois, les feuilles servant à emballer les Kolas. Cette » feuille, de la largeur de deux mains, se distingue de la fausse » feuille (qu'il faut faire bouillir avant de l'employer et qui se )) trouve un peu partout dans le Soudan), par une bordure de » 2 centimètres de largeur d'^un vert plus f(mcé. Cette bordure,
(1) Thomas Chrisly (A^eio commercial Plants, n» 3, Londres 1880), s'exprime ainsi : « Les indigènes savent conserver pendant quatre mois les graines de Kola en les enveloppant dans une espèce particulière de feuille qu'on conserve humide. Celles que j'ai reçues récemment me sont arrivées aussi fraîches que si elles venaient d'être cueillies'. Quelques-unes m'avaient été envoyées dans des feuilles et d'autres enfoncées dans la terre glaise. Le premier procédé est le meilleur.
D'après le R. P. Sutter, supérieur de la mission Boffa au Rio-Puugo (in litleris) : « Un fait à noter, c'est que le Kola, récolté le long du littoral, est plus gros et plus » beau que celui de l'intérieur des terres, mais ce dernier a l'avantage sur le » premier d'être plus fort et de pouvoir être conservé plus longtemps. »
M. Goujon, sur ce point de la conservation du Kola, s'exprime ainsi qu'il suit (in littei'is) au sujet de la graine de VOmb&né {Cola Ballayi) du Gabon :
« Les noirs du Gabon ne cultivent pas le Kola ; il y en a plus dans la forêt qu'il » ne leur en faut pour leur consommation, et, jusqu'à présent, c'est-à-dire jusqu'à » l'année dernière, personne n'en achetait. Tout au plus quelques individus, plus » friands de ce fruit que les autres, en tenaient-ils une petite provision pour leur » usage personnel. D'après ce que m'a dit la vieille Marie N'dar, le Kola épluché et » terré dans uu endroit pas trop humide se conserverait comestible d'une année à » l'autre. Elle prétend en avoir fait l'expérience. C'est douteux. On pourrait pour- » tant essayer d'envoyer des graines stratifiées en Europe ; comme il n'y a qu'un » mois de traversée par hs paquebots on aurait plus de chance de les y voir arri- » ver en bon état qu'en les envoyant en gousse. J'ai à deux ou trois reprises essayé » d'eu conserver sous cette dernière forme (en le terrant) et j'y ai renoncé parce » qu'elles étaient moisies et immangeables au bout de quinze jours.»
(2) Capitaine Binger fDu Niger au golfe de Guinée, Paris. Hachette, 1892. T. Il, p. 135).
ÉDOUARD HECKEL
■ peu apparente lorsqu'on examine la 'l^'l^the'det
„ visible à l'envers; elle n'existe „ue sur ' «'"'J'''"f
. ieuille, tenue par le pétiole et examinée a I enve.s, la hordure
» se trouve à droite, n . , .
Quand le Kola doit 6tre eonservé plus d'un mo.s d faut, tous 1 s trente jours au moins, que la manipulation de l'assortous leb Lieu j gra mes dans l'eau
timent se fasse à nouveau. On lave alors es ^ fraîche, on remplace les premières feuilles de Bal pai de nouve es, et ou procède, comme ci-dessus, pour la réfect.on du panie , dont la contenance habituelle est de 3 mesures, so. trois fois 112 livres anglaises (132 kilog.). Ainsi emballes, les Kolas sont expédiés en Gambie et à Corée, où se fait le commerce principal de ces graines. En Gambie, les traitants les montent dans le haut de la rivière et les vendent, autant que possible, à l'état frais, aux caravanes qui descendent de 1 intérieur chargées de produits. Dès que les Kolas, ainsi vendus, commencent à se rider et à se dessécher, les marchands de la caravane en achèvent la dessiccation au soleil et les réduisent par mouture en une poudre fine qui est encore très recherchée par les peuplades de l'intérieur. Celles-ci, après l'avoir mêlée au lait et au miel, en forment un breuvage alimentaire et excitant très-agréable. C'est sous cet état de poudre que le Kola continue généralement son voyage au cœur de l'Afrique. Cependant, il arrive le plus souvent encore à l'état frais à Sokota et a Kouka (près du lac Tchad) et même à Tombouctou, où se tiennent de grands marchés de cette graine (1).
(1) D'après des renseignements récents qu'a l)ien voulu me transmettre verbalement M Godel, administrateur colonial au Congo.qui a longtemps séjourne dans les Rivières du Sud, le meilleur Kola de cette dernière région serait celui du Samo, pays voisin de la Mellacorée: « Par un procédé qui leur est spécial, les mdigènes » de ce pays savent conserver, me dit cet administrateur dont je traduis ici la » pensée, les graines de Kola à l'état Irais pendant une année durant. Pour y » parvenir, ils lavent cette semence au moment où- elle vient d'être cueillie, dans une » eau chargée par macération des principes d'une plante dont ils utilisent la racine » pilée fraîche. Cette plante aurait pour action d'empêcher le développement d'une » larve qui, sans ce Iraitement, dévore en tout sens le parenchyme de la graine et » la rend inutilisable. Les noirs appellent ce ver du nom indigène de Tcmhon c. „ M. Godel n'a pu, malgré son insistance, se procurer ni le nom de la plante utilisée pour cette conservation du Kola, ni môme un fragment de la racine, tant les nègres tiennent cette pratique secrète. — Au sujet de la conservation du Kola dans
De Sokota et de Kouka (1), les caravanes le dirigent ensuite sur
la région du Délia du Niger, voici ce que je relève dans un arlicle du journal CMmist and Driiggist (de Londres) du 28 janvier 1893, pp. 157, intitulé : Five hundred Miles up the Niger. « Les indigènes empaquettent uniformément les » graines fraîches dans des paniers spéciaux qu'ils ti-ansportent sur la tête (flg. 4), » les paniers sont fortement entortillés avec de puissants liens fibreux, et le Kola » qui y est contenu est enveloppé dans des lambeaux de toile grossière. Ils conlien- )) nent exactement SO livres anglaises (22 k. 677) de Kolas et toutes les semences » sont soigneusement entourées de feuilles moisies et décomposées. Dans ces » conditions le Kola peut êlre transporté d'Afrique en Europe sans détérioration, n La poignée en anse qui couronne le panier est faite en écorce de Calamus Draco, » appelé taillai par les indigènes.
Fig. 4. — Panier indigène pour le transport du Kola dans le Niger, le Soudan, la Gambie, etc.
» Le Kola à deux cotylédons non divisés profondément à la base est plus » apprécié que la variété à cotylédons si profondément divisés qu'ils semblent êlre » au nombre de quatre : de même les Kolas rouges sont tenus en plus grande » estime que les Kolas blancs qui ont en réalité, à l'état frais, une couleur jaune » pâle. Certains négociants de Londres ont des collecteurs de Kola dans presque » toutes les régions tropicales et notamment dans les parties Nord de l'Australie, )) où un grand nombre de planteurs se livrent à la culture du Kola ».
Ces observations propres au delta du Niger sont, comme on le verra plus loin, entièrement conflrmées par celles du D'' Rançon au Soudan français et en Haute- Gambie : c'est bien le même panier et le même procédé de transport.
L'appréciation sur la valeur des Kolas blancs et rouges est absolument l'opposé de celle qui a cours dans la Sénégambie et le Soudan Français, nous l'avons déjà dit, mais nous reviendrons sur ce point important dans la partie chimique de cette élude.
(1) Ce produit est frappé malheureusement, dans toute l'étendue du Soudan, d'impôts si exorbitants, qu'à mesure qu'il progresse vers l'intérieur il devient d'un
ÉDOUARI) IIECKEL
I 1^ ..i,.c «niivput à état sec et très Triooli où il est vendu, le plus sou\eui, ci iiipuii uu ^ imnorté eu leuiontant par
cher. De ïombouclou endu, il est impo--"- Ménuinez le NL^er (Dioliba). jusque daus le Maroc, A i<ez et a Mec umez. Au su et de la naine du Cola aanninata sur la côte occidentale Au sujet de ^^'^'^'^^ ^^atière est l'objet
d'Atriciue et notamment au Kio-fono<J, ^ .
d'ule production abondante et d'un trafic d'une certaine impo, iZl voici les renseignements intéressants que nous empruntons r;rt" edéjà citéfp. 28 note 1) et intitulé : « Les depen a^^^^^ du Sénégal. . (RemeMant. el CoL, 1885, p. 42.55 et 56), dû a M Boni, commandant du cercle du Rio-Pongo:
« Le plus grand plaisir que l'on puisse faire a un chef neg e, „ c'est de lui oiîrir des noix de Kola. La couleur des noix offertes : a pour lui. une signiflcation. Les Kolas blancs signifient, amitie ,> ou sympathie; les rouges, aversion ou antipathie.
» Entre rois de la côte d'Afrique, la réception d'un Kola rouge » équivaut à une déclaration de guerre de la part de l'envoyeur.
» Le Koba, état placé sur le littoral maritime entre le Rio- » Pongo et le Bramaya, est tributaire de ce dernier état qui a été « annexé à la France par convention du 14 juin 1883: le Koba est )> donc placé sous la domination française. C'est le pays producteur )> par excellence des noix de Kola, si recherchées maintenant par » toutes les populations africaines.
,) Tous les ans, au mois de décembre et au mois de mars, a „ l'époque des récoltes du Kola, le Koba est envahi par un grand « nombre de traitants étrangers des colonies portugaise et anglaise ,) qui enlèvent la presque totalité dexes produits.
» Ces étrangers n'ayant pas. comme leurs confrères du Rio-
prix inabordable. Le commandant Monleil, dans sa récente conférence à la Sorbonne où il a rapidement esquissé son voyage au lac Tchad, nous en a donné une idée en indiquant les prix que le Kola atteint à Kano et à Koul^a, capitale du Bornou Je le cite textuellement d'après un article de la Politique Coloniale du Jl janvier 1893: « Veut-on avoir une idée des péages que ces populations exigent des » caravanes? Kano et Kouka échangent avec les villes du Dahomey et du pays de Kong le sel et la noix de Kola. Or. la noix de Kola qui vaut a cauris à Kong en ,) vaut 150 à Kano, les caravanes devant céder plus des deux tiers de leurs mar- .) chandises aux habitants de la région de Kabbi qui vivent de ces déprédations. « Nous verrons bientôt ce témoignage du commandant Monteil éli-e corroboré par celui du docteur Rançon. Cet explorateur a vu les mûmes faits déplorables se produire tout près de la côte, en plein Soudan français, dans la haute Gambie et dans le l'oiilah-Djallou.'
LES KOLAS AFHICAINS
» Pongo, des Irais d'établissement, de locatiou et autres, offrent » aux indigènes un }3rix plus rémunérateur; ils accaparent ainsi )) toute la production au détriment du commerce du Rio-Pongo, » auxquels les Kolas sont nécessaires pour traiter avec les )) caravanes.
» Grâce à la configuration géographique du Delta du Rio-Pongo, » les navires qui fréquentent le Koba peuvent entrer et sortir sans » être vus de Boffa (capitale du Rio-Pongo). Pendant la campagne H de 1882-1883, le Koba a été visité par 12 goélettes portugaises « d'une capacité moyenne de 25 tonnes, ce qui représente une n exportation de 300 tonneaux de noix de Kolas pour une seule » campagne.
