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PREFACE

L'Œuvre Ethnographique à l'Exposition Internationale et Universelle de Bruxelles

A l'Exposition Internationale et Universelle de Bruxelles, en 19 10, la Classe des Sciences comprenait une section d'Ethnographie. *

Le salon y affecté avait une superficie d'une centaine de mètres carrés.

Deux œuvres étaient exposées : l'Ethnographie africaine, dont la collection de monographies fournit des échantillons, et l'essai d'un Musée ethnographique nouveau type .

Ces deux œuvres, dont j'avais l'honneur de présider les Conseils d'administration, n'étaient, au surplus, que deux solutions se complétant l'une l'autre, d'un seul problème, qui pouvait se formuler ainsi :

Comment présenter au grand public, l'ethnographie d'une race, la race nègre d'Afrique, par exemple?

Toute la documentation littéraire, qu'elle fût le résultat de recherches bibliographiques ou d'enquêtes verbales ou écrites, faisait l'objet d'une exposition spéciale, à l'un des côtés du Salon.

Les autres côtés étaient occupés par la documentation des objets, le Musée proprement dit.

Afin de présenter ces deux espèces de documentations, l'une complétant l'autre, des formules nouvelles d'exhibition avaient été recherchées ,

Bien que le défaut d'espace ne permît qu'un étalage d'échantillons, l'ensemble proposé visait à une synthèse de la Bibliothèque, du Bureau de renseignements et du Musée vivant et parlant.

En somme, c'était un essai du Musée de demain, dans lequel le visiteur pourrait trouver, à côté des objets rassemblés systématiquement dans une représentation évocatrice de la vie, tout ce qu'on sait sur l'ensemble de ces objets et sur chacun d'eux, sur le peuple qui s'en servit et sur la civilisation qu'ils exprimèrent.

Supposez ce Musée réalisé pour l'Afrique nègre.

L'étudiant ou le voyageur qui désire un renseignement sur telle tribu ou tel usage ira trouver l'employé préposé au Bureau des renseignements.

— « Monsieur, lui dira-t il, je voudrais me renseigner sur le Culte des Mânes et sur la manière de faire le commerce en telle région. »

— « Fort bien, Monsieur, répondra l'employé; voici les dossiers complets des tribus qui habitent cette région; au n° 102 de chacun des dossiers de ces tribus vous trouverez tout ce qu'on connaît actuellement sur le Culte des Mânes ; aux nos 162, i63 et 164, vous rencontrerez nos connaissances sur le commerce de ces genslà; et au n° 186, vous verrez comment ils ont commercé avec les Arabes ou avec les Blancs. Vous avez tous les renseignements bibliographiques, les photographies,

les images, les cartes, les dessins, etc., et l'indication précise non seulement des salles du Musée-annexe où se trouvent les objets qui vous intéressent, mais encore celle des Musées étrangers ou des Collections particulières qui en contiennent, avec, s'il y a lieu, les jours et les heures de consultation. Si vous désirez, au surplus, entrer en relations avec les savants ou les explorateurs, les missionnaires ou les commerçants qui ont écrit sur ces peuples ou voyagé dans ces contrées, voici leurs adresses et, parfois, le moyen d'entrer en rapports! »

Ainsi seraient épargnées aux visiteurs les longues recherches préliminaires. Un temps précieux serait gagné. Comme le dossier donnera tous les renseignements, d'ailleurs classés d'une manière uniforme, les recherches seront faciles et chacun pourra se faire son opinion personnelle avec le maximum de chances de ne pas se tromper, ce pendant qu'un Dictionnaire critique des auteurs donnera les notes les plus circonstanciées sur le degré de crédibilité des témoignages ; ce Dictionnaire sera tenu à jour par un comité de spécialistes.

L'essai tenté à l'Exposition de Bruxelles a été réalisé avec la préoccupation des frais les plus réduits. Tout luxe a été écarté. Il importait de prouver que l'entreprise, si grande fût-elle, pouvait prendre corps, avec des ressources modestes et, en vérité, qu'elle était à la portée des bourses modestes, des établissements d'enseignement, des musées de province et même des collections particulières.

Un jour de juillet, tandis que j'achevais les explica-

tions demandées par le directeur d'un grand Musée des Etats-Unis d'Amérique, ce savant posa à brûlepourpoint la question suivante :

— Monsieur, c'est clair et vivant. J'avais compris votre exposition avant vos explications. Avez- vous un brevet ?

— Un brevet ? Que voulez-vous dire ?

— Voici. Je voudrais appliquer votre idée à mon Musée. Puis-je le faire sans... vous payer quelque chose? Sinon, combien?

— Ah! vous demandez si j'ai fait breveter mon idée de musée et combien coûte l'achat de l'utilisation de ce brevet?

— Parfaitement. Combien?

— Rien du tout, mon cher Monsieur. Je n'ai pas songé et je ne songe pas à demander un brevet. L'idée est d'ordre purement scientifique ; son usage est absolument gratuit. Je souhaite que tous les musées du monde l'appliquent au mieux !

— Oh!

— Je vous serai fort reconnaissant même d'appliquer mon idée : je serai votre obligé.

— Oh ! oh !

— Mon objectif est d'instruire davantage les hommes; si ma formule vous paraît atteindre son but, usez-en, Monsieur : au plus au mieux !

— Oui; je le ferai; mes collections se rapportent surtout aux Peaux-Rouges. Je vois d'ici le parti à tirer de votre idée. AU right ! Merci, Monsieur* au nom de mes visiteurs. Je vous enverrai des photographies et une notice.

— Vous ne sauriez vous imaginer combien vos paroles me font plaisir. Vous ferez pour les Peaux- Rouges ce que j'ai essayé de faire pour les Nègres africains. C'est la réalisation d'une des parties de mon plan, qui embrasse, comme vous le savez, tous les peuples dits primitifs du monde.

— Plan grandiose !

— Plan contenu dans la résolution du Congrès international de Mons (Belgique) en 1905, dont une Commission internationale poursuit, par ailleurs, la réalisation progressive...

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