DESTINÉES A L'HOMME ET AU CBEVAL EN CAMPAGNE
Toutes ces propriétés justifient largement la préférence accordée par les nègres d'Afrique à ces graines sur celles du café, qui, cependant, croît à l'état sauvage dans ce continent, y est de qualité supérieure (Rio-Nunez, par exemple), et néanmoins resterait sur pied sans être consommé s'il n'était enlevé pour les besoins de l'exportation. C'est encore ce qui justifie l'engouement des Allemands, des Anglais et des Portugais pour cette graine, à l'exclusion de toute autre substance de nature excitante, dès qu'ils ont vaincu les premières répugnances causées au début par l'astringence et l'amertume de ses cotylédons charnus (2).
Il me reste à parler maintenant de deux propriétés qui, d'un caractère plus douteux, ou tout au moins discutable, méritent cependant d'être signalées, ne serait-ce que dans un intérêt de curiosité et pour compléter autant qu'il est possible l'histoire vraie de ce produit important. Nous touchons ici au coté merveilleux de l'emploi de cette substance, nous le discuterons. Non seulement les graines de Kola, après mastica-
(1) CeUe observation est très juste, car il n'y a pas de principe réellement diiiréti((ue dans le Kola, saul Ia théobroiiiine dont l'action uropoiétique est aujourd'hui indiscutable, mais la quantité de ce principe qui est renfermée dans le Kola est vraiment insignifiante.
(2) Le D'' Daniell relate ilof-. cit.). à propos de l'inllueuce heureuse du Kola sur les fonctions stomacales, dont l'irrégularité et le trouble ont pour résultat fréquent, on le sait, d'engendrer l'hypochondrie, que l'usage de cette graine réussit à mettre lin terme à une manie épidémiquc do suicide (|ui menaçait de dépimiilcr rapidciiiciit la tribu dans laquelle elle était née.
,,Q ÉDOUAUD HECKKL
„ l'ni ,iit le nouvoir de pei-mellic lion, auraieul, comme je la. dit, lo pou ,
i,„pu„é,„eol rabsorplion d'uuo eau uupu e P "
jet es sous forme de poud.e (g.a.ne sèel. , ou de pulpe Uiue tralche), elles ■■endraient limp.de, en la claul.aul 1 eau h Plus ti-oul. . Cette propriété pourrait s'expliquer pa la rm Uoo seiu de la masse liquide dans laquelle la mal.ere vé™tale si projetée, d-une sorte de mucilage <iu, agissant a alàt du ,a ier-nitre ou du
lui les impuretés que cette masse renlerme. C est du moins e qui nous a semblé se produire dans une expérience que non avons tentée pour éclaircir ce point, laisse obscur ou d uteux par beaucoup d'auteurs. Ce mucilage est abondan dan ?a graine' et plus encore dans le fruit du Kola : certain espèces de Ma en sont plus pourvues encore que Cola
Enfin de nombreux lémoiguages, tous plus probants les uns que les autres, attribuent aux graines fraîches de Kola des propriétés aphrodisiaques : les nègres, libidineux par nature, les rechercheraient, moins pour les bons eiïets qu elles produiraient sur leur santé, que pour l'excitation génôsique quelles engendreraient. C'est là une croyance très ancienne et répandue sur toute la côte. Des documents provenant du Sénégal, de Gorée, de Sierra-Leone, de Wydah, du Gabon et de la Martinique (1) nous confirment cette donnée, due aux auteurs les plus anciens (Bauhin et J. Virey) (2). fl serait fort difficile de se
(1) Voici ce que nous écrivait à ce sûjet, eu 1883, M. Thierry, «lorS Directeur du Jardin botanique de Saiut-Pierro, (Martinique) : nous ^-^'-''^^ ^^^''^tZ témoignage parce qu'il établit la conflrmatioa d'un fait considère ^^'^'^^^J^ ^ sur la côte occidentale d'Afrique : c, Les nègres africains employés au Jaidin „ recherchent ces graines avec avidité; c'est pour eux une sorte ^ aphrod'S aq"e^ » Au Sénégal, il en est de môme, et les graines de Kola ont une grande Naleu „ pour les personnes qui rccourrent à ces moyens. Cette propriété vraie ou « fausse (aucune autre n'étant reconnue ici à ces graines) est la raison qui m a „ empêché de propager jusquUci ce beau végétal. » A ce '"«'"«^nl' .'^^ bien le remarquer, je n'avais encore rien publié sur le Kola et ses propucles étaient inconnues; de là le langage de M. Thierry.