» Le Lakata est un pays riche et peuplé, situé sur le bord de )) la mer, entre le Rio-Nunez et le Rio-Pongo: il est acquis à la » France depuis la convention du 26 janvier 1884. Ce pays fournit )) abondamment des noix de Kola, des amandes de palmes, du » caoutchouc, etc., etc. Achetés presque pour rien dans le Koba » et dans le Lakata, les Kolas atteignent une grande valeur dans » les pays un peu éloignés de la côte. Une seule de ces graines est » vendue jusqu'à 0 fr. 50 dans certaines contrées de l'intérieur ; ce » prix est inférieur de plus de moitié sur les marchés de Freetown, » deBoulamet deSt-Louis. Le commerce des Kolas a pris, depuis )) quelques années, une certaine importance dans les colonies de » Sierra-Leone et de Bissagos. Sur les principaux marchés de la » colonie du Sénégal, le monopole du commerce des Kolas est » entre les mains des sujets anglais de Sierra-Leone. »
Au centre de l'Afrique, ce sont surtout les peuplades riveraines du Niger qui le consomment à l'état sec et en poudre, en particulier (vers Messina), les tribus situées aux confi.ns de la Salana : les Burnous, les Honsas, etc.
Voici, au point de vue du commerce du Kola et de sa valeur vénale dans les régions parcourues par Binger, comment s'exprime cet éminent explorateur. Il est nécessaire de reproduire cet exposé relatif au Kola blanc de l'Anno, malgré le long développement que lui a donné Binger, et cela à cause de l'intérêt que présente le sujet de cette étude dans une région devenue française et jusqu'ici inconnue (1) : « A Groumania,
(1) Binger. Du Niger au Golfe de Guinée (l. I, p. 309 etsuiv.)-
EDOUARD IlECKEL
„ goatée pa. les indigènes, e sone que on nx ^^^^^ ^ J ^^^^ „ assez élevé ponr qu 1 y it ^^^^^'^^^^^^^^^ Nielé. ,, aussi ce fruit ne depasse-t-il guère cono lesciuelles „ Oua et Bouna. 11 est vendu contre ^es caur.es avec lesquelles >. les marchands de Kong se procurent surtout du coton en » vrac de l'indigo, du piment rouge ; c'est le Kola de a : Tnt; l celui dont le prix est abordable par la
), classe moyenne de la population. ce marché
„ Ce Kola de l'Anno va aussi beaucoup à Sa laga marche „ n'est pas du tout bien alimenté de ^^^'^^'^r" [ f
„ gens de Kong trouvent toujours à y écouler le Kola du
" Tlcs' missionnaires de Bâle et le M^hly prétendent » qu'une charge de Kola de VOkouawou vaut à Salaga de 3. „ à 38 francs ; c'est une grosse erreur. Une charge de Ko a „ (2500 graines) vaut bien davantage ; à Salaga, le Kola le « meilleur marché coûte 40 cauries, et une charge coûte » 100,000 cauries, qui représentent 120 francs.
« A Sakhala, sur la limite des pays de production, la )) môme charge de Kola coûte 8 kokotla de sel, dont le prix » de revient est de 8/12e d'une charge de 55 francs, soit ,) 36 fr. 64; à Tengréla la charge vaut déjà de 80 a 100
» francs (1). . . i
), On peut dire que Kong, Kintampo et Groumania sont les
» marchés où le Kola se paye le plus bas prix.
» Partout, le Kola rouge de l'Achanti atteint le prix le plus „ élevé : 2,400 Kolas coûtent à Kintampo 12,000 cauries, c'est- » à-dire 5 cauries pièce.
» Il est, à ce propos, intéressant de se rendre compte des
(1) Voici comment s'exprime sur cet approvisionnement en Kola à Tengréla, le colonel Galliéni (Mission dans le haut Niger et à Ségou. - Bulletin de la Société de Géographie de Paris. T série, T. IV, 1884, p. G07) : «Un grand nombre de Dioulas » continuent ensuite leur route sur ïaugréla pour y acheter des Kolas a bon » compte, puis ils reviennent par Dialakaro, le Bouré et le Bambouck, ou us » échangent avantageusement leurs Kolas contre de l'or. D'autres, enfin, gagnent » Ségou, Djenné ou Tonibouctou par divers itinéraires. »
» bénéfices que peut réaliser un couple, homme et femme, » se livrant à ce commerce. Le ménage quittant Kong avec » une pacotille, ferronnerie ou élolïe, d'une valeur locale de » 20 francs, se procure à Kintampo ou Boudoukou environ » 0,000 Kolas, qu'il revendra à Bobodioulassou. Avec le » produit de la vente de ces Kolas, il achète 2 barres de » sel. Il emportera 1 barre 1/2 seulement à Kong; l'autre » demi-barre servant à acheter quelques cadeaux à rapporter » au pays et à subvenir à ses besoins en vivres pendant la » route.
» Le trajet de Kong à Kintampo et de Kintampo à Bobo- » dioulassou et retour à Kong, aura duré cent jours environ. » La barre et demie de sel rendue à Kong représentant une » valeur de 240 francs, le couple aura gagné une valeur de » 220 francs, c'est-à-dire 2 fr. 20 par jour ou 1 fr. 10 par jour » et par personne, tous frais payés.
» Il faut envisager l'existence que mènent ces gens-là. Ils )) marchent chargés chacun de 30 à 40 kilogrammes et cela » pendant la plus grande partie de la journée ; arrivés à » l'étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du » bois, chercher de l'eau, souvent à plusieurs kilomètres de » distance ; s'il y a un enfant dans le ménage, la femme le » porte sur le dos ; ils vivent sans feu ni lieu. Surpris par » les pluies, ils voyagent quand même, supportant toutes les » intempéries sans se plaindre
» Voici le même calcul pour un marchand de Kola allant » de Bamako dans le Ouoroudougou avec une barre de sel. » Il achète une barre de sel à Bamako pour 55 à 60 francs ; » il vit sur son sel pendant cinq semaines que dure sa » marche pour aller. Il dépense ainsi, y compris l'achat d'un » panier de nattes de feuilles à emballer et droit de passe, » environ 3 à 4 kokotla ; il lui en reste 8 à échanger et je » suppose qu'il prenne à Kani ou Touté des Kolas de grosseur » moyenne et qu'on lui en donne 330 par kototla, il aura » donc échangé sa barre de sel contre 2,800 Kolas. Pendant le » voyage de retour, il achète sa nourriture et paye son hôte et » les droits de passe en Kola ; il en pourrit également une » certaine quantité en route ; les Dioula m'ont affirmé qu'il
GO
EDOUARD HECKlîL
. était difficile d'eu rapporter à Bam,.^ko plus de 2^000
» (Balbula Kiiné dourou). Les Jioias ae lluo
r :„6ral au détail deux par (2« cer,U.es ce
» Comme pour les vendre ce prix, n
o ;i rn-mo-p line Dartie de son bénéfice; on peut » SIX semaines, il mange une païuc
» dire que. l'opération terminée, il Iul restera 180 francs soit : 120 francs de bénéfices pour quatre mois de travail d » porteur ou de vie de privations. Quelquefois, il perd tout » quand les Kolas se gâtent ou qu'il est pille.
)> Un grand facteur de la conservation du Kola est son » mode d'emballage. Faute de précautions (1), il se gâte ou se
raccornit et dessèche, et par cela même, perd oule sa » valeur. La feuille dans laquelle on emballe le Kola est a „ peu près semblable à celle de Y Arum., mais plus ouverte et
d'un vert plus accusé (2). Elle est supportée par une tige
(1) cependant, malgré tous les soins assidus dont elles sont l'objet, beaucoup de eLences contractent, durant le transport, des maladies parasitaires auxque on ne peut apporter aucun remède et qui causent aux commerçants des pe tes napprSbles'. Le Nachligall a décrit ces maladies en détail et no- en a m^me donné le nom en langage du Bornou, dans son livre Sahara et Soudan (1881) C'est dh-e asse. quelle' importance on attache dans le pays à la con-.aUon nroduit à l'état irais. - La première de ces maladies, nommée Bdlé, transforme p u r eu la semence en une masse pulvérulente
on peut l'enrayer en coupant la partie malade. Si la noix est entièremenl attaquée 1 fauna jeter, car elle a perdu toute saveur. MM. Chodat et Clruit (Etude sur les IL de La, Archives de physique de Genève, 1888, p. 500), ont determm a cause de cette maladie qui est due à des colonies microbiennes. Ces bac « es se présentent sous forme de : 1» Microccoccus ordinairement tout a fait spheuques, excessivement petits, souvént agglutinés en zooglées et zooglées sarciniformes ; de bacterium ou bacilles ordinairement isolés. , . •
Ces organismes détruisent tout d'adord la substance colorante et le tannin qui imprè-^nentles parois cellulaires des cotylédons. Ces dernières deviennent ainsi parfaitement blanches. Mais si l'action des bactéries continue, la paroi cellulaire, est attaquée, détruite, et l'amidon contenu dans la cellule devient libre : c est alors seulement que l'amidon commence à être plus ou moins corrodé. Cependant l'amidon parait doué d'une résistance plus grande que la paroi cellulaire.
Une seconde maladie, nommée Dasemséra, peut se produire quand les noix fraîches sont exposées à une trop grande humidité. L'intérieur devient dur et cassant et à l'extérieur, il se forme des plaques foncées.
D'autres fois les noi.x sont réduites en poudre noire par un champignon qui s'étend de plus en plus dans leur profondeur. Enfin, les vers peuvent leur causer un grand dommage.
(1) On connaît plusieurs procédés d'emballage du Kola frais en vue d'en assurer la longue conservation, comme il existe plusieurs plantes donnant des feuilles
» très fme, d'environ 40 à 50 centimètres de hauteur ; on la )) trouve généralement dans les endroits humides et ombragés.
» La vraie feuille, vue à l'envers, porte sur la partie » ffauche une bordure d'un centimètre de largeur, d'un vert » plus foncé que le reste de la feuille ; le vert est assez accentué » pour qu'on puisse le reconnaître à un simple examen, » surtout quand on la tourne vers le soleil ou vers un » endroit éclairé.
» Il existe beaucoup de feuilles analogues comme struc- » ture et l'on s'y trompe facilement quand on n'est pas initié » à la façon de les reconnaître. Les fausses feuilles ne sont » pas employées vertes ; pour les utiliser, il faut les faire » bouillir très longtemps et les faire bien sécher avant de » s'en servir ; faute de cette précaution, au lieu d'être pro- » pices à la conservation du Kola, elles hâtent au contraire » la pourriture du fruit et en développent les moisissures. » Elles ne sont employées qu'à défaut de la vraie feuille qui » ne se trouve pas sous certaines latitudes.
)) Jusqu'à présent, les expériences faites en France sur » l'emploi du Kola ont donné peu de résultats ; cela tient à » ce que l'on se sert du Kola desséché. Il serait cependant » bien facile d'en faire venir de frais, en se servant de l'em- » hallage en feuilles dont je viens de parler (1).
utilisées pour cet emballage. Nous avons déjà examiné certains de ces procédés (variables avec les régions) et indiqué quelques-unes de ces feuilles les plus communément employées, en voici encore un autre. — Les commei'çants indigènes les mettent dans de grandes corbeilles qui doivent être préalablement rembourrées d'une épaisse couche de grosses feuilles humectées nommées Fetta au Bornou Chaque noix, de même, est entourée de ces feuilles, puis on serre le tout fortement au moyen de cordes qui sont tendues dans toutes les directions de façon à diminuer es intervalles qui faciliteraient la transpiration. Plus la quantité de graines est grande, et plus le danger de dessiccation ou de maladie est diminué. Pendant la saison des pluies, on peut laisser ainsi les corbeilles pendant un mois et demi, mais si le transport se fait pendant un temps sec, il faut ouvrir les corbeilles plusieurs fois par semaine, étendre les noix, les laissera l'air pendant un temps i)lus ou moins prolongé et les asperger avec un peu d'eau. Si quelques noix se fanent, es trafiquants se contentent de les mettre pendant quelque temps dans l'eau, ce qui leur rend leur turgescence primitive.
(I) M. Binger fait évidemment ici erreur, 11 n'est pas admissible que le Kola frais ail des propriétés que ne possède pas le Kola sec. Du reste, ce dernier a fait ses preuves comme médicament et comme aliment d'épargne, à l'état sec, en Europe, et ses propriétés ont été mises à jour dans ces dernières années, depuis
EDOUARD HECKEL
. Les Kolas an-ivont frais ù Tcnbouc.ou et à - qui
. ,e„ <»i' - voyage ^intaun, de. o.sm^^^^ . (en France) plus près du Kola qu nous P ^^^^.^ V, df l'Anno à Grand Bassani, il y a a pi-i" . de lAnno semaines de France et même
, vovage, ce qui le met a six aoi" , un mois si l'on veut sérieusement s'en occuper d).
. Les\ (2), outre les relations qu'ils entretiennent avec 1 s . 'nfdu Ouoroudougou, font aussi des achats qui habite près de la mer (les JacU-Jack, fort probablement) T l ôuoioudougou (pays des Kolas) et 0-™»™ . à côté des Kolas) ne sont pas des pays de prodnct on d . Kola, comme le fait supposer l'étymologie de leui nom Ce deux pays ne se trouvent que sur les confins des pays a Kola ainsi: à Karoudongou, dans le Ouorocoro. ,1 y a un arb e' à Kola; à Sakhala, Kané, Siana et Boute, il ny a . encore qu'un, deux on trois arbres au ^.~ T><>a. . quelques antres villages également, on en trouve un. on , deux (Je tiens le renseignement d'un Dionla ruiné nomme , Kéléba, que j'ai engagé à Médine. comme ânier; .1 est ori- „ ginaire de Toumbougou (Onorodongou) et il a été eleve a
» Sakhala). ,
y> Un de mes captifs libérés, né à Ouorocoro, et mou pale- » freuier. Monca-Diawara, out été deux fois à Kani et a „ Sakhala y acheter des Kolas. Comme ils étaient trop pau- » vres pour travailler à leur propre compte, ils gardaient r, les ânes pendant la route, et, le voyage terminé, on les a ,) payés avec quelques centaines de Kolas. Voici comment se » fait, d'après eux, le commerce des Kolas, dans cette région: » Arrivés à Tiong-I, Tengréla, Maniniam, Sambatiguela, que
mes travaux, sans qu'on puisse établir de dilïérence à cet égard avec le produit frais - ce dernier ne renierme tiue l'eau en plus et un peu d'huile essenl.elle: c'est la seule dissemblance qui sépare le Kola sec du Kola frais. — .^ons j reviendrons plus en détail dans la partie chimique de cette étude.
(1) 11 arrive, du-reste, je l'ai dit déjà et il faut le répéter, de la côte occ.denlale d'Afrique et notamment de Sierra-Leone, du Kola très frais, jusqu'à Marseille, et cela par gros paniers de 122 livres anglaises entourés de feuilles immenses de Sterculia cordifolia. J'en ai fait venir sans dKficulté un panier, quand j ai du en faire des semis pour les expédier dans nos colonies françaises.
(2) Les Lô occupent la région confinée au Sud par le Souamlé et le Tiassalé.
» j'appellerai marchés à Kolas de la première zone, les marchands » font scier leur barre de sel en 12 morceaux de 3 doigts de » largeur que l'on nomme Kokotla. Cette opération terminée, » on "achète les paniers et les nattes à l'aide desquelles ou doit » emballer les Kolas; tout ceci est payé en sel. Là, les cara- « vanes s'informent du cours des Kolas, et, si leurs ressources 'V ou l'état de leurs animaux le leur permettent, elles poussent » plus au sud pour se procurer ce fruit à meilleur compte.
» Arrivés sur les marchés de la deuxième zone (zone plus » proche des pays de production) à Odjounjé, Touté, Kam, 1) Siana ou Sakhala, les marchands du nord s'adressent aux )) indigènes, qui font tous le métier de courtier. Ce sont ou B des Siene-ré ou des Mandé-Dioula ; les premiers paraissent » être les autochtones, les seconds n'y sont venus qu'à une » époque relativement récente, mais leur autorité s'est afTirmée » au point que ce sont eux les maîtres réels du pays ; c'est n du reste ce qui se passe dans toutes les régions où le Mandé- )) Dioula s'infiltre.
» Les courtiers conviennent avec les marchands du prix du f sel et fixent la quantité de Kolas qu'ils recevront en échange » d'un Kokotla (cette fraction de barre de sel étant devenue H depuis Tengréla l'unité d'échange). Le prix du Kola varie » naturellement avec la variété, la grosseur et surtout la proj) veuance de la graine.
» Le Kola de Sakhala est le plus gros que l'on connaisse, » il est toujours blanc, se conserve très-longtemps et, de pré- )) férence, est porté à Djenné et à Tombouctou. Ce Kola est » aussi le plus cher.
» Le Kola d'une grosseur moyenne, rouge ou blanc, se » trouve surtout à Kani, Siana et Touté; il est également » recherché, particulièrement le rouge.
» Enfin, il existe une autre variété qui s'achète en ma- » jeure partie à Djenné et à Tioraakhandougou ; elle est rouge » et très petite ; on la connaît dans cette partie du Soudan » sous le nom de Maniniam-oiirou (Kola de Mauiniam) parce » qu'on en trouve beaucoup sur ce marché. Le prix du Kola, » sur ces marchés, varie entre 200 et 600 graines pour un » kokotla ; ce qu'il y a de curieux dans cette partie du Soudan,
EDOUARD HECKBL
• ^"f' r de 80'''':er: u:' olrÎ portant ,e ™6.e no., : r^r;::!' ra.-.>naUon ne an ae ...
„ par le mot Ourou (Kola), quand il s agit de noi . . Ca'on dit 100 Kolas: Oarou /^||mc..
» Généralement il y a assez de Kolas en res » n.archés pour contenter les acheteurs n s « .uetois que, PO^/^s disons m ulUp^^^^^^^ I^uié d'che'-
conclu, les acheteurs remettent leurs kokotla aux courtiers es emmes de tout le village (les lemmes seulement) par eut au moment où le soleil disparaît de l'honzon. sous la con- „ duite de deux ou trois hommes du village préposes a ce 1 effet, et vont chercher plus au Sud la quantité de ces „ graines nécessaires. Ces femmes ne reviennent que le surlen- » demain k la nuit tombante. w /.«
«En admettant quelles marchent 12 heures sur les 48 „ qu'elles mettent à faire le trajet, elles parcourent environ .60 km.; donc, c'est, au maximum, à 30 km. au sud de ces „ marchés que se trouvent les lieux d'échange entre les femmes « des courtiers et les habitants des lieux de production.
„ Kéléba-Diara. mon Dioula ânier, me dit que les Lô appor- ,, tent les Kolas en des lieux d'échange situés en pleine brousse. » Jamais, lui qui est resté à Sakhala jusqu'à l'âge de 23 ans „ environ, n'a pu en savoir plus long : « J'étais bien marabout, ,) mais cela ne suffit pas, il faut faire partie de cette confrérie ,, et je n'ai jamais été initié ; je n'ai jamais cherché à en savoir » davantage, ni à m'aventurer par là : mon affaire eut été » ré"-lée, on vous coupe tout bonnement le cou. »
Tces Dioula trouvent, dans ce courtage, une source de » richesse qu'ils tiennent à garder ; c'est la raison qui a pro- » voqué l'organisation de cette sorte de Société secrète dont » m'ont parlé mes hommes. Le même fait u'existe-t-il pas un » peu plus au sud, pour les transactions entre les Lô ou leurs » voisins, avec les comptoirs de la côte 'de l'or et des graines? »
— Enfin. Binger résume ainsi ses observations sur les marchands de Kola au Soudau :
« Les marchauds du Soudan peuvent se diviser en plusieurs » catégories: l» le marchand momentané, nègre de n'importe » quelle race, qui borne son commerce de sel de Guinée ou de » Kola à deux ou trois voyages ; 2" les Kokoroko : ce sont >^ généralement des Nomou (forgerons) de Ouassoulou ou du » Ouorokoro. Ils commencent par fabriquer de la poterie, des » objets en bois ou en fer, de la vannerie, qu'ils vendent » contre des kauris ; lorsqu'ils ont un lot de quelques milliers » de cauris, ils s'en vont sur les marchés à Kolas, )) achètent une petite charge de ces fruits, et vont à 3 ou » 400 liilomètres plus au Nord, généralement à Ouolosrsébougou, « Ténétou, Kangaré ou Kona, l'échanger contre du sel avec un » modeste bénéfice. Le sel est importé à son tour sur la tête » jusqu'aux marchés à Kola les plus éloignés, tels que Sakhala, » Kani ou mité. Là, ils ont le Kola un peu meilleur marché, 1) puis ils reviennent et font ce métier d'échange du sel et du » Kola jusqu'à ce qu'ils aient gagné un certain nombre de » captifs leur permettant de se livrer à un commerce plus » lucratif ».
— Mais le Kola n'est pas seulement consommé en Afrique. Quelques maisons de commerce l'exportent directement au Brésil, soit de certains ports du Dahomey dans lesquels l'exportation n'est pas interdite par le roi du pays (1) comme Porto-Novo, par exemple, soit du Congo français ou de la Guinée inférieure et particulièrement d'Ambrisette. On ne connaît pas exactement le chiffre de cette dernière exportation, mais il doit être fort peu élevé, si l'on n'oublie pas qu'elle repose presque uniquement sur la satisfaction des besoins propres aux Nègres Africains, qui, transportés par l'émigration sur le sol américain, n'y ont pas renoncé à leurs habitudes les plus chères, devenues de véritables besoins, comme la mastication du Kola.
D'autre part, il ne faut pas oublier que le Kola est fortetement consommé au Brésil, ainsi que l'indique le document suivant tiré de « Indische Mercuur » (Amsterdam, 29 nov. 1890):
(1) Sur certains points delà côte et en particulier du royaume du Dahomey, il était, avant la défaite de Béhanzin par les armes françaises, absolument interdit aux commerçants Européens de laisser sortir le Kola du pays, tant cette graine est considérée comme de première utilité pour les Africains.
gg ÉDOUABD HECKEL
. t .1 H-ms un discours (le sir Alfred . L-observalion suivante lut d,"is un
. Maluney K. C. M. G, Gouverneu. de Lagos a i
.,e,.U„.e delà navigation ^^l^^^JJ ^^l^^^ , dernier: Considérant la rapide l.aversèequ.p
. à nrésent comparée aux voyages des voilieis, le commerce du K a peut s'étendre considérablement, surtout quand on sait qu^l y a une forte demande au Brésil pour cette gra.ue. ue tout ce qui coûte ici , s. 0 „. obtient là-bas e pr.x de . .