(2) Dans certains points de la côle, le Kola symbolise, parait-il, la luxure.^ Ln correspondant très digne de foi nous écrit de Wydah (Dahomey), que lo^squ une négresse a laissé tomber ses regards sur un nègre, elle lui adresse comme témoignage de ses sentiments tendres un cadeau composé de douze Kolas maies ci ac douze Kolas femelle. La réponse ainsi préparée ne doit pas se faire attendre, au
Lies KOLAS AimiCAINS
prouoncer d'une façon absolue sur ce point. Nos expériences personnelles sont fort contradictoires. Certaines personnes ayant bien voulu tenter l'essai ont éprouvé manifesteuient ces elTels, d'antres y sont restées insensibles. Nous verrons ultérieurement que les propriétés aphrodisiaques de cette graine résident dans une huile essentielle qui y est contenue en faible quantité.
L'histoire des Kolas fournis par le genre Cola sera fort avancée, si j'ajoute, comme le font remarquer Compiègne et Marche (Voyages dans l'Afrique centrale, Paris, 1875; et Oliver, Flora of tropical Africa, l, p. 220), que le même nom de Kola est indifféremment appliqué à plusieurs graines de Sterculiacées autres que celles des deux variétés (rouge et blanche) du Cola acuminata. Ces dernières sont cependant, et avec raison on le verra, les mieux cotées sur les marchés indigènes. 11 est très probable, si l'on s'en rapporte aux données fournies sur les espèces connues du genre Cola par M. Bâillon (Etude sur l'herbier du Gabon, déjà citée), que les plantes africaines capables de donner des graines similaires de celles du vrai Kola sont : Cola Duparquetiana Bâillon, du Gabon ; Cola ficifolia (dont l'embryon charnu à cotylédons épais, obovales, comprimés, remplit toute la graine) Mast. ; C. heterophylla MrsI.; C. cordifolia B. Brown., etc. (1); peut-être Sterculia tomentosa Heudelot (2). Il est douteux cependant que les graines de ces Kolas renferment de la caféine, car elles seraient probablement, au cas de l'affirmative, aussi i^echerchées que celles du vrai Kola. Nous avons fait, comme nous le montrerons bientôt, des recherches sur la composition chimique de quelques graines du genre Cola,
Gabon, nous écrit M. Jobet (représe niant de la maison Conquy aîné), quand les femmes trouvent que leurs maris manquent de vigueur, elles vont aux plantations leur chercher des noix de Kola, dont les vertus mettent généralement la paix dans le ménage pendant quelques jours.
(1) Malte-Brun (Géog. Univ. G' édition, T. V, ]>. G21) dit que dans le district de Sierra-Leonc, l'écorce de Cola paraît cire un quinquina. Ce renseignement est lire de Curry, Voyage a Sierra-I.eone. Il nous a élé impossible de nous procurer sous ce nom d'autre écorce que celle du Cola acuminata et du Garcinia kola,i\\i\, comme nous l'indiquerons dans nos recherches chimiques relatives à ce dernier végétal, ne renferme aucun principe amer.
(2) Cette dernière espèce est vraisemblablement, ainsi que me l'écrit le célèbre professeur Schweinfurth, celle dont cet explorateur a constaté l'existence au pays des iMonboutous et des Nyams-Nyams (Voir pages 39 et 40).
KDOUAIVU UlîCKKL
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cipes excitants '^^'■"■'""^'T'Z,, cil.) est encore eniployé Le cola mmunala. "V'^l^' ^ Jt„,iale. Ses graines védu.les indigènes comme """•''''^ „„e coulenr jaune
L P«e servent, donno-a^^o^^^^^^^^^^
rouille. Sur ce point, voici ce qu i,,^^ d'ananas et
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, Le roi de l'Anno porte une »rbe Manche a P . l'extréniitMlabarbiclie) est temt n ou e H
„ *. ma. . Cette application ^ j.^es couron-
sculeraent à des personnages très uclics, comme
nées du pays africain.