I. an i-iienn de SOI! impoiiance, la Reorodu sous, en outre, en laison ae i
lettre suivante du consul Stevens, à Bahia, an . Foreujn ofUce . à Londres, constatant l'existence réelle de ce commerce .
, Bahia, le 6 septembre 1890.
B Mylord,
„ J'ai l'honueur d'attirer l'atteutiou de Votre Excelleuce sur ■«la force des uègres de l'Afrique Occidentale ; ils peuveu tra- « vailler très-longtemps, soulever des objets très lourds et les „ transporter à de grandes distances ; on dit que la forte » consommation qu'ils fout des noix de Kola en est la cause. » suivant l'opinion et l'observation personnelle des commerçants de l'Afrique Occidentale. J'apprends que la noix de Kola sera » employée dans l'armée française, d'après des expériences >, faites à Marseille, par M. le Docteur Heckel. professeur a y> l'Ecole de Médecine de cette ville.
» Dans notre port, les portefaix de l'Afrique Occidentale qui ), mangent du Kola, et portent sur eux la fève enveloppée ), dans des feuilles de banane, sont physiquement considères ,) comme des hommes moins bien bâtis que les nègres Brési- » liens, et pourtant, en mâchant sans cesse du Kola, l'Africain » peut faire un travail et supporter une grande fatigue, ce » dont un portefaix brésilien n'est pas capable. Là où, par » exemple, on a besoin de 8 nègres brésiliens pour porter un » fardeau avec beaucoup de peine, ce même fardeau est enlevé » facilement par 4 portefaix Africains, qui chantent en mar- » chant, même quand ils montent une colline, mais toujours » avec un morceau de Kola dans la bouche.
» Comme on paie ordinairement le débarquement au poids, » les escouades africaines, qui sont composées d'un plus petit
» nombre d'hommes, gagnent le double, et tandis qu'elles épargnent » l'argent, le nègre brésilien vit au jour le jour, boit du rhum, » croyant' que cela le fortifie, dépensant trois fois ce que paie » l'Africain quotidiennement pour les noix de Kola. Celles-ci » ne donnent pas d'ivresse, sont très nourrissantes, bonnes pour » la soif, pas excitantes, et procurent de la force et de la » fraîcheur.
» Il m'est arrivé qu'un sac de sucre, pesant 80 kilog., » après avoir été refusé par un nègre portefaix bien portant, » jeune et bien bâti, qui ne pouvait pas le déplacer, était » facilement emporté par un nègre africain âgé, qui, après » avoir pris un morceau de noix de Kola dans la bouche, le » transportait pendant une distance de quatre lieues en cinq » quarts d'heure, sans l'enlever une seule fois de la tête. Je » pourrais rapporter encore beaucoup de cas pareils.
» Le Kola arrive ici de Lagos, et n'est jamais très-frais. Il » est meilleur pendant la récolte ou peu de temps après ; » chaque fève est vendue de S d. à 5 d., cela dépend de la » fraîcheur.
» Un petit morceau de la noix est mis dans la bouche et » mâché, jusqu'à ce qu'il soit peu à peu avalé. Je ne doute » pas que cette noix de Kola soit bien connue du Gouverne- » ment de Sa Majesté, mais ayant souvent démontré leur utilité » dans ma correspondance particulière à M. Wyndham, de » Rio-Janeiro, Son Excellence me conseillait de rapporter les » faits à Votre Excellence, pour les faire parvenir au Minis- » tère de la Guerre. Ci-joint, je vous envoie une douzaine » de noix de Kola, prises d'une balle qui vient d'être importée » par un négrier de Lagos.
» Signé : Geo. -Alex. Stevens, consul. »
Quant au commerce d'importation en Europe, il va croissant rapidement depuis une vingtaine d'années, si l'on en juge par le tableau suivant extrait du Report of the progress and conditions of the Royal Gardens at Kew (année 1880, p. 14) :
Livres anglaises
En 1860 l'importation fut d'environ: 150,000 = 55,960 k.
En 1870 — — — 416,000 = 145,168 k.
En 1879 — 743,000 = 378,625 k.
Qg EDOUARD HECKEL
Voici sur le Kola exporté du Gabon, la statistique pour la récolte de janvier et février 1891 :
Poste de Lambaréné (Ogooué). - Janvier = 1432 k.
Février = i^- D'autre part, M. Goujon me donne sur cette exportation de Libreville (Gabon) les renseignements suivants : « La quan- ! tité de Kola qui se trouve dans le pays a de beaucoup d passé les besoins des indigènes; depuis un an environ certaines factoreries en ont un peu acheté particulièrement a Lison Wœrmann et Ca de Hambourg, qui en a expédie de « 6 à 700 k. pendant le 3« trimestre 1890 (renseignement fourni «parle service des Douanes dans le ^^^lletin trimestri^Bl de ,> commerce, qui a été transmis au Ministère en février 1891 (1 .
Le Kola s'achète par mesure à Sierra-Leone, qui est le véritable marché de cette denrée sur le littoral. Chaque mesure pèse environ 45 k. et se paie, selon }^ 'f 'f^ disposition du marchand, depuis 50 fr. jusqua loO fr. (2)
Arrivé à l'état frais dans la Gambie et à Gorée, le Kola augmente de 45 p. 100 de sa valeur, et la même mesure vaut de 100 à 250 fr. selon le prix d'achat à Sierra-Leone. Une seule graine vaut à Gorée de 0 fr. 30 à 0 fr. 50 la pièce selon la saison. Dans la capitale de notre colonie du Sénégal, à St-Louis, où il s'en fait un commerce très important, elles se vendent à 0 fr. 15 et 0 fr. 50 pièce, suivant la grosseur.
Je suis heureux de pouvoir transcrire ici en détail les observations de M. le D'' Rançon, médecin de l^" classe des colonies, relatives au commerce du Kola dans le Soudan français, telles que les a rédigées à mon intention cet intrépide
(1) Dans le Journal officiel du Congo du 20 novembre 1891, on lit dans un avlicle intitulé- Renseignements commerciaux sur les produits de VOgowé, le passage suivant : « Noix de Kola (Terre Oyouga-Batéké). Production médiocre, pourrait se » développer dans une large mesure. On en trouve aussi, mais en petite quantité, I, dans les forêts habitées par les Obambas, sur la roule de FranceviUe à Diéle. «
(2) D'après Virey [Sur la noix de Goura ou de Gourou. — Journal de Pliarmacie 1832, p- 702 ; ; « Les Maures du Fezzan et de Tripoli payaient à cette époque „ deux piastres (11 francs), vingt de ces noix, ce qui fait 0,73 la pièce ». Le même fait de pénétration du Kola, par les caravanes, jusqu'au Maroc, est conGrme dans Report of the progress and conditions of the Royal Gardens at Kew (année 1880, p. 14), oii on lit : « Le commerce du Kola s'est aussi répandu du centre de l'Afrique jusque dans les ports africains de la Méditerranée. »
explorateur dès son retour de la mission qu'il vient récemment de remplir dans la haute Gambie et dans le Soudan. Ces détails, qui empruntent une haute autorité à leur auteur, ont trait à une région du Soudan toute différente de celle qu'a parcourue le capitaine Binger, c'est-à-dire la haute Gambie à peu près inconnue avant les voyages d'exploiration de M. Rançon et la partie du Soudan français comprise entre la Gambie, Kayes et Baminakou. Ils ont un grand intérêt puisqu'ils touchent à une région française dont la conquête semble complètement assurée depuis longtemps.
« Le commerce de Kolas qui se fait au Soudan français est » des plus actifs. Nous pourrions même dire que c'est le seul )) produit qui fasse l'objet de transactions suivies et impor- » tantes ; à ce point de vue nous sommes absolument tribu- )) taires des colonies anglaises de Sierra-Leone et de Ste-Marie » de Bathurst. Le Kola pénètre dans notre colonie par plusieurs » voies, mais les quantités qui nous viennent par la voie » anglaise sont de beaucoup les plus considérables. Saint-Louis, » qui, lui-même, le reçoit de la Gambie et de Sierra Leone, » n'en exporte au Soudan par Bakel et Médine que dans de » très faibles proportions. C'est surtout par Mac-Carthy que se » fait l'importation pour tous les pays situés au Nord de la » Gambie: Ouli, Kalon Kadougou, Sandougou, Bondou, Bam- » bouck, etc.
» Nous avons pu, pendant notre séjour à Mac-Carthy, nous » convaincre de l'importance de ce commerce. Mais nous avons » été heureux de constater qu'il était là tout entier entre les )) mains du négoce français que la Compagnie Française de la » côte occidentale d'Afrique représente si avantageusement et » si dignement dans toutes ces régions. Les Kolas qu'elle )) importe lui viennent de Sierra-Leone par Bathurst ; c'est par )) balles du poids de 25, 50 et 100 kilogrammes qu'elle les » livre à ses clients de l'intérieur. Ils sont surtout échangés )) contre des produits en nature : arachides, cire, ivoire, caout- » chouc.
» La seconde voie importante par laquelle le Kola pénètre » au Soudan Français est celle du Fouta-Djallo. La ville où » se pratiquent le plus les transactions commerciales concer-
j;UOUAl\D UECKEL
„.„i ,.nlifin(H est Kédougou dans . oaot ce produit, le plus S''»"" „,H,e le Niger
Niocolo.Delous les pomlsdes ..« ous S' " ^^^^^
. et U. .além., les DiouU. amue. t e - ^ J ^^^^^ , aehats. C'est surtout du ^^n^^s. Elles
, juin que les y,, ,es almamys du
. seraient eneore bien plus "^'f t„e . Fouta.Diallo n'ava.ent pas "«^ f ^ola, soit de
. exorbitante. Ainsi, tout Dioula 1" "'^"''^^^^.Bjaiio ou de . Kédougou. soit !;'7.P7'r:';re \ a sorti 'une pièce , ses provinces tr.butanes, ' ^..^^ ^ ki,ogramn,es),
. de Guinée, ou sa valeur P^'.f'f charge d'homme (23 kilo- ' ^' ""^rcef ii: 1 : .r s:Ïtou^ si .oa songe que : rnreÎrÏÏlnr'ul pi.ce de gu^e vattt <.e JS -5 Ir^
A K^fioiisou tout le commerce des Kolas est enire ' If sârracolés et nous en avons vu qui opéraient sur
» et Malinkés surtout. Les achats se payent en etofles, sel, . vprroterie poudre et principalement captifs.
Le la jouit à Damantan (Haute-Gambie) et dans le pays . d s Coniaguiés (contrefort du Fouta-Djallo), où j'a. pénètre en i' un des premiers non sans danger, de la même faveur qu . dans tout le reste du Soudan. Les Comaguies en son «particulièrement friands. J'ai pu le constater ^ ^ ^P^^^ .•sèment avec lequel ils acceptaient les <^^d«^7^.;i;^ .j^^^^^î . faisais de cette graine. Par contre, ils trouvent fic^le^ient a » satisfaire leur gourmandise, car le Kola y est très rare » Bien que Damantan et le Goniaguié soient relativement peu » éloignés de Kédougou (grand marché à Kolas du Nicolo), „ ils en reçoivent fort peu par cette voie. La plus grande partie de ce qu'ils consomment leur vient de Labé et surtout » de Mac-Garthy : elle leur est apportée par les rares Dioulas „ qui sont assez hardis pour s'aventurer dans leur pays sau- » vage fermé à tout étranger. Aussi, le prix en est-il exces- » sivement élevé, si exorbitant môme, que le Kola est consi- ,) déré dans les régions comme une marchandise de luxe ei )) qu'il y fait l'objet d'un commerce insignifiant. L'arbre
» Kola est absolument inconnu dans les deux régions, mais » j'ai la conviction qu'il y viendrait bien en raison de la » nature du sol et du climat.
» Une autre voie de pénétration est celle du Diallon-Kadou- » gou et du Dialloungala. Nous n'avons que des données très » vagues sur son importance, n'ayant pas visité ces régions; » mais nous pouvons affirmer avoir souvent rencontré, dans » nos voyages à travers le Bambouck, des Dioulas qui s'y » rendaient pour y faire leurs achats.
» La plus grande partie des Kolas qui se comsomment sur » les bords du Niger vient du Sud et de l'Est par les marchés » de Tengréla, Kankan et par la voie du Fouta Djallo (par » Timbo et Dinguiray).
» On ne saurait s'imaginer l'importance de ce commerce » dans les régions comprises dans la boucle du Niger, et » dans les régions situées au Sud. Il n'y a qu'à lire l'ouvrage » de Binger pour s'en rendre un compte exact. En parlant » du commerce de l'importante ville de Kong, Binger dit : » Les filles de l'âge de six ou sept ans vendent et colportent » dans la ville des Kolas. » Et plus loin : « Les femmes des » petits marchands, qui sont forcés de passer au loin une » partie de l'année, vivent pendant l'absence de leurs maris en » vendant des Kolas, etc. » Nous relevons dans le passage où » il décrit l'important marché de Bobodioulasou :
» Les Haoussas sont très nombreux ici, ils apportent tous » du sel sur leurs ânes pour emporter des Kolas. » A propos » du gros village de Ouakara, il nous dit que l'élément Peulh )) n'y est représenté que par quatre familles et que ce village » fait un gros trafic de sel et de Kolas. » Plus loin il nous » apprend que les caravanes qui se rendent du Sud vers le » Haoussas « sont surtout chargées de Kolas, n Takla, dit-il » plus loin, est un village fort prospère. « Les habitants » s'occupent activement du commerce du Kola et bon nombre » de gens de Kong et de Boualé viennent y faire provision de » ce produit. » Ces quelques citations sont amplement sufli- » santés pour montrer toute l'importance de ce produit au » Soudan.
» Les Kolas qui parviennent à Bakel et Mac-Carthy sont
EDOUARD HKCKKL
• c M l'aitle des leuilles très „ emballés <1»l,s de grands pao,e,s
. grandes d'un autre -«f " ^..e la graine se garde
. 25 à 100 kilogs environ -^'"^ P » transporter. Mais „,„„glenrps intacte et pas P atiqué. De sembla-
. aans nntérienr. ce encombrantes pour
. bles charges sont trop .lourdes a Uop
. les moyens de '-fP^' f "„^'°""',a tête ou à charge . en effet, est porté daos <='^^ ;<-f '""^ ^^^^^i. Les Kolas sont „ d'àue, aussi l-eurballage «f"'' -,^/*";„,„,t, <,e larges . toujours enveloppes dans une
„ feuilles d'un arbre congénère ou défaut ^P^
„ fonio légèrement bum.d L pan e au
„ à une forme ''/targes pour pouvoir assurer
des .^ines. Ils sont portés à tête d'homme et deux cord
: î,!: . sa partie --^-z:rtT:c^:Li:r^:
: ^r'— eU:C vS.,; tolles ... pagnes
Cs de service et solidement ficelées à l'aide de cordes d b mbous ou faites avec des fibres de Baobab. C'est ainsi que . les Kolas arrivent sur nos marchés de Bakel, Kayes, Medine, „ Bafoulabé, Kita, et«., etc.
, Le commerce de détail est des plus répandus. On peut . dire que, dans tout le Soudan Français, il n'y a pas de . village de quelque importance qui n'ait ses marchands de . Kolas. Dans les centres importants, c'est au marche que se » tiennent les trafiquants; dans les petits villages c'est dans les . cases mêmes qu'ils installent leurs produits. En tout lieu, , ils ont rapidement écoulé leur marchandise.
, Les prix en sont excessivement variables. Us dépendent . surtout du plus ou moins grand éloignement des centres de , production et de la plus ou moins grande abondance des , arrivages. Dans certains villages du Bambouck, nous les » avons vu vendre couramment dix centimes l'un. A Bakel, a » Kayes et à Médine, ils sont un peu moins chers, et, à
(il Voir page SS, Og- " "B"'» I»"'™. 1"' * ^' semblable à celui qu'on emploie dans le delta du Niger.
» Bammako, il nous est arrivé de les payer en moyenne 15 » à 20 centimes la pièce. Il faut dire aussi que, là, ils sont )) beaucoup plus volumineux que dans les régions situées » plus à l'Est. En général, le Kola blanc est bien plus estimé » que le Kola rouge (1). Aussi se vend-il plus cher partout; » mais, en général, les deux variétés rouge et blanche sont » mélangées à peu près en parties égales dans les achats.
)) Nous ne saurions évaluer en argent l'importance de ce » commerce, mais nous pouvons affirmer qu'il est très consi- )) dérable et doit donner lieu à un chiffre important d'affaires.»
Sur les bords du Niger, les tribus de l'intérieur paient le Kola (tant ils lui accordent de prix), jusqu'à 5 fr. la graine, et dès qu'elle y devient un peu rare, par manque d'arrivage des caravanes, la même graine y est estimée à la valeur d'un esclave. Enfin, il n'est pas rare qu'auprès de certaines tribus très éloignées de la mer, les marchands mahométans arrivent à échanger leur poudre de Kola sec, contre l'équivalent en poudre d'or. En tenant compte de cette progression croissante des prix depuis la côte jusqu'à l'intérieur, on comprend aisément l'importance qu'attachent les tribus à la possession de cette graine, en raison des bénéfices qu'elle leur procure, et on le comprendra mieux encore si l'on veut bien tenir compte du rôle que joue cette graine, non seulement au point de vue alimentaire auprès des diverses populations africaines, mais encore dans la vie sociale et politique de ces peuplades, ainsi que je vais le dire.
Il résulte, en effet, de cette multiple utilisation, que le Kola n'est pas seulement une matière commerciale, mais encore une substance capable de faciliter le négoce en disposant favora-
(t) Le R. p. Sutter (de Bofla, Rio-Pongoj, m'éci-it à ce sujet : « De plus, d'après » tous les indigènes de ce pays, le Kola blanc est beaucoup plus aciif que le Kola » rouge. Pour bien faire saisir la diflérence qui existe à ce point de vue entre ces M graines, voici la comparaison qu'ils établissent. Si l'on mange un Kola blanc » vers 10 h. du matin, on ne pourra pas dormir durant la nuit qui suit, tandis n que pour obtenir le même ellet sur un Kola rouge, il faudra le manger à '.i h. » du soir. » Ainsi s'expliquerait la préférence des nègres pour le Kola blanc. Nous reviendrons sur ce point important, dans la partie cbimiqne de cette étude.
KDOUARD HECKEL
blement les vendeurs envers les acheteurs, qui se présentent à eux ce présent à la main (1).
Le prix du Kola s'est élevé considérablement dans ces dernières années et notamment en 1890, après la publication de mes travaux et les discussions dont les résultats ont ete l'objet à l'Académie de Médecine de Paris. Les deux principaux marchés de ces produits sont : Bordeaux et Marseille, pour la France ; et Liverpool, pour l'Angleterre.
Dans notre pays, en 1890, le prix du kilogramme de noix de Kola sèches de la côte d'Afrique (rivières du Sud) ses élevé jusqu'à 8 et 10 fr., en droguerie. Mais ces prix ont baissé depuis ce premier engouement et ont repris leurs cours normaux de 1 et 3 fr. le kilo, qui sont rémunérateurs pour le négociant et abordables pour le consommateur. Nous pouvons suivre, du reste, les fluctuations de cette hausse de prix pour 1890 dans le Indische Mercuur (1890, 29 nov.) Amsterdam) où nous lisons: « Peildant ces dernières années on a » demandé à la côte d'Afrique des noix de Kola pour faire ), des expériences et pour en faire une préparation semblable ), au chocolat et au cacao. Suivant un correspondant dans la » City, il y a eu cette année une grande augmentation du » prix des noix de Kola, je crois d'environ 4 d. la livre,
(1) Nous trouvons dans Binger (Du Niger au Golfe de Guinée) plusieurs exemples du rôle social que joue le Kola chez les peuples Africains qu'il a visités :
Ouahabou(ll»6- lat. N. et o» long. E.). - Quelques musulmans du village viennent à leur Boultary et lui offrent des Kolas en lots de 5 à 20 fruits, mais toujours présentés dans un coin de leur boubou (p. 34, Tour du Monde, 1891).
Salaga.— Pour me conduire à Kong, il me confia au flls d'un llaoussa qui faisait retour avec du sel vers ce marché et lui adjoignit un de ses propres captifs, i\\iqne\ je promis de donner une charge de Kola à son arrivée (p. 82, Tour du Monde, 1891).
Kintampo.— Mon hôte Sâadou, prévenu la veille de mon arrivée dans la ville, envoya un vieillard au devant de moi pour m offrir, de sa part, 40 beaux Kolas
rouges, Je fus admirablement reçu par Sâadou qui m'envoya de beaux
cadeaux en vivres, etc., et beaucoup de Kolas (p. 87, Tour du Monde, 1891).
Kintampo — Pour voir le principal trafic, il faut vivre de la vie des habitants, passer des heures à siester en compagnie des diatigués, en mâchant force Knla (p. 90, Tour du Monde, 1891).
Salaga — Le roi de Pambi a pour titre Ouroupé, titre qui a dû lui être donné par les Mandé, quand, jadis, il percevait 100 Kolas par charge... (p. 7G, Tour du Monde, 1891).
» jusqu'à 5 s. et 9 s. 6 d. (3 fr. 20) la livre anglaise; et » celte augmentation est due à un acheteur qui a pris tout » ce qu'il a pu trouver pour en faire des préparations de » Kola. Les prix actuels, excessivement élevés, encourageront » sans doute les expéditions de tous les points de production » et le marché sera tellement abondant que les prix bais- » seront (1). Des rapports commerciaux du Chemist and Druggist, » on voit que la situation des noix de Kola est comme ci-après: » J8 octobre 1890 : « Les noix de Kola sont en hausse cette )T semaine et nous croyons qu'à Liverpool on côte 2 s. 9 d. ))(3fr. 40)la livre de graines bien séchées (442 gr.), quoiqu'on » ait appris un arrivage d'environ 50 balles. A l'enchère d'au- » jourd'hui on a vendu un fût de Kola et cette semaine on a » payé pour des graines bien séchées 5 s. 5 d. à 2 s. 5 d. la livre » (2 fr. 70 et 2 fr. 80).