. , ,. La seule partie de la plante qui nous M.rii.nE - "romatologique ou thérapeutique
intéresse au point de vue ^ ^. .
estlagra ne:nous .^ons ™us^^^^ J ^.^^ ^^^.^
graines de Cote acinmnaW, av ^ résultant
renfermées dans chac™ des . ; « f ^ et d'une fleur unique (2). Mais ce cbm il peut s'abaisser encore , nous avons vu,
ne contenant qu'une seule -'«7'^^' " /""^^teudre certains la moindre fixité comme ont voulu le pietendre
"-rst-'aines, quel qu'en soit le '^^^^^'J^ sont fixées à l'endocarpe (lui-même J»;, .I^^ „,„re
lâche et spongieux), qui, s'étalant sur leui surface, 5
p. iVi) s'exprime ainsi qu'il suit J^ " ",\^ts -ra n i-enfermenl 4 coty-
„ 11 y a 5 graines pesant b gr. par chaque valve, «^^^««J^' a ,^^„,i,,e de.
lécJ^s roses d'abord puis d'un -"^^^'f ^^^J ^'/^^^^^^ i^^^^^^ Co/,uraines et dans le nombre des cotylédons nest pas plus ubo ac«i«toquepourle Coin Uallayi Con^u.
LES KOLAS AFIUCAINS
uu empâtement basilaire réguaiU sur toute la région hilaire (Pl. I, fig. 4). Cet empâtement forme ainsi un funicule très large en cupule, rappelant tout à fait celui du marronnier d'Inde. L'embryon homotrope (succédant à un ovule anatrope) qui constitue en réalité toute la graine dépourvue d'endosperme, a sa radicule tournée du côté du bile (Pl. I, fig. 1 et 2). Constituées uniquement par des cotylédons charnus, les graines sont dans cbaque gousse au nombre de 4, 5 et jusqu'à 8, variant de couleur dans le môme follicule ou suivant la variété qui les fournit, depuis le jaune clair (Pl. I, fig. 3) jusqu'au rouge rosé (PI I, fig. 1 et 2). Ces cotylédons sont plus ou moins distincts les uns des autres. La masse cotylédonaire, en effet, le plus souvent divisée en deux parties seulement par des fentes qui, de la base, s'étendent jusqu'à la gemmule (Pl. I f, f fig. 2, 3) est parfois aussi partagée en quatre segments absolument distincts et rattachés alors à l'embryon par uu support commun qui est toujours double. C'est un véritable pédicule qui donne attache aux réserves cotylédonaires. Ces segments cotylédonaires sont très multipliés surtout dans le Kola du Gabon {Cola Ballayi M. Cornu) où on peut en trouver jusqu'à 6 ou 7, la section qui les forme ne régnant pas de la base au sommet de la graine comme cela arrive toujours dans le Cola acuminata à cotylédons divisés. Les bords des masses ou segments cotylédonaires sont toujours à leur point de contact, quand la graine est fraîche (et ce caractère s'accentue à mesure que la graine se dessèche à l'air), marqués par une ligne plus foncée (Pl. I, fig. 3). Ces graines fraîches, dépouillées de leur enveloppe, peuvent, suivant leur développement, atteindre un poids qui varie entre 3 et 28 grammes. Quant à leur forme, elle est très variable suivant la situation qu'elles occupent dans la gousse, et rien dans cette forme ne peut fournir d'indication précise ni sur le lieu de provenance, ni sur la variété ou l'espèce q.ui l'a fournie. Toutefois, la graine de Kola du Gabon est toujours plus petite que celle du Cola acuminata. Ce caractère se joint à la multiplicité des segments cotylédonaires pour permettre de reconnaître l'origine de cette dernière graine, môme quand elle est sèche, et nous verrons que cette diagnose a une grande importance au point de vue thérapeutique.
KDOOARD HECKHL
La consUtuirou auatomiqae de ces graines presenle seule une constance suffisante pour servir de véritable cnlen.m de détermination. Je veux la donner avec quelques détails en raison de son importance comme moyen assuré de reconnaître la substance malgré les nombreuses sophistications dont elle
est l'objet. r,^ . ^
L'épiderme des cotylédons (Pl. I, fig- 5 et 7) est forme par une couche unique ou double de cellules qui sont le l.eu d'accumulation principale des matières colorantes, que la graine appartienne à la variété rouge ou à la variété jaune. Ces matières colorantes se retrouvent du reste dans le suc cellulaire des nombreuses cellules du parenchyme sous-jaceut à l'épiderme ; mais à mesure qu'on s'éloigne de l'épiderme pour atteindre au centre, cette matière colorante devient de plus en plus (aible (1). Cet épiderme est à parois un peu épaisses, renforcées par un enduit de cutiue sur les graines très adultes, un peu vieillies dans la gousse, mais rien de semblable dans les jeunes graines. Au dessous de l'épiderme, quelques cellules du paren chyme sont dépourvues de tout contenu autre que le suc coloré et quelques albumines granuleuses. Mais avant d'abandonner cet épiderme nous devons dire qu'il porte sur toute sou étendue des stomates (Pl. I, fig. 3) qui existent, en nombre restreint très petits, autant sur la face convexe externe de la graine que sur la face commissurale plane où cependant ils ne paraissent remplir aucun rôle utile.