Emploi, Usage, Vertus, Symbole. — Le Kola est l'excitant par excellence chez les nègres africains, et à ce titre, comme le café chez les Orientaux (2), il est servi à tout propos et hors de propos. Dans les tribus où le Kola n'est pas spontané, aucune transaction de quelque nature qu'elle soit ne peut se faire sans que ces graines interviennent soit comme cadeau, soit pour être mâchées séance tenante. S'agit-il d'une alliance entre tribus, les chefs échangent des Kolas, mais alors des Kolas blancs, cette couleur étant chez les Africains, comme au milieu des peuples civilisés, le signe de la paix et de la bienvenue. Au contraire, faut-il déclarer la guerre, on envoie à l'ennemi des Kolas rouges. Toute demande de mariage est accompagnée d'un lîola blanc offert par le prétendant à la mère de la jeune
(1) C'est, en effet, ce qui s'est produit dès les débuis de l'année 1890.
(2) Voici sur ce point un témoignaiïe qui s'impose à notre attention, c'est celui du D'" NackUgall dans son Saliai'a et Soudan (1881) : « La noix de Gourou, dit-il, » est devenue pour les gens du Bornou et Oaoussa, un aliment tout aussi indispen- » saille que le café et le tlié le sont pour d'autres peuples, et quand une mauvaise » récolte ou la guerre en diminuent l'importation, cet état est considéré comme une » calamité générale. On lait les plus grands sacrifices pour s'assurer cette jouissance » quand on en a été privé pendant longtemps, et le Kaoouri n'hésite pas à vendre » dans ce but, son cheval, son plus grand bien dans ce monde. L'offre d'une noix » de Gourou est toujours considérée comme un signe d'amitié spécial. »
EDOUARD HlîCKKL
lille (1) Si la réponse est envoyée sous la (onne d'un Kola a même couleur, c'est que la jeune nile est libre ; s, le Kola es ouge c'est le refus. Lorsque le mariage doit se consommer u Zdante provision de Kola est de
rupture, dans les cadeaux de noce farts par le fiance. Parfois même Ml faut en croire René Caillé, cette précieuse noix seit à âm ner la paix dans les ménages troublés, comme celui de son guide Kai-inou, qu'une noix de Kola partagée avec sa femme réconcilia avec cette dernière qu'il avait rouée de coups ciuelque temps auparavant.
Telle est la valeur accordée à ce produit que, dans 1 ultérieur, rofire de quelques-unes de ces noix, et môme d une seule est considérée comme une grande politesse, qui. lorsquelle vient d'un chef à un voyageur bjanc, prend le caractère d'une assurance de bienvenue, d'amitié et de protection a la condition toutefois que la couleur de la graine soit blanche (2).
m VoLci comment s'exprime sur ce point le colonel Galliéni dans son rapport J sa mission dans le haut Nirjer et a Ségou (BuUet. de la Soc de «eog ph de Paris 7» série, T. IV - 1883). « Quand un Bambara ou un Malinke veut epouseï
I une je'une nUe, il envoie au père un cadeau de 10 Kolas blancs. Le pere, s .1 ac- „ cepte, répond par un cadeau semblable ; en cas de refus, il envoie un Kola „ rouge. Le demandeur, si! est agréé, ajoute un cadeau de Cauns et de poulets des- „ tùiés au repas du mariage. Il peut ensuite emmener sa femme mais le pere „ réclame aussitôt la dot fixée généralement à 30 ou 40,000 Cauns. Puis une petite
tète avec accompagnement de chants et de danse, Ûnit cette simple cérémonie, i, (2) Je relève les passages suivants très signiUcatifs dans « Voyage aux sources du Niger ., par MM. Zweilel et Mouslier [Bulletin de la Société de
Géographie de Marseille, 7^ série, annéel«81,p. 128): « Pewa, roi des
„ Limbahs, nous donna des Kolahs blancs, en signe d'amitié, et un anneau d or.
Je ne dois pas passer sous silence la description du Kolali, qui fait partie des ,, usages quotidiens des noirs de la côte occidentale et qui est intimement liea leurs
II mœurs. Le Kolah est un fruit qui ressemble beaucoup au marron sauvage. L arbre „ qui le porte a les dimensions d'un noyer. La gousse qui recouvre le Ivolah est „ grosse comme un gros concombre et en a presque la forme. Elle contient dans ses „ cellules dix à quinze de ces fruits, qui sont fort amers. Ils laissent pourtant un „ arrière-goût douceâtre. 11 y a des Kolahs rouges et des Kolahs blancs. L'arbre qui „ produit ces fruits se trouve depuis la côte jusqu'aux plateaux de l'intérieur, ou on ,) le perd de vue. L'achat et la vente de ces fruits font l'objet d'un commerce très „ important dans loul le nord et l'ciust de l'Afrique ; on le paye parfois jusqu'à )i 100 francs les oO kilog. On attribue à ce fruit la vertu de conjurer la faim et de )i rendre potable l'eau saumâtre ou stagnante. Aussi, quand ils doivent faire un » voyage de quelque ilurée, les noirs se munissent-ils de Kolahs.
H On envole des Kolahs muges à ses ennemis pour leur déclarer la guerre. Au
Binger, au sujet des emplois superstitieux du Kola, raconte le fait suivant :
(( Ouolosébougou — (11° 9' lat. N. - 10° 1 long. E). Depuis » une huitaine de jours nous avions un nouveau voisin. C'était , » un nouinou (forgeron) du Ouassoulou, qui élail Kokoroko (\) et » qui exerçait aussi le métier de Kéniélala (de prédire l'avenir, » sorcier). Cet homme vint me voir plusieurs fois dans la môme » journée. Intrigué de ces fréquentes visites, je pensai qu'il avait » probablement à me parler. Pour ne pas l'interroger brusquo- » ment, je me décidai à aller lui demander la bonne aventure. » J'entrai donc dans sa case, dont il referma soigneusement » la porte. Après quelques mots échangés, il me pria d'aller » chercher mon fusil et d'apporter huit Kolas rouges et huit » Kolas blancs. Dans sa case, il avait un petit tas de sable » fin ; d'un seul coup, avec un petit balai, il l'étendit devant » lui en forme d'éventail. Alors, après m'avoir fait promettre » de taire ce que le sable (kénié) m'apprendrait, il plaça le fusil le » long du diamètre de la figure et traça rapidement dans le » sable, avec le doigt, des signes cabalistiques; puis il me » fit tenir un demi Kola rouge et un demi Kola blanc au » dessus du sable. Pendant une minute environ il marmota » quelques paroles; à partir de ce moment mon rôle était à » peu près terminé, je n'avais plus qu'à manger, séance » tenante, les deux moitiés de Kola et à étendre les mains » au-dessus du kénié pendant les trois opérations suivantes : )) un Kola rouge entier est placé au centre, les sept Kolas » blancs sont rangés en demi-cercle et relevés dans l'ordre )) inverse, puis la môme chose est faite avec les Kolas rouges.
» lieu de lever la main di-oile, on jure sur le Kolah el on en mange. Quand un noir Il voulant absolument faire un présent n'a que des Kolalis rouges, il a bien soin en » lesollrantde dire :« Si j'avais pu les rendre blancs je l'aurais fait», afin d'aller n au devant d'une impression défavorable. »
Le I> Crozat {Voyage au Mossi, août 1891) donne l'indication suivante : « h Oua- » goudougou chez le Naba : « J'allais me retirer iiensant avoir déplu lorsque le » Naba revint apportant des Kolas n.
(1) Le nom de Kokoroko, comme nous l'avons vu, est donné au Kola dans la région de l'Ouest africain (d'après Scliveinfurlli : Au paijsdes Nianis-Niains, voir ici même la page 39) peut-être en souvenir de la caste qui en a monopolisé la vente et le commerce au Soudan.
-jg ÉDOUARD HECKEL
>, Cela terminé, on peut demander au devin tout co, que l'on « veut, sauf de rendre les Kolas qui sont pour lu. ; ils constv- » tuent ses petits bénéfices. » . ^ ai
Dans l'ordre religieux et judiciaire, l'importance du rôle du Kola n'est pas moindre. Tous les serments se prêtent sur ces graines et de la manière suivante : le nègre étend a main sur ces semences, jure et les mange ensuite (1). A la mort d'un ami, l'ami place pieusement quelques Kolas sur son corps pour lui permettre sans doute de faire le grand voyage, aucune roule un peu longue n'étant entreprise par un Africain sans une provision de ces graines, qui peuvent, par leur vertu, dispenser le voyageur de toute autre nourriture. Enfin, les Mahométans n'hésitent pas à affirmer aux croyants que c'est un fruit d'origine divine apporté par le prophète en
personne. .
Au sujet du rôle que joue le Kola dans la vie des indigènes au Soudan français, je suis heureux de pouvoir placer, à côté des observations du capitaine Binger, celles non moins importantes du docteur Rançon, médecin de classe des Colonies, l'éminent explorateur de la Haute-Gambie et du Soudan, qui, comme on le verra dans un autre chapitre (Emploi stratégique du Kola) , a fait sur lui-même et sur les animaux qui l'accompagnaient, l'emploi méthodique de cette graine durant une mission scientifique récente qu'il vient d'achever en fin 1892, dans ces régions de l'Afrique tropicale. Je lui cède la parole d'autant plus volontiers qu'il a bien voulu, sur ma demande, rédiger les notes suivantes dans le but unique d'en faire profiter les lecteurs de ce livre :
a Le Kola joue, au Soudan français, un rôle important dans » la vie des indigènes. 11 suffît, pour s'en convaincre, de lire » les relations des voyages faits dans ce pays par les dilïérents » explorateurs qui l'ont visité. Il a fallu que les noirs trouvent
(1) Voici un pnssagc du U' Crozat {Voyage au )losxi, août 1891). qui nmnlre bien l'importance de co st-rmenl : « h Oiirukmj — Les Bolios sont sans pudeur, 1) mais cependant ils ne dévalisent jnmais les voyageurs dans b ur village... A » Fakémas (chc/, les Bobos), un de mes h )mmes se plaignit à moi qu'on lui avait )i volé trois pagnes neufs de li valeur de 2,ij00 cauries. Il accusait son hôte : ci'Uii- I) ci, pour se disculper, dut faire, devant le village assemblé, le serment du Kola. »
» au Kola des propriétés bien salutaires pour qu'ils le tiennent ,) eu si haute estime. Dans presque toutes les circonstances de » leur vie sociale, on les voit utiliser cette graine. Ainsi, chez » les Bambaras et les Malinkés. s'agit-il d'un serment, c'est » sur le Kola qu'ils jurent. Voici comment on procède à cette » cérémonie. Une contestation s'élève-t-elle entre deux noirs, » un homme en accuse-t-il un autre, les anciens et les notables » devant lesquels est portée l'affaire font comparaître l'accusé. » S'il nie ce qu'on lui reproche, on lui fait prêter serment )) sur le Kola. Pour cela, le forgeron principal (il ne faut » pas oublier que les forgerons sont les prêtres dans les pays » Malinkés, Mandingues et Bambaras) prend un Kola bien sain. » Il fait placer devant lui l'homme qui va jurer, puis, allu- » mant un petit feu de paille, y flambe le Kola, sans doute » pour le purifier. Le prenant ensuite de la main gauche, il » le pique en maints endroits avec la pointe de son couteau » en prononçant la formule du serment. Ces piqûres sont » faites pour bien montrer que le Kola est sain. Voici la for- » mule la plus ordinaire de ce serment : « /e jure que je n'ai » pas fait ce dont on m'accuse; si je mens, je veux que ce Kola » que je vais manger m'empoisonne dans tant de jours. » Cette » formule est répétée mot par mot par l'accusé, au fur et à » mesure que le forgeron la prononce. Ceci fait, le Kola est » immédiatement mangé en entier et celui qui vient de jurer » est tenu de boire une calebasse d'eau pour bien prouver » qu'il ne triche pas. Ce serment est le plus terrible qu'un » Malinké ou un Bambara puisse prononcer : il est bien rare » qu'il l'accepte s'il se sent coupable. Sans doute, il pourrait » aussi bien jurer sur le kouskouss, le poulet, la viande ; » mais, aux yeux de tous, les serments ainsi prononcés ne » valent pas ceux qui sont prononcés sur le Kola.
» Autre fait. Il me souvient avoir lu quelque part, et dans » je ne sais plus quel récit de voyage, que lorsqu'un Malinké » ou un Bambara voulait demander une jeune fille en mariage, » il envoyait au père huit Kolas blancs. Si celui-là acquiesçait » à la demande, il renvoyait au prétendant deux Kolas blancs; » dans le cas contraire, il lui faisait parvenir un Kola rouge. » Dans les offrandes que les Bambaras et les Malinkés font
ÉDOUARD HECKEL
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. toujours des Kolas et d« Pr^'^J ,j donné bien des
. ceux <,ul ont vécu au Soudan en on ^^^^ ^^^^^
. lois durant le cours de leu, ^^^.-ande faveur que l'on . Ennn, si on mange un Ko a P us g ^^^^
„ eux et ea oniu ^ ... genre. Ceux
« nliPr à l'infini les exemples et les laiis ae b
» phei a i^ûun amplement, croyons-nous,
: ^iXorrcir le K». iomt d-une haute estime
•^rnTa?n!:;.t"enoir a reconnu combien cette . g a e'pliens°e avait sur son organisme une '--se ac.o^ , ,r,i Attribue toutes sortes de vertus cura Uve. IM m ore
.couramment contre les . .t^nr
. dysenteries, et surtout contre r.mpu.ssance. Ma.s c prm . cipalement quand le noir a une longue cour . s'en sert de prélérence. 11 dit que le Kola le lait ma.cher plus vue. calme la soif, empêche la flèvre, fait trouver eau fa plus mauvaise excellente, et enfm remplace la viande, „ Le Kola les fait-il marcher plus vite ? Nous ne croyons p^^ „ nue cette accélération de la marche soit exacte. Disons plutôt
ou son emploi rend la fatigué moins sensible et permet .Lrcher plus longtemps. A ee sujet, il . mémoire, nu fait que je tiens à relater '^^KZ JZ l . probant. En 1888. lorsque j'étais commandant du cercle ae : Koundou. je reçus un jour un pli de M. le couiinandan „ supérieur du Soudan, avec ordre de le faire parven, au . plus tôt à M. le commandant du cercle de Bammalio. Je , immédiatement appeler le courrier habituel du poste . A.hmady-Silla, et lui donnai la consigne de se rendre dans . le plus bref délai à Bammako. Je lui demandai ce qu u , désirait -comme vivres de route: « <ii( mcre, répondil-il, d"
» biscuit et des Kolas. » Avec ce simple viatique, il s'engageait » à être le lendemain rendu à destination. Je lui fis donner » immédiatement ce qu'il demandait et il se mit en route » aussitôt. Le lendemain, à une heure de l'après-midi, je » recevais une dépêche de M. le commandant de Bamraako » m'accusant réception du pli. Mon homme était parti à dix » heures du matin ; il avait donc mis 26 heures pour taire )) les 133 kilomètres qui séparent Koundou de Bammako. Il )) fit le trajet de retour sans désemparer, en un laps de temps » aussi court, et quand je lui demandai s'il était fatigué, il )) me répondit : « non, pas beaucoup mais un peu, parce qu'il )) y en a bien bouffé gourou (Kola), (sic) ». Ce fait n'a pas )) besoin de commentaires.
» Le Kola calme la soif et fait trouver excellente l'eau la )) plus mauvaise. Comme preuve à l'appui de cette opinion )) des noirs, nous pourrions citer les noms de bien des » officiers qui, comme nous, ont fait, au Soudan, uu usage )) fréquent du Kola. Nous nous contenterons d'affirmer le fait, )) pensant bien qu'une expérience de près de cinq années, sur » laquelle repose notre assertion, suffira pour convaincre les » plus incrédules.
» Les noirs remplacent volontiers la viande par le Koki. » Chacun sait que l'usage de la viande est très restreint dans » les villages du Soudan. Il faut une circonstance grave pour » qu'on immole un bœuf. Aussi, les noirs mangent-ils souvent » beaucoup de Kolas, et ils prétendent que cette graine peut )) remplacer la viande. Nous ne saurions dire jusqu'à (juel H point ce fait est exact. Il me souvient qu'à Mac-Carthy, » pendant le séjour que nous y fîmes en 1891, la plupart de » mes hommes furent atteints par la fièvre, et de plus la )) viande manquait souvent. Aussi, leur donnais-je fréquemment » des Kolas et ils ne s'en plaignaient pas, bien au contraire.
» Les noirs regardent encore le Kola comme un puissant » aphrodisiaque. On sait combien les peuples primitifs » tiennent à conserver le plus longtemps possible leur vigueur » génésique. Aussi, les peuples du Soudan font-ils, dans ce » but, une ample consommation de Kola, Jeunes, les hommes )) en mangent pour augmenter leur virilité ; vieux, pour la voir
g2 KDOUARD HliCKICL
. -1 nas rare de voir des
„ reparaître s'ils l'ont perdue et 1 n est p ^^^^
, vieillards réduire en poudre le Ko a ^
„ qu'ils confectionnent avec de v e 1 es ,
„ N'ayant plus de <'»,'f'; V"°',t rne saurions dire si le
„ pouvoir l'avaler et l'absorber Nous n
„ Lia possède réellement cette vert -J^' „„i„,.
„ Tout ce „ue nous pouvons «ffl™ ,^ ' » aonne
„ sellement, au Soudan, de ce e ^^'^^^^ et
„ surtout aux jeunes gens une ^l<^^"° . j, .joute
„ génésiquemenl utilisable, s, )^ P^'^f^^i
„ °u'il agisse de n>éme sur » f^,:^"^! Kola dans
„ Les indigènes ne se servent P ^ ^"'J^'"";" „ ..alimentation et »mme med.ca e t. s sen^^s^^ ^^^^^^^^^
:r;rdrn;Tsetvrpr1Lre leurs nis. et .é.e.
» r;:t^::frès^:..:™^ -naine
• „ B „^ r II di en ellet. en parlant de Bobodioulassou : . 0» r<™« - bande, de œm * ra!,o« rf« f^^-'-
„ fcro*,- les vitemnU. » Plus loin, à propos des f»""*^^
„ «k»oa«, ee fil est vendu éeru ou temt en rou,je m, « « ' „ mie du Kola, ou en bleu a.ee i'mrfiffo, ou en ,mne a«e le
« Nous ne croyons pas que, à part les ^'^SÎ^^^^^/^^^^f^J^ „ Binger, le Kola jouisse au Soudan français d une grande )) faveur comme substance colorante.
)) Nous terminons ce chapitre par quelques dernières cila- ,) tions destinées à bien montrer toute l'importance que le noir « attache au Kola. Dans la relation de son voyage, Mage ), rapporte le fait suivant : « Le S juillet 1865, a S heure. 10 „ mmiUes, Alimadoa se mit en marche ; en même temps, il m cu- ,) voyait 100 gourous par Samba N'Diaye, qui, comme un ^nii « roué, au lieu de m'en dire le nombre, me dit : « Je t apporte )) DES gourous. » Et il m'en donna quelques voignèes, puis a//ect« )) de chercher dans son guiba (poche sur le demnt de la poitrine),
)) de sorte que, croyant qu'il n'en avait plus que quelques-uns, je » lui dis : « Si tu en as encore, garde-les pour toi. » // ne m'en )) avait donné que 32 et en avait encore 4S, car les gourous se ,) comptent, comme les cauris, 80 pour iOO. Le soir, je le sus et )) en réclamai quelques-uns, et, bien qu'il dit les avoir tous » manqés ou donnés, je lui en fis rendre 10 ou J5. C'était en ce )) moment une marchandise précieuse, car il allait falloir se )) TENIR ÉVEILLÉ (1). » Plus loiQ, lors du siège de Sansandig, les » habitants, pour narguer l'armée d'Ahmadou. leur criaient du )) haut des murs de la ville : « Allons donc, Fouta N'Ké (hommes )) du Fouta), venez donc au moins attaquer, il ne manque rien » ici, VOICI DES GOUROUS. )) Et, pow Compléter l'ironie, ils leur )) lançaient des poignées de Kolas.
)) Ces deux faits suffisent pour établir ce que nous voulions » prouver et n'ont pas besoin de commentaires. »
Le Kola, quel que soit le symbole qu'il représente, est employé à titre d'excitant de deux manières différentes, selon qu'il est sec ou frais. En général, à l'état frais, 11 est usité comme masticatoire ; à l'état sec, comme aliment. Cependant, dans les contrées du centre, les naturels mâchent la poudre de Kola sèche comme d'autres mâchent du tabac. La saveur de la graine fraîche est d'abord sucrée, puis astringente et enfin amère. Ces diverses sensations produites par le Kola, s'expliquent facilement en se rapportant à sa composition chimique, telle que je l'indiquerai au Chap. II (glucose provenant du dédoublement du rouge de Kola, tannin et enfin caféine et théobromine). Quand la graine devient sèche, l'amertume s'atténue et fait place à une saveur plus douce (2). C'est probablement à
(1) A propos de ce passage du célèbre exploraleur Mage, je ne pnis ro'empccher de rappeler IcL que lorsque j'appelai ratlention du Ministère de la guerre français sur les propriétés, jusque-là ignorées, du Kola et leur importante application à la défense nationale, j'insistai tout particulièrement sur l'utilité de son emploi par les factionnaires et les hommes de grand'garde qui, dans les longues campagnes, éprouvent souvent la plus grande difficulté à se tenir éveillés à un moment où le sort d'une bataille dépend de leur vigilance. Le Kola chasse le sommeil et ne laisse après son emploi aucune fatigue, je l'ai souvent expérimenté moi-même et fait constater par mes amis.