Le parenchyme cotylédonaire est formé par un amas de cellules dépourvues de méats intercellulaires ou à peu près, et gorgées de grains d'amidon volumineux (0""" 024 de long sur 0mm 016 de large) rappelant, sauf la position et la forme du hile, les grains de la pomme de terre. (Pl. I, fig. 6). Les parois de ces cellules amylifères sont minces. Si l'on laisse séjourner, d'après MM. Chodat et Chuit (Loc. cit. p. 507) les coupes dans de la potasse caustique, on peut, après disparition de l'amidon, constater la présence d'un dépôt cristallin en aiguilles, dépôt qui est formé par les alcaloïdes (théobromine et caféine) propres à cette semence. Sur cette môme coupe on
(1) Dans la partie chimique de celle étude, nous nous occuperons spécialement (le coUo malière colorante, employée par les nègres comme substance tinctoriale.
peut constater que les cotylédons sont traversés par des faisceaux très minces à parois peu épaisses et à cellules (sur la coupe transversale) beaucoup plus petites que le reste du tissu. La cellulose du parenchyme n'est pas du tout lignifiée, elle ne donne pas du tout la caractéristique des membranes lignifiées avec la phloroglucine et l'acide chlorhydrique.
Ces observations microscopiques montrent que la semence de Kola a une caractéristique spéciale, résultant de sa très grande simplicité de constitution, et qu'elle est formée par 1° l'amidon, 2° les matières protéiques, 3° les matières colorantes, 4° les alcaloïdes, ce que confirmera l'analyse chimique. Il est bon de noter en passant que nous trouvons par les faits que nous révêle l'analyse microscopique, dans cette graine, tous les éléments constitutifs d'un aliment complet (sauf les corps gras qui y existent du reste, mais en très faible quantité et pas à l'état figuré) et très assimilable, la cellulose n'étant pas lignifiée.
Quand les graines de Kola se dessèchent, qu'elles soient de la variété jaune ou rouge, elles prennent uniformément la môme couleur rouge rouille (1) et perdent de 30 à 40 Vo d'eau par cette opération réalisée à l'ombre ou au soleil. Elles sont alors sèches et dures comme du bois, difficilement attaquables à la dent, lourdes. MM. Chodat et Chuit {Loc. cit. p. 499) disent qu'en se desséchant les graines de Kola prennent une odeur nauséaboude, un goût acre, et qu'elles perdent ainsi les qualités qui les font apprécier quand elles sont fraîches. Je n'ai jamais rien constaté de semblable : les graines ont une odeur assez franche au contraire et leur saveur n'a rien d'acre. Tout me fait supposer dès lors que les graines dont ont pu disposer ces auteurs avaient subi un mouvement cIb fermentation. En effet, les graines mal séchées et altérées seules prennent cette odeur désagréable et jamais leur saveur n'est âcre quand elles n'ont pas subi un commencement de fermentation. Elles ne doivent jamais être de couleur grise et friables à la surface, car c'est l'indice de maladies parasitaires qui en altèrent la valeur. Parfois, elles nous arrivent môme noirâtres et friables par plaques, comme charbonnées : nous avons déjà vu, d'après les
(1) Dans cet état, il est absolument impossible de reconnaître si la graine a appartenu primitivement à la couleur rouge ou à la couleur blanc jaunâtre.
KDOUAnD HEGKEL
/tildes de MM. Chodat et Chuit, indications de Nachligall et les e u ^^^.^^ repousser
les causes de ces ^J^-'^l^^^^^ V.nfia elles peuvent être piquées l'emploi (Von- page 60 no e 1^^ ,,,abibitoire. Nous avons vu, par les insectes, ««^^^ , , Grodel, les indigènes du p,,e 54, note 1 ^^^JZll^, a. Kola contre la piqûre Saino préservenl les giaïue»
des vers (1). ,,„t,iip,- les Kiaines de Kola en Europe,
Ordioairemeol pour expéOe les g ^^.^^
ou se couleule, .oLnl. les comptoirs de la
dessécher au graud a,r; ua.s trçs s
côte dirigent uniciuemcn sur l Europe de » ..aison de leurs faiWes ' p j^nt' supporter, ù
dessiccation ou de leur »»*'f'™' <,e l'Afrique. Aussi
l'état irais, un long voyage dar,s » « j,,,„,
'=;!i::::ri t^ -t panaite^em sames.