(2) En faisant tremper dans l'eau pure pendant deux jours seulement les graines ainsi desséchées et devenues moins amères, on les voit reprendre à peu près toute leur amertume primitive,
lîDOU»nD HECKIÎI
!.. inriio-ènes bientôt blasés suc l'amercause de ce fa,t, j,ue » ^ „,ia„„e„t la graine à tume par l'abas du K»^;' '«"^''^ p„u, la mastication l'état frais. Ils .lounent U p.elt e ^^^1^ ^^^^1^.
aux semences (|ui ne P'-*.=f;'^°' J^j^^^ant qu'elles sont moins dons (pour le Cola acumnata). pré en i^^^ ^,^,„,;,,,, âpres que les congénères a 4. b et „ .^^^^ ^^^^
Leur opinion à cet égard ('""^'^ " '.i^ ^e ces diverses sacbe, jusqu'ici) est si b.en ^'-^^^Zl ai^mieux cotées que graines est fort didérent les f^'^f ^ ^ j,^^ ^n avalant L secondes. Cette .f ' "f^i; lime le fait le
U, salive, loin d'attaquer éma.l ^en
bétel, contribue à '^J™"' ' n, prédation, non
digestives (1). Elle //^^P f '.f „ „mbraWes Européens
seulement des nègres, ™f .sp^it d'imiter cette
,ui. vivant dans ces reg on nt e" le P^^^^^^ ^^^^^^^^
coutume indigène, la P'ûP"^^ " saumàtre, telle qu'elle
ont comme aliment ou comme masticatou-e, propres a
supporter sans fatigues les travaux les P^"^^. P'^^^^f',. .
celle du Kola. 11 y a plus, tous les nègres savent fort bien que m Dans la Colonie allemande de Cameronn, ^«^^ ««'^"l^^^,':;;;^^;^"'^» \TZ
^^^^^^^^ Waltsons). D autre pan, soin io-^j j^pg^,,,
• „ T PS étraii'^ers s'y accoulumenl très bien , je m<- ^eiais sur ce point : « L^es eirauocio = J ;.,mnic \p n'observai que ma
ri"'« passé .0 f ~
:Lr„r»u- la cote occidental. d'Afrique c, dans 1. roj acmc de Borno...
cette graine, surtout quaud elle est avalée en entier après avoir été mâchée, ou quand elle est absorbée en poudre desséchée, a pour eux rinappréciabie avantage de les garantir contre les flux iutestinaux, si communs dans les régions où la différence de température nyclhémérale, se joignant au manque de ressources pour lutter contre ces influences atmosphériques, les expose à de graves troubles fonctionnels (1).
Voici, d'après le célèbre explorateur Dibowski, le rôle commercial, social et économique du Kola au Congo (C. Ballayi) :
« Les populations fétichistes qui occupent seules les terri- )) toires compris entre le Loango, l'Oubanghi et jusqu'à 8" lat. » N., ne semblent nulle part attribuer au Kola autant de vertu )) que le font les Musulmans. Généralement, cette graine ne » fait même pas partie des cadeaux de bienvenue que présente )) le chef du village. Toutefois, dans la forêt de Mayombé, » j'ai vu un chef de village voisin, lequel venait me prier de )) camper chez lui, m'apporter du Kola et se prosterner devant » moi pour me l'offrir. Ce n'était pas cependant en cet endroit » une denrée rare et, pour qu'il mît un tel cérémonial à » présenter son offrande, il fallait qu'il attachât de l'impor- » tance au fruit. Dans une séance de fétichisme à laquelle » j'assistais, chez les Bakouniés, le sorcier avait, entre autres » reliques, de vieux fruits de Kola desséchés.
» Les tirailleurs sénégalais qui formaient mon escorte )) étaient très avides du Kola, cependant, nulle part ils ne le » payaient bien cher. Un fruit renfermant de 5 à 9 graines, se » payait avec quelques clous dorés ou quelques perles. Dans )) l'Oubanghi, chez les Bonjos anthropophages, la valeur de ce » produit était moindre encore. Je crois avoir dit que pour un » mitalco (barette de laiton de 0 m. 30 de long, valant 0 fr. 15), » on avait presque autant de fruits qu'on en voulait. Les » indigènes, voyant que nous les recherchions, allaient les » cueillir sous bois et nous les apportaient parfois même un
(1) Cette graine, connue de Clusius {Ch. de l'Ecluse), qui l'a décrite sous le nom de Colle, lui avait été indiquée comme bonne pour l'estomac. Il savait aussi qu'après en avoir mangé on trouvait les boissons plus agréables: «Quamlibet potum magis sapidum iieri prœmanso coles fructu. » (Bict. des Sciences naturelles, t. X, 1818, Paris, Levrault, art. signé de Jussieu.)
EDOUARD HECKliL
. raansent cependant cette graine ; . peu poun-is. Eux-m mes eosuUe les bras et
„ i,« ,a mùchenl longtemps et = ^,^1, . ,e torse avec la pulpe rougo^ br^ .J^^ ^^^^^ . mastication prolongée, j"* ' de leurs compagnons.
. pâte sur l'épaule ou sur la po.tr
„ C'était, me disaient-.ls, pou ^^^^^^ ,emarqué qu'au
, leur donner de la lorce. o i^ire dlBérence entre les
, Congo les Indigènes fissent la mo.n
. Kolas romn et les ^f"'" toujours respectés
. Dans roubangh, es ,^ est-ce seulement à cause
. dans le débroussemen mais P ,,^„„i,,uons m l<«.m).
„ de l'ombre épaisse qu.ls donnent. ( ^^^^^^^^ ^^^^
D'autre part.il est certam i;'' ;^^ f,,^^,„ i,sement favorable action bienfaisante sur ^'^^'^^^^'^^^^Ix les repas, de l'avis sur le foie; une ^^'^'^ '^^l^'^^^^Zl,^,, excite la digestion, de tous les blancs ayant hab té ces «S ,o„sui„tionnelles et leur usage continue prévient ,^^,,,1,3 du foie,
„ui engendrent, par défaut de " " ' ^e D' Daniell
uxquelles les nègres sont P-'-''^\-f • sonnert d'une
(De la valeur nulvitm du Kola) decla e qu aj Européens
orme particulière de ''-'''-^f ^ Jc use relàcbement de
.ont sujets, et -^-^ .T^Setaot du Kola. Je pnis
la muqueuse intestinale, 1 fut "''"'f/" . ; de cette asser-
:::ur^:\i;gimT^Mi»;-^^^^^
par les noirs du Bambouck et ^''^'""^"^•^^T^l^ eflets. Un jour ; casion d'apprécier par °\ t ''r m'acca.
. que la fièvre, la diarrhée et la '^''^^ ^ ™ f ™' ,,partir à , hier après une journée de marche f° " P",^ ^^^^^ent , cheval le soir même après en avoir mâche et avalé
» une noix. » RAhnn fC. Ballayi
Pour ce qui concerne la noix de Kola du GaboMC ^^^.^^
cornu (OmWrf)] »o™"'^ """^ '1™ „ ' dit M. Goujon, que celle des rivières du Sud, voici ce que dit M.
TirtL.-^^ (Boulou, M'pongoué ou Paliouio) le man- » sent tel quel comme «p/iro.l^a,,».., et aussi, disent-Us, pour
» donner bon goût à l'eau. Ils le recherchent moins que les » Sénégalais qui en sont plus friands. Ils le mangent cru ou » frais. Ils lui attribuent des propriétés aphrodisiaques, mais le M regardent surtout comme un aliment qui répare les forces. » D'après Biram Lissé, chef sénégalais, interné à Libreville, « qui a une réputation de vigoureux cavalier, le fruit de l'Om- » béné est bon en expédition et en station : en expédition, » parce qu'il supprime la fatigue, fait supporter la soif et l'a » faim ; en station, parce qu'il porte aux plaisirs du harem et » entrelient la vigueur virile. A sa recommandation, j'ai usé » de Vombéné à la suite de fièvres qui m'avaient fort abattu et » ruiné l'estomac. Je crois que son usage a été pour quelque » chose dans mon rétablissement, et, depuis, j'en mange )) volontiers à la dose d'un tiers ou de la moitié d'une » amende moyenne. Je me sens plus fort et plus reposé » lorsque j'en ai fait usage et particulièrement je n'éprouve n jamais, après en avoir mangé, les lourdeurs d'estomac si « fréquentes au Gabon. En revanche, il ne m'a pas semblé j) que, malgré sa réputation, l'usage de Vombéné fit supporter » la soif, et j'ai, au contraire, généralement éprouvé le besoin » de boire lorque j'en ai mâché. Je dois faire observer que je » conserve longtemps dans la bouche le fragment que je )) ronge peu à peu et que je n'avale que par très-petits » morceaux, par miettes, pour ainsi dire. »
Donnons maintenant l'appréciation de Binger (1) touchant les emplois de cette graine, au Soudan : « Un des principaux articles » d'échanges à Kong est la noix de Kola (Ourou en Mandé), qui » constitue dans tout le Soudan un article de luxe et donne, » par cela même, lieu à de très- importantes transactions. Les » Soudanais lui attribuent les mêmes qualités que nous accor- » dons au café. Pour l'indigène, le fruit mâché constitue un » remède à bien des maux. A-t-il besoin de sommeil? Le Kola » est un soporifique. Doit-il veiller? c'est le Kola qui l'empêche » de dormir ! Il calme la faim et la soif, et a, .en outre, chez n les noirs, la réputation d'être un aphrodisiaque incontesté.
(1) Du Niger au Golfe de Guinée, 1892. Paris, Hachette, T. i, p. 309 et suiv.
Edouard heckel
. nendant mon voyage ; chez
.J'en ai usé le Pl"^ ^<'"^™' '"^^'''^rsur les nerfs; il n,e . moi, son action se circonsUMes, ma force
, semblait qu'il mgm'MaU, " . facikmenl d'endurer
. ie rinuanee H .u'il ,ne » ^^l je n'avais à boire
. les fatigues. Je l'»PP--'»^ ^«bstances organiques,
. que de l'eau eroupie ou '=h"»'«' ^.^^^ ,a plus raau- . sonl goût étant «cessweraent » e , ^^^^.^^
. vaise parait bonne a 1™'"' /„,aler. Mais là où
. rôdeur lade de f.^^^^Z '^, ,es serviees qu'il m'a „ j'ai surtout apprée,e le Kola, c^est P ^^^^ ^^^^^^^^
„ ,endus en me l™''"»!'™' , ' ""^^^ utesse faeile à laire, . visiteurs que )e ''««^^'^'^ ...J A,evé dans certaines . et, quoique ,e V^^'' f «.tlbandises me per-
« régions, mon approvisionnemeni l
\ o Tp KaU était donc pour moi un auxiuaiie. ■ Tpour b » défmlr les .^'opriétés du Kola, il laud^t » . i ' de minutieuses analyses et P""™; ^'.^s
Frince le fruit frais et non .dessèche (1). Je e : ™1 * réels Pour ,'Européeo qu. en us
, ciinéïil son bienfait est indéniable. Tous ceux qui s ha : ;rtT en tâcher s'en sont bien trouvés et ont . énrouvés par les fièvres, rour mot. }e crois que Usage ae : 7™ fessonIJlemeuU proio,,,. le travail
», calme asLriment la faim. C'est un tonique par «'«^l'"";^^ Je l'ai essayé dans une fièvre bilieuse hématnrique ; mais
en grande partie par la clessiccolion .le la graine.
» les elïets ue m'ont pas paru d'une actiojj diurétique (1) bien » marquée ; il m'a pourtant semblé au moment où l'absorption y> immodérée de quinine m'avait donné des palpitations de )i cœnr, que le Kola m'a fait un bien réel.
» Je l'ai employé avec succès contre une diarrhée rebelle, » mais je n'ai observé aucune action aphrodisiaque. Ce qui est » acquis, c'est qu'il est excitant et produit sur certaines personnes )) l'effet du café très fort. C'est un médicament d'épargne ; il » est probable, qu'avant peu, on saura tirer parti de cette pré- » cieuse plante et de ses alcaloïdes et que bientôt les principes » seront introduits dans certaines préparations ALiMENTAmES